«Goliath», à la guerre contre les pesticides

Tellier dit avoir été transformé par l’enquête qui a mené à la réalisation du thriller.
Photo: TVA Films Tellier dit avoir été transformé par l’enquête qui a mené à la réalisation du thriller.

Lorsqu’il a commencé à travailler sur Goliath, il y a 10 ans, le cinéaste Frédéric Tellier ne pensait pas que le sujet de son film serait encore d’actualité au moment de sa sortie.

Pourtant, ce thriller environnemental, qui porte sur les effets cancérigènes des pesticides sur la santé des personnes qui y sont exposées, pourrait aussi bien avoir été tourné aujourd’hui.

« J’ai toujours traité, un peu par hasard, d’histoires vraies et de faits réels , détaille le cinéaste. La première chose qui me passionne, c’est le combat des petites gens contre les superpuissances. »

En écrivant Goliath, il a inventé les trois personnages principaux, et il a même inventé le nom de la substance pesticide, la tétrazine, en cause dans les cancers du système lymphatique diagnostiqués chez des personnes exposées. Il a aussi imaginé cette scène où une femme en deuil s’immole devant le siège social de la multinationale de produits agrochimiques qu’elle juge responsable de la mort de sa conjointe.

Mais les chiffres, dit-il, il les a pris tels que glanés au cours de ses longues années de recherche. En entrevue, il signale d’ailleurs que, comme c’est le cas dans le film, des rapports faisant état de cas groupés de bébés nés avec des handicaps, dans des régions précises de France, ont été détruits. Il parle aussi de Paul François, cet agriculteur qui a fini par gagner en cours contre la multinationale Monsanto à cause de l’étiquetage déficient de l’herbicide Lasso, qui lui a coûté sa santé. M. François, qui n’a toujours pas reçu un sou de la multinationale, donnait récemment une entrevue au Devoir sur le sujet. Frédéric Tellier parle aussi de ces industriels qui ont fait effacer des ruisseaux des cartes pour ne plus avoir à rendre compte des pesticides qu’ils y charrient. C’est carrément de privatisation du vivant qu’il s’agit, comme le dit un des personnages du film.

Une finalité effrayante

 

« C’est probablement la finalité la plus effrayante », dit Frédéric Tellier au sujet de la privatisation de la nature. « La nature, elle n’appartient à personne. Et il y a des gens qui se disent “on va la rendre privée, et on fera un commerce avec”. »

Tout n’est pourtant pas perdu. Tout récemment, au Québec, un travailleur agricole, Armando Lazo Bautista, a réussi à faire reconnaître en cour que son lymphome non hodgkinien était lié à son exposition à des pesticides.

Mais le plus difficile, c’est établir hors de tout doute le lien de causalité entre un produit et ses effets sur la santé. « J’ai essayé de faire un film actuel, de ne pas théâtraliser le propos, de ne pas l’enlaidir et de ne pas l’embellir. J’ai pris du temps pour vérifier les sources et les chiffres », dit-il, ajoutant ne pas avoir voulu faire un film « partisan ».

Reste que le Goliath du film, ce n’est évidemment pas les petits agriculteurs ou les voisins d’agriculteurs qui tentent de démontrer les effets de la tétrazine sur leur santé. C’est bien la multinationale biochimique, et son chef lobbyiste qui fait plier les ministres de l’Agriculture à sa guise tout en achetant le silence des victimes.

« La force du thriller environnemental est justement de mettre des visages, des sentiments sur des données techniques. C’est ce qui fait la puissance du cinéma. Il dépeint des personnages avec leurs joies et leurs peines. »

Le cinéaste lui-même dit avoir été transformé par les années de recherche qui ont mené à la réalisation de Goliath. Cela a changé, dit-il, son rapport au vivant. « Cela a modifié en profondeur ma vie », conclut-il.

 

Goliath

En salle au Québec dès le 1er avril. Thriller de Frédéric Tellier. France-Belgique. 122 minutes.

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