«Romy and Michele’s High School Reunion», 25 ans de résiliente hilarité

Lisa Kudrow (à gauche) et Mira Sorvino (à droite) incarnent deux amies inséparables dans le film «Romy and Michele’s High School Reunion», sorti en 1997.
Photo: Touchstone Pictures et Buena Vista Pictures Lisa Kudrow (à gauche) et Mira Sorvino (à droite) incarnent deux amies inséparables dans le film «Romy and Michele’s High School Reunion», sorti en 1997.

Dans un contexte d’incertitude et de fluctuation quant à l’ouverture des salles, la série A posteriori le cinéma se veut une occasion de célébrer le 7e art en revisitant des titres phares.

À l’école secondaire, de quel groupe faisiez-vous partie ? De celui des élèves populaires ? Des sportifs ? Des « bollés » ? Des « rejets » ? C’est à cette caste souvent victime d’intimidation de la part du premier, voire des deux premiers groupes, qu’appartenaient Romy et Michele. De telle sorte que, dix ans plus tard, le temps des retrouvailles venu, les deux jeunes femmes entendent bien en imposer à leurs anciens camarades de classe… quitte à se faire passer pour ce qu’elles ne sont pas. Sorti sans fanfare il y a 25 ans, le 25 avril 1997, la comédie Romy and Michele’s High School Reunion (Romy et Michele : les reines de la soirée) est rapidement devenue un authentique film culte, comme en témoigne l’accueil délirant réservé à ses vedettes, Mira Sorvino et Lisa Kudrow, lors de leur présentation au gala des Screen Actors Guild Awards en février dernier.

Dans un essai publié en 2021 par Collider, Keegan Tran soutient : « [Le film] se distingue des autres du genre en raison de sa forte représentation des protagonistes, présentées comme une paire d’étranges — mais attentionnées — gaffeuses que le public en vient à aimer en raison de leurs motivations sympathiques. C’est particulièrement remarquable considérant que, tout au long des années 1990 et au début des années 2000, les femmes blondes au cinéma et à la télévision ont été dépeintes en bimbos idiotes avec peu ou pas de personnalité, n’existant qu’afin d’être tournées en ridicule par le public et par les autres personnages. »

Plus loin, l’auteur avance que le succès « différé » du film ouvrit la voie à d’autres, tel Legally Blonde (Blonde et légale). Pour revenir à nos héroïnes, on les rencontre alors qu’elles partagent un appartement (et une chambre avec lits jumeaux !) du quartier de Venice Beach, à Los Angeles. Romy et Michele ont deux passions : se créer des accoutrements pas possible et sortir en boîte. Elles se complètent et se comprennent. Normal : elles sont inséparables depuis l’adolescence. D’ailleurs, elles en ont bavé durant cette période, souffre-douleur qu’elles étaient de la vile Christie, chef de la clique des élèves populaires.

Mais voici qu’approche la soirée des retrouvailles, et Romy et Michele ont la ferme intention de rendre leurs anciens tortionnaires jaloux avec leur… leur quoi, au fait ? Devant leur absence d’accomplissements, les deux amies paniquent et conçoivent un plan : elles prétendront être devenues de riches femmes d’affaires après avoir inventé… les Post-it. Vous avez bien lu (il faut les voir s’enquérir auprès d’une serveuse d’un hypothétique menu « spécial femmes d’affaires »).

Une longue gestation

 

Porté par une musique rétro à forte teneur féminine (Cyndi Lauper, Belinda Carlisle, Bananarama, The Go-Go’s), Romy and Michele’s High School Reunion fut réalisé par David Mirkin, un vétéran de la comédie qui débuta comme scribe sur la sitcom Three’s Company (Vivre à trois). Le film repose cela dit d’abord et avant tout sur un scénario savoureux de Robin Schiff truffé de répliques mémorables et peuplé de personnages secondaires hauts en couleur, comme Heather, la gothique mal engueulée (incarnée avec brio par Janeane Garofalo).

En l’occurrence, l’autrice imagina une version embryonnaire de Romy et Michele dans une pièce de théâtre de 1990 qui donna à la future vedette de Friends (1994-2004) Lisa Kudrow son tout premier rôle.

