«Memory Box»: le passé refoulé

Le tournage de cette coproduction libano-franco-canadienne s’est conclu à Beyrouth peu après le début de la pandémie, mais «Memory Box» ne saurait être plus criant d’actualité.
Photo: Les films Opale Le tournage de cette coproduction libano-franco-canadienne s’est conclu à Beyrouth peu après le début de la pandémie, mais «Memory Box» ne saurait être plus criant d’actualité.

La douloureuse mémoire de la guerre au Liban durant les années 1980 refait surface dans Memory Box, un récit se déroulant entre deux villes, Montréal et Beyrouth, et deux époques. Signé Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, ce long métrage met en scène une famille déracinée qu’un mystérieux colis, arrivé la veille de Noël, replongera dans l’histoire de son pays d’origine et celle des amitiés perdues de Maia, interprétée avec force par Rim Turki (adulte) et Manal Issa (adolescente).

Le tournage de cette coproduction libano-franco-canadienne s’est conclu à Beyrouth peu après le début de la pandémie, mais Memory Box ne saurait être plus criant d’actualité alors qu’il prend l’affiche aujourd’hui, un an après avoir été présenté en compétition officielle lors de la 71e Berlinale. Ces scènes où Maia et ses amis doivent se réfugier dans un bunker pendant plusieurs jours pendant que les missiles pleuvent sur la capitale libanaise sont identiques à celles qui nous proviennent de Marioupol et de Loutsk…

Maia, aujourd’hui mère d’une adolescente nommée Alex (Paloma Vauthier), habite Montréal, où elle et sa mère, Teta (Clémence Sabbagh), ont pris racine après avoir fui la guerre civile. Un colis livré chez elles en son absence mettra Teta dans tous ses états, mais piquera la curiosité d’Alex. Il contient les souvenirs de jeunesse de Liza, ancienne amie de Maia récemment décédée et avec qui elle avait perdu contact depuis une trentaine d’années.

Teta a beau prévenir sa fille de ne pas ressasser ces mauvais souvenirs, Maia n’a visiblement pas davantage envie de relire ces vieux journaux intimes et d’éplucher des albums photo. On se doute bien toutefois qu’Alex, elle, a envie de tout apprendre sur cette vie qu’elle n’a pas connue. À l’insu de Maia, elle plonge dans ces archives, recollant morceau par morceau le puzzle de la vie d’adolescente de sa mère, qui résonnera avec la sienne.

Le duo de réalisateurs use d’ingéniosité pour nous présenter les scènes d’époque en retours en arrière. Maia ayant à l’époque développé une passion pour la photographie, ces archives s’avèrent riches en images qui, mises bout à bout, se transforment en scènes animées devant les yeux d’Alex, puis en scènes reconstituées dans le Beyrouth d’alors. Alex découvre ainsi l’amitié d’un groupe de cinq jeunes filles, leurs premières amours, leurs soirées éternelles, leurs rêves bouleversés par la guerre. Sur le plan esthétique, l’effet est simple et diablement efficace : même la trame sonore de l’époque est conservée sur des cassettes audio qu’écoute Alex en relisant les lettres que sa mère écrivait à Liza, laquelle avait passé les vacances d’été hors de la ville, loin de ses amies.

Memory Box expose avec tact les traumatismes infligés par la guerre, nous aide à mieux saisir la gravité du moment, comment Alex finira par mieux connaître sa propre mère et ce par quoi elle a passé avant de refaire sa vie au Québec. En même temps, Alex connaîtra son passage à l’âge adulte en s’éveillant à sa propre histoire, familiale et citoyenne. Bienveillante et gavée d’espoir, la conclusion de cet habile et touchant film viendra adoucir les passages plus cruels de la vie de Maia et de sa mère Teta.

Memory Box

★★★ 1/2

Drame de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Avec Manal Issa, Rim Turki et Paloma Vauthier. Liban–Canada–France, 102 minutes. En salle.

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