Cronenberg, Claire Denis et Serebrennikov dans la course à la 75e Palme d’or

Thierry Fremaux, le délégué général du Festival de Cannes (à gauche), et Pierre Lescure, le président du Festival de 2014 à 2022 (à gauche).
Emmanuel Dunand Agence France-Presse Thierry Fremaux, le délégué général du Festival de Cannes (à gauche), et Pierre Lescure, le président du Festival de 2014 à 2022 (à gauche).

Le Festival de Cannes célébrera sa 75e édition, du 17 au 28 mai. Et le délégué général, Thierry Frémaux, précisait jeudi en conférence de presse ne pas vouloir jouer la carte de la nostalgie. Après deux ans de crise et avec la guerre en Ukraine, l’anniversaire sera surtout une occasion de parler du présent et d’interroger l’avenir. L’édition constituera également le chant du cygne du président du festival, Pierre Lescure, qui passe la main.

Chose certaine, le septième art international se relève. L’équipe a vu près de 2200 films. Le nombre des accrédités repart à la hausse (35 000 cette année). La pandémie, pourtant en sa sixième vague, semble tenir là-bas de mauvais souvenir. Le continent asiatique se réimpose en force. On nous promet d’excellents films et des tapis rouges bien garnis.

Quant à la sélection officielle dévoilée (de nouveaux titres restent à annoncer plus tard), elle se dessine très cinéphilique. Avec des cinéastes reconnus, des habitués souvent, mais seulement trois femmes en compétition, dont l’Américaine Kelly Reichardt. Z (comme Z) du Français Michel Hazanavicius lancera le bal en ouverture hors concours avec une comédie de zombies (mettant en vedette Bérénice Bejo et Romain Duris).

Dans la course à la Palme d’or, le Torontois David Cronenberg revient avec Crimes of the Future. Il s’agit d’une sixième sélection cannoise pour le cinéaste de Crash. Dans le droit-fil de ses thématiques, il interroge l’évolution humaine et la mutation des corps en mettant en scène Viggo Mortensen, Léa Seydoux et Kristen Stewart. Le Russe exilé à Berlin Kirill Serebrennikov, habitué de Cannes (Leto, La fièvre de Petrov), vient présenter La femme de Tchaïkovski, sur l’intimité du grand compositeur. Le festival impose de la sorte sa volonté d’ouvrir ses portes aux dissidents russes durant l’invasion brutale de Poutine en Ukraine.

Le retour d’habitués

D’anciens palmés d’or reviennent faire un tour, tels les frères belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (Rosetta, L’enfant), si souvent primés là-bas. Leur Tori et Lokita aborde l’amitié de deux jeunes exilés africains en Belgique. De retour aussi, le brillant Roumain Cristian Mungiu qui avait triomphé avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, en selle cette fois avec le mystérieux RMN. Sans oublier le Suédois Ruben Östlund, palmé pour son très acide The Square, venu accompagner une autre satire sociale Triangle of Sadness, son premier film en anglais, avec Woody Harrelson.

Dans The Stars at Noon, thriller diplomatique américain, la grande cinéaste française Claire Denis adapte le roman de Denis Johnson (avec Robert Pattinson). Son compatriote Arnaud Desplechin présente Frère et sœur, avec Marion Cotillard et Melvil Poupaud, sur une fratrie reconstituée après vingt ans de haine. L’Américain James Gray (Little Odessa, The Yards) resurgit avec Armageddon Time (Anne Hathaway, Cate Blanchett, Anthony Hopkins, Robert De Niro), dont l’action se situe dans une école new-yorkaise administrée par le père de Donald Trump. Quant au maître polonais Jerzy Skolimowski (Deep End, Travail au noir), artiste multidisciplinaire, il vient proposer Hi-Han sur l’histoire d’un âne dans la lignée d’Au hasard Balthazar de Bresson.

Parmi les valeurs éprouvées, le sud-coréen Park Chan-wook avec Decision to Leave livre un polar amoureux. Et le très doué Japonais Hirokazu Kore-eda offre une nouvelle chronique de famille à travers Broker. La Franco-Italienne Valeria Bruni-Tedeschi renoue avec sa jeunesse théâtrale auprès de Patrice Chéreau dans Les Amandiers.

Hors compétition atterrissent d’autres ténors. Ainsi Top Gun : Maverick de Joseph Kosinski, qui vaudra à Tom Cruise un hommage sur la Croisette, et Elvis, de Baz Luhrmann, sur la jeunesse du King (avec Tom Hanks et Austin Butler). Sans compter le documentaire d’Ethan Coen sur le rockeur Jerry Lee Lewis et la comédie Mascarade, de Nicolas Bedos avec Isabelle Adjani, Pierre Niney et François Cluzet. Le cinéaste australien des Mad Max George Miller accompagne Three Thousand Years of Longing, dans lequel, à Istanbul, une femme désabusée (Tilda Swinton) découvrira une bouteille magique sans pouvoir trouver de vœu à réaliser.

C’est dans la section Un certain regard, consacrée au cinéma d’exploration, que plusieurs nouveaux venus et une proportion plus solide de femmes atterrissent en Sélection officielle. L’Ukrainien Maksim Nakonechnyi y livre un premier film, Bachennya Metelyka.

Le plus grand festival de cinéma du monde entend devenir un carrefour pour ausculter le septième art, bousculé par les nouvelles plateformes et les replis pandémiques. Le mardi 24 mai, de nombreux cinéastes invités s’interrogeront sur leur métier lors d’un symposium. « Le cinéma est-il en train de se perdre ? » Réponse sur la Croisette en mai, où on souhaite au malade encore de très beaux jours.

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