Après une tentative infructueuse d’adapter ladite pièce en série télévisée, Schiff transforma le matériel et en tira un scénario tournant autour, au présent, des fameuses retrouvailles, et, au passé, de l’intimidation à laquelle les héroïnes firent face avec une irrépressible bonhomie.

À cet égard, la dramaturge et scénariste révéla à Vanity Fair, à l’occasion du 20e anniversaire du film, s’être inspirée de sa relation avec sa propre meilleure amie pour le côté à la fois hilare et cru exhibé par Romy et Michele. « Un jour, nous étions coincées dans un avion sur le tarmac et nous avons commencé à lire le catalogue Sky Mall et à pisser de rire. C’était le genre d’amie avec qui tu voulais passer du temps — même coincée dans un avion sur le tarmac, tu pouvais toujours t’amuser [avec elle]. »

Coup de chance, le studio Touchstone Pictures, propriété de Disney, était alors en quête de quelque chose pouvant s’apparenter à une version féminine de Wayne’s World, dont les deux opus (1992-1993) avaient cartonné chez le concurrent Paramount. Si le feu vert fut vite donné, c’est toutefois beaucoup grâce à la soudaine popularité de Lisa Kudrow, demeurée attachée au film pour le rôle de Michele, la plus naïve des deux copines.

Pour incarner Romy, l’alpha du duo, la production pressentit Mira Sorvino, qui venait de gagner un Oscar pour Mighty Aphrodite (Maudite Aphrodite). L’actrice adora le scénario et, allant à l’encontre de l’opinion de son agent qui jugeait le récit frivole et vulgaire, embarqua dans l’aventure.

« Je me suis tellement sentie interpellée par ces personnages, parce que j’étais moi-même une nerd absolue à l’école. J’étais totalement impopulaire et j’avais mes deux meilleures amies, et c’était nous contre le monde. Je me suis sentie liée à [Romy et à Michele], et j’ai adoré l’esprit du film ; cette célébration de l’amitié et du fait d’être unique », se souvient Mira Sorvino dans une entrevue de 2020 au magazine Vulture.

Dans l’article en question, la vedette décrit une projection spéciale du film où elle accompagnait la scénariste, et où le public ravi connaissait toutes les répliques par cœur, y compris le monologue final de Romy lors duquel elle retire à Christie le pouvoir de les intimider, Michele et elle. Fait intéressant : ce passage particulièrement gratifiant pour quiconque a déjà subi du bullying est l’œuvre de l’actrice elle-même.

Je me suis tellement sentie interpellée par ces personnages, parce que j’étais moi-même une "nerd" absolue à l’école

 

« Je trouvais qu’il fallait un peu plus de validation pour nos héroïnes, et j’ai demandé à Robin Schiff s’il ne pouvait pas y avoir un moment où les “méchantes” reçoivent leur dû ; ensemble, nous avons donc écrit le passage avec “We don’t give a flying fuck what you think”. Ce n’était pas là à l’origine. Je ressentais très fort qu’elles ne pouvaient pas être juste deux idiotes — elles devaient avoir un moment où elles sont vraies et fortes et courageuses — et Robin était tout à fait pour ça. »

Parallèles en coulisse

 

À la lumière de cette anecdote, il est impossible de ne pas songer au bourreau, encore plus monstrueux — et bien réel celui-là — avec lequel Mira Sorvino était aux prises à l’époque du tournage : l’infâme Harvey Weinstein. Pour mémoire, la comédienne fut l’une des premières à accuser publiquement le producteur déchu de crimes à caractère sexuel.

Toujours dans Vulture, elle confie : « En fait, je pensais que ça mettrait fin à ma carrière pour de bon et que je ne travaillerais plus jamais. […] Étonnamment, [l’entretien avec Ronan Farrow] a donné aux gens une nouvelle vision de moi et de mon potentiel. Ils ont compris que si ma carrière avait piétiné, ce n’était pas nécessairement à cause de moi. J’avais été mise sur une liste noire. […] Je n’ai pas été dans un film de studio pendant une décennie et demie. »

Ainsi, la résilience et la détermination de Romy n’étaient pas jouées, elles étaient vécues. Sur une note plus légère, le film constitue un rappel comique, mais avisé, qu’il n’y a qu’une seule personne qu’on devrait chercher à épater : soi-même.

Le film Romy and Michele’s High School Reunion est en VSD sur Disney+ et sur la plupart des plateformes.



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