«Tout s’est bien passé»: Ozon et la mort assistée

Sophie Marceau et André Dussollier dans «Tout s'est bien passé»
Photo: Carole Bethuel Sophie Marceau et André Dussollier dans «Tout s'est bien passé»

Le cinéaste français François Ozon bifurque de plus en plus souvent du côté du cinéma engagé. Sans viser la même veine réaliste que son magistral Grâce à Dieu en 2019, Tout s’est bien passé aborde l’épineux sujet de l’aide médicale à mourir. Il met en scène le récit autobiographique d’Emmanuèle Bernheim, qui avait aidé son père malade à sauter le pas, tant il insistait pour en finir. En France, l’euthanasie est interdite, mais non en Suisse. D’où de nombreux voyages sans retour.

Le cinéaste de Sitcom et de Potiche avait souvent abordé la mort qui rôde, notamment dans Sous le sable et Le temps qui reste. Ici, sans prendre parti frontalement pour le suicide assisté, il montre les voies de la liberté de choix et donne à réfléchir au spectateur. L’humour offre une tonalité nouvelle aux souvenirs de Bernheim, ici moins sombres qu’à l’écrit, sans remiser la charge d’émotion.

Le film met en scène à l’hôpital André (André Dussollier, nouveau venu dans la famille Ozon), riche collectionneur mélomane, cultivé, acariâtre, pervers et manipulateur, homosexuel marié à une femme, dur à vivre. Des accidents vasculaires cérébraux le condamnent soudain à une vie de semi-paralysé trop lourde pour lui. Ce personnage coloré, l’acteur fétiche d’Alain Resnais l’incarne avec férocité et jubilation, vieilli, grimé, ironique, finalement drôle avec sa bouche tordue, son aphasie à géométrie variable. Ce rôle de pure composition contraste avec les interprétations plus réalistes de celles qui l’accompagnent. Spectaculaire, Dussollier fait de l’ombre à ses partenaires de jeu.

À ses côtés, ses filles : Emmanuèle, la préférée (Sophie Marceau, première collaboration avec Ozon), et Pascale (Géraldine Pailhas, tout en finesse et en retrait mélancolique). Leur père les avait toujours mises en rivalité et il s’y attelle de plus belle. En effet miroir, Sophie Marceau se voit suivie avec fascination par la caméra, souvent à l’épaule, qui traque chaque nuance de son jeu, davantage que celui de Pailhas.

La star de La boum et de Mes nuits sont plus belles que vos jours offre ici une proposition sincère et honnête, à défaut de bouleverser en femme forte et troublée qui recule, avance, perd pied. Son personnage prendra contact avec la directrice d’une association suisse, jouée avec une humanité supérieure par Hanna Schygulla. Quant à Charlotte Rampling, égérie de François Ozon, dans un rôle secondaire autant qu’essentiel, la voici épouse du héros : figure cassante d’artiste dépressive brillamment campée sur le fil du rasoir.

Sur des airs de musique classique, Ozon jongle ici à travers les genres, maniant le drame et la comédie avec un côté suspense dans cette course au trépas remplie d’embûches, présentée par chapitres toujours rebondissants. Reste que Tout s’est bien passé demeure assez classique dans sa forme et aurait pu s’éclater davantage. Les niveaux d’interprétation se heurtent parfois et les tons ne sont pas toujours bien mariés. Ce qui n’enlève pas au film sa portée sociale et sa sensibilité, tout en l’empêchant d’atteindre une pleine harmonie cinématographique.

Tout s’est bien passé

★★★ 1/2

Comédie dramatique de François Ozon, d’après le récit autobiographique d’Emmanuèle Bernheim. Avec Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling, Hanna Schygulla. France, 2021, 113 minutes. En salle.

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