«Les animaux fantastiques 3», plus sombre, plus solide, mais…

Plus sombre et narrativement plus solide, ce troisième opus se déroule dans les années 1930, en Grande-Bretagne, en Chine et… à Berlin, où monte une voix dont les desseins, chez les Moldus, rappellent ceux de Grindelwald pour les sorciers. 
Photo: Photos Warner Bros. Plus sombre et narrativement plus solide, ce troisième opus se déroule dans les années 1930, en Grande-Bretagne, en Chine et… à Berlin, où monte une voix dont les desseins, chez les Moldus, rappellent ceux de Grindelwald pour les sorciers. 

Le mauvais sort s’acharne sur la saga Les animaux fantastiques, que Warner avait annoncée comme une pentalogie scénarisée par J.K. Rowling et réalisée par David Yates (à la barre de quatre des huit films Harry Potter), qui retrace les événements survenus une soixantaine d’années avant la naissance du célèbre sorcier à lunettes.

Ça a commencé doucement en 2016 : malgré son succès au box-office, Les animaux fantastiques a été critiqué pour la performance « bizarre » d’Eddie Redmayne en Norbert Dragonneau, le magizoologiste pivot de l’histoire ; et, surtout, pour ses ruptures de ton où le slapstick destiné aux plus jeunes côtoyait la noirceur d’une intrigue trop touffue. Ça s’est poursuivi en 2018 avec Les crimes de Grindelwald : si Jude Law a fait l’unanimité en Dumbledore dans la force de l’âge, plus rien n’allait pour Johnny Depp, l’interprète de Grindelwald, dont les frasques puis les accusations de violence conjugale ont fait les manchettes. Ce sont ajoutés, en 2020, les propos jugés transphobes émis par J.K. Rowling.

Et ça continue avec Ezra Miller qui, aussi il y a deux ans, a été filmé en train de saisir une femme par la gorge à Reykjavik et qui, juste avant la sortie des Secrets de Dumbledore (The Secrets of Dumbledore en V.O.), a été arrêté pour son comportement violent contre un couple à Hawaï. Or, le jeune acteur incarne Croyance Bellebosse, l’un des cœurs (très noirs) de la franchise : le destin, le pouvoir, la véritable identité de son personnage ont provoqué choc après choc dans les deux premiers volets. Il en va de même dans ce troisième, où sa ressemblance avec un jeune professeur Rogue (le regretté Alan Rickman dans les Harry Potter) est d’ailleurs troublante.

Sera-t-il renvoyé de la saga (et de l’Univers cinématographique DC où il joue Barry Allen/The Flash, aussi produit par Warner) ? Johnny Depp, lui, a été remplacé par un Mads Mikkelsen parfait dans sa froideur reptilienne et arborant une coupe de cheveux hitlérienne. Ce n’est pas un accident : plus sombre et narrativement plus solide (le nom du vétéran Steve Kloves, qui a signé sept des huit adaptations des Harry Potter, apparaît au scénario, près de celui de J.K. Rowling), ce troisième opus se déroule dans les années 1930, en Grande-Bretagne, en Chine et… à Berlin, où monte une voix dont les desseins, chez les Moldus, rappellent ceux de Grindelwald pour les sorciers. Conquête du monde, pureté de race…

Or, à cause d’un pacte de sang, Dumbledore ne peut affronter celui qui fut autrefois son grand amour et demande l’aide de Dragonneau. Pour remplir la mission, celui-ci s’entoure d’une équipe dépareillée composée de son frère (Callum Turner), de son assistante (Victoria Yeates), du pâtissier no-maj préféré de tous (Dan Fogler), qui vole ainsi au secours de sa sorcière bien-aimée (Alison Sudol), etc.

À cela, il faut bien sûr ajouter les animaux fantastiques — créatures en images de synthèse toujours aussi réussies. Si les adorables Pickett et Teddy sont de retour et provoquent des sourires, leur prestation est limitée dans un long métrage qui délaisse les plus jeunes. On en a la preuve dès la naissance tragique du Qilin, animal issu de la mythologie chinoise qui a le pouvoir de « lire » les cœurs et dont le sang prolonge la vie. On comprend bien que Dumbledore et Grindelwald ne le voient pas du même œil.

Bref, s’il y a — pour qui veut les voir — beaucoup de richesse et de promesses dans Les secrets de Dumbledore, si les effets visuels sont toujours impressionnants et la direction artistique, somptueuse, il y a aussi beaucoup de personnages et beaucoup d’intrigues secondaires. Le même reproche a été fait aux volets précédents et… n’en allait-il pas de même pour les Harry Potter ? Lesquels, toutefois, étaient ancrés dans des romans que tout le monde avait lus ou pouvait lire afin d’éclaircir tel ou tel mystère. Il faut donc ici garder en mémoire que J.K. Rowling sait absolument tout du monde qu’elle a imaginé et qu’avec elle, tout a une raison d’être et tout trouvera sa conclusion. Un jour. L’inconnue, ici, est d’une autre nature : les deux autres films seront-ils faits ? Et ça, mauvais sort oblige, n’est pas sûr.

Les animaux fantastiques. Les secrets de Dumbledore (V.F de Fantastic Beasts: The Secrets of Dumbledore)

★★★ 1/2

Drame fantastique de David Yates. Avec Eddie Redmayne, Jude Law, Mads Mikkelsen, Dan Fogler, Callum Turner, Jessica Williams, Alison Sudol, Victoria Yeates. Grande-Bretagne–États-Unis. 142 minutes. En salle.

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