«Docteur Strange dans le multivers de la folie» ou la guerre des mondes

Pour réparer les dégâts, le responsable des dégâts. Benedict Cumberbatch reprend ainsi la cape de Docteur Strange, qu’il a déjà portée six fois.
Photo: Marvel Studios Pour réparer les dégâts, le responsable des dégâts. Benedict Cumberbatch reprend ainsi la cape de Docteur Strange, qu’il a déjà portée six fois.

Quand Kevin Feige, p.-d.g. de Marvel Studios et principal créateur et producteur de l’Univers cinématographique Marvel (MCU), a fait savoir que Docteur Strange dans le multivers de la folie (V.F. de Doctor Strange in the Multiverse of Madness) serait davantage un film d’horreur qu’un film de superhéros, Sam Raimi a dressé l’oreille. Parce que l’horreur, le réalisateur de la trilogie culte Evil Dead (1981-1993) en mange. Et parce qu’il connaît aussi très bien les superhéros, lui qui a été à la barre de la trilogie Spider-Man (2002-2007). Bref, avec ce projet, la proverbiale tasse de thé serait pleine à ras bord pour lui.

« J’ai été ravi que Kevin me contacte pour que nous discutions de la possibilité que je réalise le long métrage. J’ai pu retourner à ces films d’horreur que j’ai réalisés dans ma jeunesse et à tout ce que j’ai appris en les faisant — créer du suspense, titiller le public, lui faire peur — et j’ai appliqué tout ça ici », racontait Sam Raimi, dimanche, lors d’une visioconférence réunissant les principaux acteurs et artisans de la production.

Le réalisateur, dont les fans s’ennuyaient fermement (Oz le magnifique date de 2013 et son dernier film d’horreur, Jusqu’en enfer, de 2009), a ainsi pris les commandes du deuxième long métrage consacré au maître des arts mystiques, qui, cette fois, pénètre dans le multivers que le MCU s’affaire à déployer depuis des années.

J’ai été ravi que Kevin me contacte pour que nous discutions de la possibilité que je réalise le long métrage. J’ai pu retourner à ces films d’horreur que j’ai réalisés dans ma jeunesse et à tout ce que j’ai appris en les faisant.

 

Les séries WandaVision, Loki, Et si… ? de même que, au grand écran, trois des quatre Avengers (L’ère d’Ultron, La guerre de l’infini et Phase finale) et Docteur Strange faisaient craqueler la barrière entre les différentes réalités. Dans le récent Spider-Man. Sans retour, la brèche s’est ouverte à cause d’un sort lancé par le Magicien. Le multivers de la folie suit, quelques mois plus tard, les conséquences de ce geste. On assiste carrément à l’explosion de la frontière entre les dimensions alternatives où évoluent différentes versions des personnages Marvel.

Réparer les pots cassés

Pour réparer les dégâts, le responsable des dégâts. Benedict Cumberbatch reprend donc la cape de Docteur Strange, qu’il a déjà portée six fois pour ce rôle qui lui a permis « d’avoir la liberté et les moyens de soutenir des projets plus modestes. Et puis, en tant que tel, Strange est un personnage complexe qu’il est amusant et gratifiant de jouer », a-t-il affirmé.

Alliés et/ou adversaires du Magicien dans cette mission sauvetage : Wong, désormais Sorcier suprême (Benedict Wong) ; Wanda Maximoff, qui, après les événements survenus dans WandaVision, « sait à présent clairement qui elle est et a embrassé son identité de Sorcière rouge », fait Elizabeth Olsen, interprète du tout-puissant personnage en connexion avec la Magie du Chaos ; et America Chavez, qui possède le pouvoir de créer des portails qui permettent de voyager à travers les mondes, jouée par Xochitl Gomez (The Baby-Sitters Club).

Une nouvelle venue, dont l’initiation au MCU s’est faite pour le meilleur et le pire. Le meilleur étant, par exemple, d’apprendre en observant « Lizzie [Olsen] quand elle se préparait, sa façon d’entrer dans le moment quelques minutes avant de jouer une scène complexe ». Et le pire étant les trolls qui lui ont reproché tout et n’importe quoi. Que son teint était trop pâle pour incarner la « vraie » America Chavez, ou encore que son personnage fait partie de la communauté LGBTQ+.

« Il est important que ces films présentent le monde tel qu’il est. Cet aspect du personnage vient des comics, que nous avons toujours voulu adapter le plus fidèlement possible », notait Kevin Feige. Quant à la jeune actrice, elle a d’abord été ébranlée par « ces flots de haine anonyme », avant de reprendre pied : « Ça a été une courbe d’apprentissage à travers laquelle j’ai compris que tout ça ne comptait pas, que je suis forte et que je dois aller de l’avant sans me laisser ralentir par de telles choses », disait-elle dans une entrevue accordée au Devoir en compagnie de Benedict Wong. Lequel ajoute : « Elle a passé l’audition à 13 ans, elle s’est jointe à l’équipe à 14 et elle vient d’en avoir 16. Elle fait son travail, elle joue un rôle et raconte une histoire. Elle ne mérite rien de moins que de l’admiration. Alors, soyez sympa ! » Quand le Sorcier suprême parle, mieux vaut écouter.

Folie Raimi, pastel Marvel

Il y a du meilleur et du pire dans Docteur Strange dans le multivers de la folie. Du meilleur dans les scènes d’horreur portant la signature de Sam Raimi et soutenues par la musique de Danny Elfman, un pro du genre ; mais aussi un humour bon enfant et des tirades édifiantes très « marveliennes » qui, dans ce contexte, ne fonctionnent pas. Des effets spéciaux formidables et d’autres, lamentables. Des apparitions surprises renversantes, mais cantonnées à des bulles qui sentent la contrainte (disponibilité limitée des acteurs en présence ?) et brisent la cohésion de l’ensemble. Un titre qui promettait une exploration solide du labyrinthe inextricable qu’est le multivers, mais un scénario classique et sans défi (manque d’expérience de Michael Waldron, surtout connu pour la série Loki ?). Enfin, un personnage féminin fort campé par une Elizabeth Olsen au sommet de son art, pouvant être ici terrifiante et là, déchirante ; mais à laquelle il aurait été intéressant de donner des motivations et un texte qui aurait semblé moins sorti d’un épisode de Papa a raison. Résultat : on émerge du long métrage en ayant l’impression malheureuse que Sam Raimi s’est fait tenir en bride par un studio qui n’a pas assumé son choix de réalisateur.

Docteur Strange dans le multivers de la folie (V.F. de Doctor Strange in the Multiverse of Madness)
★★★
​Aventures de Sam Raimi. Avec Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Xochitl Gomez, Benedict Wong, Chiwetel Ejiofor, Rachel McAdams. États-Unis, 2022, 126 minutes. En salle.

 



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