«The Unbearable Weight of Massive Talent»: les métatribulations d’un acteur culte

À la base, il semble que le film devait sortir davantage de l'ordinaire, selon les dires de Nicolas Cage.
Photo: Katalin Vermes/Lionsgate À la base, il semble que le film devait sortir davantage de l'ordinaire, selon les dires de Nicolas Cage.

Nicolas Cage en a marre. Après s’être taillé au fil des décennies une réputation unique pour son jeu volontiers outrancier, mais toujours captivant, l’acteur vedette vient de décider de prendre sa retraite. On ne veut pas de lui pour les rôles qui l’intéressent, et ceux qu’on lui propose l’ennuient. Et puis, ces dernières années, comme le lui reproche son agent, il a tourné trop de navets à la chaîne. Or, s’il peut mettre sa carrière en veilleuse, Cage ne peut en revanche faire disparaître ses dettes. Le voici donc contraint d’accepter, moyennant un million de dollars, de passer le week-end avec un riche admirateur espagnol, qui s’avère être un gros trafiquant.

Dans The Unbearable Weight of Massive Talent (Un talent en or massif), Nicolas Cage emprunte l’avenue éprouvée de l’autodérision et s’amuse — gentiment — à ses dépens. Dommage que le film ne soit pas aussi « game » que sa vedette.

Lauréat de l’Oscar du meilleur acteur en 1996 pour sa brillante composition d’alcoolique suicidaire dans Leaving Las Vegas (Adieu Las Vegas), Nicolas Cage a par la suite connu des hauts et des bas professionnels. D’abord, avec constance, il a alterné des succès de studios tels Con Air (Air bagnards) et National Treasure (Trésor national) et les films plus stimulants, comme The Weather Man (Monsieur météo) ou Adaptation (autre film « méta », brillant celui-là, dans lequel Cage campe une version satirique du scénariste Charlie Kaufman et de son jumeau fictif, Donald).

Depuis une bonne quinzaine d’années toutefois, Cage fait pas mal — mais pas que — n’importe quoi. Le fond du baril semblait atteint lorsqu’une poignée de films inusités lui permirent d’effectuer ce dont raffole le plus Hollywood : un retour. Après Mandy, Prisoners of the Ghostland et surtout Pig (Cochon), The Unbearable Weight of Massive Talent vient cimenter ce grand « come-back », mais aussi le commenter et s’en moquer un brin (« Je ne suis jamais parti ! » ne cesse d’objecter Cage, y compris à son alter ego jeune, sorte de « fantôme de la gloire passée » venu le hanter).

Potentiellement fascinant, l’exercice aurait été plus concluant avec un scénario moins conventionnel.

Cage s’amuse

Car si l’on retire de l’équation le fait que Cage se parodie, l’intrigue proprement dite, une banale comédie d’action, s’avère très quelconque. Les tenants et aboutissants de celle-ci, qui incluent l’enlèvement de la fille d’un politicien, se révèlent en effet très faciles à tirer au clair.

Et c’est sans parler des personnages secondaires paresseusement esquissés, de l’antagoniste ambigu, mais pas tant que ça de Pedro Pascal (faux) à l’ex-épouse patiente qui n’est là qu’afin d’être reconquise (Sharon Horgan, qui méritait mieux), en passant par cette agente de la CIA gauchement intégrée (Tiffany Haddish, même chose).

Mais, bon, il y a Cage, et il a visiblement du plaisir. D’ailleurs, dans une entrevue typiquement franche au Hollywood Reporter, l’acteur culte précise qu’à la base, le film sortait davantage de l’ordinaire : « C’était une séquence où le personnage de Nick Cage entre dans une série de vignettes qui sont toutes stylisées à la manière de l’expressionnisme allemand et du Cabinet du docteur Caligari [film fétiche du protagoniste]. Donc, il y avait une séquence en noir et blanc qui était une poursuite à la Gone in 60 Seconds  [Partis en 60 secondes] dans une Mustang, il y avait le personnage de Leaving Las Vegas dans une chambre d’hôtel… C’était amusant à tourner et cool à regarder. […] En fin de compte, le studio a décidé que c’était trop éclaté pour le public. »

On objectera que le public aurait tout à fait été capable d’apprécier une proposition plus risquée. Ledit studio semble en outre avoir oublié que la raison d’être du film, Nicolas Cage, est tout sauf un acteur « prudent ».

Un talent en or massif (V.F. de The Unbearable Weight of Massive Talent)

★★ 1/2

Comédie satirique de Tom Gormican. Avec Nicolas Cage, Pedro Pascal, Sharon Horgan, Lily Sheen, Neil Patrick Harris, Tiffany Haddish. États-Unis, 2022, 107 minutes. En salle



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