«Mémoire meurtrière»: à oublier

Liam Neeson dans «Memory», un thriller sur fond de maladie d’Alzheimer
Photo: Rico Torres Open Road Films Briarcliff Entertainment Liam Neeson dans «Memory», un thriller sur fond de maladie d’Alzheimer

C’était en 2011, au moment de la sortie de The Grey de Joe Carnahan. Liam Neeson répondait, en table ronde, aux questions d’une poignée de journalistes. L’acteur irlandais fêterait bientôt ses 60 ans, la question « s’imposait » (peut-être) : « Quel avantage y a-t-il à vieillir ? » La réponse avait été immédiate : « Aucun. » La star de Schindler’s List ou de Kinsey aurait probablement trouvé mieux. Pas celle des interchangeables Taken, Non-Stop, Blacklight, etc. Mémoire meurtrière(V.F. de Memory) de Martin Campbell est de cette eau-là. En pire.

Ce remake du film flamand La mémoire du tueur, d’Erik Van Looy (2003), suit Alex Lewis (Liam Neeson, qui fêtera bientôt ses 70 ans et dont on ne veut vraiment pas savoir ce qu’il pense de ce nouveau jalon de vie), un tueur à gages du sud du Texas mûr pour la retraite. Il y a l’âge et il y a, surtout, les pertes de mémoire de plus en plus fréquentes. Mais avant de ranger les armes, il accepte le proverbial « ultime contrat/mauvaise idée ». Il devient aussi le grain de sable dans l’engrenage d’une mission d’infiltration dirigée par l’agent du FBI Vincent Serra (Guy Pearce).

Ce dernier tente de faire tomber un important réseau pédophile qui « recrute » des enfants mexicains. Parmi les têtes dirigeantes dudit réseau, une puissante magnate de l’immobilier incarnée par Monica Bellucci. L’actrice a, en promotion pour le film, beaucoup parlé des avantages qu’il y a à vieillir. Dommage qu’elle n’ait pas trouvé un meilleur véhicule pour casser le moule dans lequel son image l’a emprisonnée.

Bref, chacun de son côté de la loi, Lewis et Serra vont faire équipe tout en se livrant au jeu du chat et de la souris dans lequel ils sont tour à tour prédateur et proie. Ou ainsi semble-t-il. Comment être sûr, quand l’un des protagonistes est aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer ? Un élément grâce auquel ce thriller aurait pu se distinguer des autres films du genre… s’il avait été mieux traité. Ce que le scénario de Dario Scardapane (les séries The Punisher et Trauma) ne fait pas.

Intéressant aussi de voir Liam Neeson dans un de ces films d’action, qu’il privilégie désormais, incarner le vrai méchant (en voie de rédemption, mais quand même…) et non un type bien en mission secours imposée. Sauf que, là encore, le scénario chaotique joue mal cette carte et est appuyé en ce sens par l’acteur : sur le pilote automatique, Liam Neeson marche dans ses propres traces (ce qui est un peu le cas, puisqu’il était sans mémoire aucune dans Sans identité de Jaume Collet-Serra). Quant à Martin Campbell, qui a autrefois tenu les rênes de The Mask of Zorro et de Casino Royale, mais aussi du consternant Green Lantern, il n’a pu secouer sa vedette ni insuffler une quelconque énergie à ce thriller dont même les scènes d’action sont menées à un rythme gériatrique.

En cours de route, on assiste entre autres à une prise d’otage dont la résolution sidère par la stupidité des intervenants, à la mort d’un personnage pivot dont la mise en scène fait pouffer de rire, à la remontée vers la surface des blessures passées des uns et des autres. Et on émerge estomaqué de ce long métrage dont les principaux artisans semblent avoir donné bien peu d’eux-mêmes.

Heureusement, l’œuvre s’oublie très rapidement. Peut-on voir là un concept, la maladie d’Alzheimer étant l’un des moteurs de l’intrigue ? Plus encore, un concept métaréférentiel puisque Guy Pearce — que l’on a vu, amnésique, dans le puissant Memento de Christopher Nolan — campe l’un des rôles principaux ? Ce serait accorder beaucoup de crédit à tout ça.

 

Mémoire meurtrière (V.F. de Memory)

★★

Thriller d’action de Martin Campbell. Avec Liam Neeson, Guy Pearce, Monica Bellucci, Josh Taylor. États-Unis, 2022, 114 minutes. En salle.

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