Cinéma - Le récit d'une tempête

André-Line Beauparlant avait onze ans lorsque son petit frère Sébastien est né, sans motricité ni faculté intellectuelle. Dans leur quatre et demie de Verdun, l'enfant est devenu le faisceau d'angoisse, pour les trois autres enfants de la famille, d'une part, et pour les parents, d'autre part, chez qui cette épreuve a provoqué une rencontre avec Dieu. Vingt-sept ans plus tard, et trois ans après le décès de Sébastien, la cinéaste revient sur son histoire familiale, banale et extraordinaire, tournant sa lentille vers sa mère, son père, sa soeur et son frère, soit les principaux acteurs de ce drame intimiste, écrit avec finesse, filmé sans voyeurisme.

Résultat: un film au «je» tourné vers les autres, où la cinéaste additionne les petites révélations (des siens, mais aussi de quelques interlocuteurs périphériques, dont l'inoubliable Madeleine de Trois princesses pour Roland), sans éventer les mystères ni forcer les secrets.

Beauparlant parle de son film comme du récit d'une tempête, survenue un certain jour de 1977, après laquelle plus rien ne fut pareil. D'autres y verront plutôt la chronique d'un état, où l'événement (la naissance du frère) est transcendé par la permanence des sentiments, qui semblent s'échapper de sous une cloche de verre. Poétique sans être abstraite, informative sans toutefois sombrer dans l'inventaire biographique, la narration s'inspire des fatalités individuelles, aux couleurs très contrastées: la béatitude de sa mère, une femme étonnante, pleine d'amour, chez qui le processus du film semble s'apparenter à un acte de foi; la placidité du père, ouvrier timide que Beauparlant filme en mouvement afin de soutenir la conversation. On sent par ailleurs chez la soeur l'immense retenue, doublée d'une fragilité que la soeur aînée ménage avec générosité; à l'inverse, son frère, filmé au volant de sa voiture, fait preuve d'une éloquence et d'une lucidité étonnantes, auprès desquelles Beauparlant s'abreuve abondamment.

Ces témoignages, si forts, mettent en lumière la relative discrétion de la cinéaste par rapport à son sujet, discrétion qu'on sent également dans sa façon, dans le film, de protéger ses interlocuteurs depuis le hors-champ. Mais quel beau tableau cette discrétion lui permet de peindre!

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