«Choose or Die»: jeu de massacre(s)

Iola Evans dans le rôle de Kayla. 
Photo: Cursr Films Iola Evans dans le rôle de Kayla. 

À l’instar de la littérature et du cinéma, les jeux vidéo permettent de s’évader d’un quotidien parfois morne. Mieux, d’un bonheur par procuration à une peur indicible en passant par une enivrante trépidation, une foule d’émotions fortes sont ressenties sans que l’on coure le moindre risque. La plus-value des jeux, évidemment, est l’élément participatif, qui amplifie lesdites émotions. D’aucuns pensent même que l’on peut s’y perdre. Cette idée a souvent été utilisée au cinéma, maints personnages s’étant retrouvés absorbés, littéralement, par tel ou tel jeu. Choose or Die (Choisir ou mourir), de Toby Meakins, imagine au contraire un jeu qui envahit l’univers des protagonistes.

Ainsi, à l’inverse des récents Jumanji : Welcome to the Jungle (Jumanji : bienvenue dans la jungle, 2017) et suite (2019), mais un peu comme l’original de 1995, le virtuel s’immisce dans le réel. D’autres films similaires sont venus avant, tel Brainscan (1994), dans lequel un adolescent s’aperçoit trop tard que ses actions dans un jeu vidéo se produisent simultanément dans la vraie vie, voire WarGames (Jeux de guerre, 1983), dans lequel Matthew Broderick croit s’amuser innocemment alors qu’il est en fait aux commandes du système d’armement américain sur fond de Guerre froide.

D’ailleurs, l’héroïne de Choose or Die se serait épargnée des problèmes en visionnant ce dernier long métrage, qui concluait : « Le seul coup gagnant consiste à ne pas jouer ».

Bref, comment le film de Meakins se distingue-t-il, ou non, du lot ? Choose or Die fait le travail. On y suit Kayla, qui vit avec sa mère toxicomane dans un quartier gangrené par le crime. Brillante, elle n’a pas pu terminer ses études et occupe un boulot harassant qu’elle déteste. Seul rayon de soleil : son ami Isaac, un pirate informatique obsédé par les années 1980.

C’est par son entremise qu’elle met la main sur un antique jeu vidéo, CURS > R, qui promet un prix toujours non réclamé de 125 000 dollars : une somme dont Kayla aurait cruellement besoin. Or, sitôt commencé, le jeu annonce ses couleurs, à savoir, sadiques et sanguinolentes.

Dans la tradition de Saw (Décadence, 2004), film emblématique du sous-genre horrifique de la « torture-porn », Kayla se voit proposer une succession de choix de plus en plus épouvantables, et en vertu desquels inconnus ou proches seront grièvement blessés ou trucidés. Lors du prologue chargé d’établir les règles, un père doit choisir entre les oreilles de sa conjointe et la langue de leur fils — ça vous donne une idée.

Facture solide

 

La réalisation, qui dénote une sensibilité visuelle certaine, s’avère de belle tenue. Tournant à son avantage un budget limité, Meakins sait faire preuve d’ingéniosité, notamment dans son recours aussi ponctuel qu’efficace à la suggestion, comme lors de la séquence du rat géant. Les directions photo (Catherine Derry) et artistique (Anna Papa, Lucy Gahagan) rehaussent également la facture générale. En revanche, le rythme parfois languissant a pour fâcheuse conséquence de diluer la tension plutôt que de la dilater.

Dans le rôle principal, la nouvelle venue Iola Evans est toutefois parfaite ; on se prend immédiatement de sympathie pour elle. Aux prises avec un gérant d’immeuble harceleur et, à terme, avec un adversaire misogyne tendances réac, sa Kayla a fort à faire, quoique ce commentaire sous-jacent sur la masculinité toxique demeure au mieux superficiel dans le scénario de Simon Allen. En soutien, Asa Butterfield (de l’excellente série Sex Education) est très bien.

Avec une durée de moins d’une heure et demie, Choose or Die aurait en outre pu bénéficier de complications supplémentaires, quoiqu’on ait droit à quelques bons retournements. Évidemment, la porte demeure toute grande ouverte pour une suite. Pas mémorable, mais pas mauvais du tout.

 

Choisir ou mourir (V.F. de Choose or Die)

★★★

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Horreur de Toby Meakins. Avec Iola Evans, Asa Butterfield, Angela Griffin, Ryan Gage, Eddie Marsan. Grande-Bretagne, 2022, 85 minutes. Sur Netflix dès le 15 avril.

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