Les secrets de Pagnol

Lucie Loste Berset interprète Isabelle Rossignol et Léo Campion tient le rôle de Marcel Pagnol dans «Le temps des secrets».
Photo: Jean-Claude Lother Lionceau Films Lucie Loste Berset interprète Isabelle Rossignol et Léo Campion tient le rôle de Marcel Pagnol dans «Le temps des secrets».

lusieurs se souviennent des Choristes, du Français Christophe Barratier, champion du box-office en 2004. De jeunes garçons en rééducation s’y voyaient sauvés par l’apprentissage du chant choral dans la France de 1949. On doit également au cinéaste, souvent abonné à un cinéma pré-Nouvelle Vague, des films comme Faubourg 36 et La nouvelle guerre des boutons.

Avec Le temps des secrets, il revisite cette fois Pagnol. Le film s’attaque au troisième volet de ses Souvenirs d’enfance, après La gloire de mon père et Le château de ma mère  portés à l’écran par Yves Robert.

« Pagnol m’a pris au cœur, confesse le cinéaste. C’est un monde qui me rappelle mon enfance. Ma grand-mère [Marie Perrin] était une grande comédienne de théâtre. Elle avait joué dans ses pièces Marius et La fille du boulanger, m’introduisait à ses films aussi. Je me suis passionné pour son univers. »

Quand la productrice du film lui a proposé d’adapter Le temps des secrets, elle a frappé à la bonne porte. Le livre, divisé en trois parties, possédait une structure complexe, en trois volets : l’été des vacances, le lycée puis le retour en Provence. Barratier a surtout mis l’accent sur la période estivale. Il fait également apparaître Pagnol en homme âgé, sans miser sur la voix off afin d’éviter la présence   invisible du narrateur porteur de nostalgie. Son film, mis en images par le directeur de la photographie Jérôme Alméras, entre les scènes tristes ou solaires plus naturalistes, touche parfois au réalisme magique. Il gagnera nos écrans vendredi.

L’histoire se déroule en 1905 alors que le jeune Marcel (Léo Campion) passe ses vacances dans les collines d’Aubagne avant d’entrer au lycée. Il y retrouve son ami Lili, qui vit au village, ses oncles et tantes, tombe amoureux de l’énigmatique Isabelle (Lucie Loste Berset), princesse orgueilleuse pleine de raffinements et d’impostures.

« L’univers de Pagnol est universel, déclare le cinéaste. Je ne suis pas né en Provence, mais en filmant là-bas le clocher de son village, en le racontant, je me suis rendu compte à quel point les joies et les souffrances de l’enfance étaient les mêmes partout. Ces sentiments-là sont mondialisés depuis toujours, quels que soient la culture et le statut social. »

Marcel Pagnol avait alors 11 ans. « Le temps des secrets, c’est celui des adultes, l’âge des premiers émois amoureux, des premiers mensonges. On commence à dédaigner ses meilleurs amis en tombant amoureux. La crise d’adolescence, c’est aussi avoir cru en un monde enchanté qui se lézarde. J’ai du mal à me détacher de cette période, me sentant nostalgique de mon passé, de cette époque où j’étais entouré de gens qui m’aimaient et me transmettaient des valeurs et des connaissances. Cette envie de raconter des histoires, je la dois à ceux qui m’en ont raconté. »

Il croit aux ponts générationnels entre ceux qui commencent et ceux qui finissent leur vie. « Le jeune Pagnol est dans la transmission, comme les vieillards. Être attentif à ce que nous apporte l’autre nous permet d’accepter ses mystères. De leur côté, les parents se cherchent encore, car ils ont du mal à lâcher prise. »

Dans Le temps des secrets, jouent de grands acteurs, dont Mélanie Doutey, François-Xavier Demaison, Guillaume de Tonquédec et Michel Vuillermoz. Mais au centre de la distribution trônait ce jeune non professionnel, Léo Campion.

 

Christophe Barratier estime que diriger un enfant repose à 90 % sur le choix de l’interprète. Question de flair. « Aucun enfant n’est acteur, estime-t-il. On ne peut lui offrir de contre-emploi. Décrypter un rôle, les interprètes adultes savent le faire, et les choix de distribution sont vastes. Les enfants, on les découvre dans la rue, avant de les prendre avec ce qu’ils sont. Léo Campion, je l’ai rencontré quelques semaines avant le tournage. Les acteurs ont été généreux avec lui. Ils sont entrés dans son orbite. »

Le personnage de poète incarné par Vuillermoz entraîne le film ailleurs. « Il nous plonge dans un autre univers, précise Barratier, parce qu’il vit avec sa fille Isabelle dans un monde parallèle. Celle-ci est une captive et une créatrice d’illusions. Pour Marcel, le retour sur terre sera violent quand il comprendra qu’elle s’est jouée de lui. »

Christophe Barratier a envie de retrouver cette famille et cette Provence, en portant à l’écran Le temps des amours, dernier tome des Souvenirs d’enfance de Pagnol. Dans ce livre publié en 1977 de façon posthume, Marcel se découvre poète. Il allait devenir un géant de la littérature française, mais qui pouvait alors s’en douter, sinon lui ?

Le temps des secrets prendra l’affiche en salle le 1er avril.

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