L'aventure d'«Eiffel» et de sa tour

Pour le réalisateur Martin Bourboulon, «Eiffel» constitua avant tout un défi technique : «En banlieue parisienne, il fallait reconstruire un pied de la tour, 30 mètres de hauteur sur quatre étages, et rendre son chantier crédible. Ça a demandé tellement de travail.»
Photo: Séville Films Pour le réalisateur Martin Bourboulon, «Eiffel» constitua avant tout un défi technique : «En banlieue parisienne, il fallait reconstruire un pied de la tour, 30 mètres de hauteur sur quatre étages, et rendre son chantier crédible. Ça a demandé tellement de travail.»

Derrière le mythe d’une tour qui allait devenir emblématique de la ville de Paris, un ingénieur de renom : Gustave Eiffel. Après avoir collaboré à créer la statue de la Liberté, il aura vu son nom immortalisé par la « Dame de fer » qui surplombe la capitale française. Le Français Martin Bourboulon a fait de cette histoire romancée un film, qui sort vendredi dans nos salles, après un long passage dans les limbes.

Caroline Bongrand tentait de faire adapter son scénario depuis 1997, d’abord aux États-Unis. Elle publia même un livre, Eiffel et moi, en 2021, relatant ses mésaventures hollywoodiennes. Liam Neeson avait été pressenti pour jouer le rôle principal et Ridley Scott avait été approché pour sa réalisation. Le projet s’était transporté en France, son terrain naturel. Luc Besson, Christophe Barratier et Olivier Dahan songèrent à s’y atteler. Ça tombait toujours à l’eau. Bourboulon l’a finalement concrétisé avec Romain Duris dans la peau d’Eiffel, Emma Mackey en Adrienne, son amour de jeunesse, et Pierre Deladonchamps en ami rival qui épouse la belle.

Tavernier m’a transmis l’amour des acteurs. [Romain Duris] peut tout faire, se fondre dans l’époque avec un costume trois pièces et un haut-de-forme. Je le trouve excellent en meneur d’hommes.

 

Le cinéaste aimait l’ambition même du projet et plusieurs coscénaristes ont retravaillé la trame initiale. Après avoir fait de nombreuses recherches sur Gustave Eiffel, Martin Bourboulon s’est aperçu qu’il était surtout question de ses œuvres architecturales et de ses capacités de meneur d’hommes. La romance l’humanisait. « Caroline Bongrand en a fait une grande histoire d’amour pendant la construction de la tour Eiffel », explique le cinéaste par vidéoconférence depuis Paris. « Cet amour a existé. Leur mariage fut contrarié. L’idylle subséquente relève de l’hypothèse. »

Cette romance fera ici basculer le cours de l’histoire. Dans le film, c’est pour plaire à cette femme que l’ingénieur, qui voulait plutôt se concentrer sur le projet de métro, s’est laissé convaincre par le gouvernement français de s’atteler à ériger cette tour. Elle allait devenir le clou de l’Exposition universelle de Paris de 1889 et un haut lieu touristique depuis lors.

Pour le réalisateur, Eiffel constitua avant tout un défi technique : « En banlieue parisienne, il fallait reconstruire un pied de la tour, 30 mètres de hauteur sur quatre étages, et rendre son chantier crédible. Ça a demandé tellement de travail. Utiliser seulement des effets spéciaux n’aurait pas été crédible. Il fallait que les acteurs soient filmés sur du dur à travers une structure métallique pour que l’arrière-plan et ses effets spéciaux ne donnent pas l’impression de miser sur la prouesse technique. »

Fils du producteur Frédéric Bourboulon et longtemps réalisateur adjoint, pour Bertrand Tavernier entre autres, ce cinéaste a réalisé plusieurs courts métrages, des publicités, et a effectué un long passage aux Guignols de l’info. Après un saut à la comédie avec Papa et maman, Eiffel était son premier film à gros budget (23,4 millions d’euros) avant sa plongée dans le mégadiptyque Les trois mousquetaires, prévu en 2023.

« J’aime faire un film d’époque, dit-il. C’est un monde qui permet de s’évader du quotidien d’une industrie en bouleversement, de garder contact avec le cinéma. Eiffel a eu ses détracteurs à l’époque de la construction. Les personnages qui vont au bout d’un projet — même si cette tour n’était pas l’idée de Gustave Eiffel au départ — rencontrent toujours des obstacles. »

Bourboulon en a également connu au détour, dont un tournage interrompu par la COVID-19, puis 36 semaines de montage avant de trouver à ses yeux l’équilibre des tons et de faire surgir l’émotion. Tout du long, il aura néanmoins été ravi par les images de Matias Boucard et la distribution.

« Tavernier m’a transmis l’amour des acteurs », dit-il. Romain Duris (qui avait déjà joué Molière) était le seul interprète que le cinéaste avait en tête pour le rôle-titre. « Il peut tout faire, se fondre dans l’époque avec un costume trois pièces et un haut-de-forme. Je le trouve excellent en meneur d’hommes. » À ses côtés : la Franco-Britannique Emma Mackey (vue dans la série Netflix Sex Education et dans Mort sur le Nil de Kenneth Branagh). Il aimait sa présence, son instinct.

« J’ai toujours eu le goût du cinéma et des plateaux de tournage grâce au métier de mon père, dit-il. Mais durant la pandémie, les œuvres sur plateformes numériques ont transformé les habitudes de consommation. Aujourd’hui, devant les recettes au guichet, on constate que certains types de films trouvent moins leur place au grand écran. Mais on a eu de la chanceavec Eiffel, qui a bien fonctionné parce que le public a eu envie de redécouvrir son patrimoine. »

Le long métrage Eiffel prendra
l’affiche en salle le 29 avril.

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