Décrocher la lune avec «Moon Knight»

Moins connu que d’autres membres de l’écurie Marvel, Moon Knight est, au civil, Steven Grant. Il partage son corps avec Marc Spector, mercenaire qui se trouve à être l’avatar humain de Khonshu, dieu égyptien de la Lune et de la vengeance. Le quadruple personnage est interprété par l’acteur Oscar Isaac.
Photo: MARZ VFX/Marvel Moins connu que d’autres membres de l’écurie Marvel, Moon Knight est, au civil, Steven Grant. Il partage son corps avec Marc Spector, mercenaire qui se trouve à être l’avatar humain de Khonshu, dieu égyptien de la Lune et de la vengeance. Le quadruple personnage est interprété par l’acteur Oscar Isaac.

Deux cents pages. Le document que Mohamed Diab (Clash, Les femmes du bus 678) a préparé avec sa conjointe, la productrice Sarah Gohar, et présenté aux bonzes de Marvel pour les convaincre qu’il était le réalisateur idéal pour la série Moon Knight, faisait 200 pages. On ne parle pas ici d’un pitch d’ascenseur ! La démarche valait quand même le coup puisque le cinéaste égyptien s’est retrouvé aux commandes de quatre des six épisodes de la sixième série de l’Univers cinématographique Marvel, dont la diffusion commence le 30 mars sur Disney+.

« Le document présentait, surtout au moyen de photos, les endroits où se ferait le tournage, le développement des personnages, la musique, le montage, les références sur la façon dont nous tournerions les scènes d’action. Ça couvrait tout. Tellement que quand nous l’avons terminé, j’ai dit à Sarah : “Si on n’a pas ce job, quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde”. » Deux ans plus tard, je peux dire que la série est exactement à l’image de ce que nous avions imaginé », indiquait le réalisateur en entrevue.

Moins connu que d’autres membres de l’écurie Marvel, Moon Knight — créé en 1975 par Douglas Moench et Don Perlin — est, au civil, Steven Grant. Dans l’adaptation télévisée, il vit à Londres, travaille dans la boutique d’un musée où l’histoire égyptienne occupe beaucoup de place. Contrairement aux Spider-Man et Iron Man de ce monde, il ignore posséder une identité secrète. Dans sa tête, il souffre de pertes de mémoire, il se réveille ailleurs que là où il s’est couché, parfois solidement amoché. En réalité, il partage son corps avec Marc Spector, mercenaire qui se trouve à être l’avatar humain de Khonshu, dieu égyptien de la Lune et de la vengeance.

Et là, mettons des guillemets à « réalité ». Parce que… qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux là-dedans ? Le corps de Steven est-ilvraiment au service de forces qui le dépassent ou l’homme souffre-t-il d’un trouble dissociatif de la personnalité ? De l’extérieur, la série ressemble ainsi à un mélange d’Indiana Jones et de Venom. Jusqu’à ce qu’on tombe dans tout à fait autre chose. Ce qui est sympathique, plein d’humour et d’aventure se fait alors empreint d’horreur et de drame psychologique.

C’est ce qui a parlé à Mohamed Diab, connu pour ses films indépendants qui jouent la carte de l’intimité, du proche de l’humain et de l’humanité. On est loin du grand déploiement « marvelien ». Sauf qu’à son sens, l’un n’empêche pas l’autre : « Il est possible de présenter une histoire intime dans laquelle du gros stock se produit. » C’est en faisant valoir cela qu’il a convaincu Oscar Isaac de monter sur le bateau alors que l’acteur, après Dune et les Star Wars, avait envie et besoin de petite échelle. Le quadruple personnage qu’il incarne ici — à visage découvert, il joue Steven Grant et Marc Spector ; et, sous les costumes blancs de lune, Mr. Knight et Moon Knight — lui offre la possibilité de se faire vulnérable et timide, baveux et violent, drôle ou sensible, invulnérable ou désorienté. Oh ! Et, en plus de jouer de l’attitude corporelle, il a proposé de changer d’accent selon le personnage en contrôle de son corps.

Tourné en Hongrie, en Jordanie et à Atlanta, Moon Knight permet aussi à Mohamed Diab d’offrir aux spectateurs une Égypte… vraiment égyptienne : « Cette histoire est ancrée dans l’égyptologie, elle prend place dans la mythologie de l’Égypte ancienne et dans l’Égypte d’aujourd’hui. Or, la plupart du temps, à l’écran, nous sommes décrits d’une façon que nous appelons l’orientalisme, c’est-à-dire montrés de manière exotique et déshumanisée. C’est drôle, mais c’est aussi blessant. »

Reste que le cinéaste veut croire qu’il a remporté la mise (et la réalisation) « parce que j’étais le bon réalisateur pour ce projet, pas seulement pour mes origines », conclut-il avec ferveur. Il savait que le destin du Chevalier de la lune ne lui serait pas offert sur un plateau d’argent, mais il était prêt à travailler fort, très fort, pour décrocher la lune.

Ils ont dit (en conférence de presse)…

Oscar Isaac : Pour ce rôle multiple, « la première étape a été d’engager mon frère [le journaliste Mike Hernandez] afin qu’il soit l’autre moi » dans les scènes où Steven Grant échange avec Marc Spector. L’acteur changeait ensuite de place avec son frangin pour livrer l’autre partie des dialogues. « Ça a été techniquement très demandant, mais ça a été l’occasion de jouer quelque chose d’entièrement différent, en me concentrant sur cette lutte interne pour créer un personnage indélébile et inhabituel. »

 

Ethan Hawke, interprète d’Arthur Harrow, fanatique religieux persuadé d’avoir trouvé le moyen de sauver l’humanité : « L’histoire du cinéma est pavée de récits utilisant la maladie mentale comme fondation pour les méchants. Ici, avec un héros « fou », nous avons inversé toute la dynamique. Il me fallait créer un fou qui soit sain d’esprit », fait l’acteur qui, emballé par le projet, dit avoir signé son contrat sans lire les scénarios.

 

May Calamawy, interprète de Layla El-Faouly, une femme liée à Marc Spector qui se retrouve avec Steven Grant dans les pattes : « J’aime à quel point elle est forte, mais en même temps, je me sentais le droit de jouer avec elle dans toute une gamme d’émotions. Au départ, je ne savais trop comment l’aborder, jusqu’à ce que je me laisse porter par celle que je suis, moi : une femme qui a grandi au Moyen-Orient. Après, tout a été plus simple », raconte l’actrice aux racines égyptiennes et palestiniennes, vue dans la série Ramy.

Moon Knight

Disney+, dès le 30 mars



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