Des cinéastes exigent plus d’argent pour le documentaire

Inquiets et en colère de la tendance à la baisse du financement destiné à la production documentaire accordé par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), des cinéastes et des artisans du milieu lancent un cri d’alarme et exigent un rehaussement de l’enveloppe destinée à ce genre cinématographique.

« On manque d’amour, on manque de soutien. […] Il y a des entreprises qui ferment, des tonnes d’artisans qui n’y arrivent plus avec si peu de moyens, des jeunes qui ne trouvent pas de boîte de production et abandonnent. C’est assez, il faut que ça change et vite ! » lance au téléphone le documentariste Denys Desjardins, un des instigateurs du mouvement Pour la suite du doc.

Il signe une lettre publiée sur le site du Devoir mardi, aux côtés de quelque 600 personnes, parmi lesquelles de grands noms du cinéma — tous genres confondus — tels que Fernand Dansereau, Claude Fournier, Marie-José Raymond, Miryam Charles, Denis Villeneuve ou encore Philippe Falardeau.

D’une même voix, ils dénoncent le sous-financement que subit le cinéma documentaire depuis une vingtaine d’années, y voyant une forme de « mépris » de la part de la SODEC, dont le budget total pour aider les productions cinématographiques augmente année après année.

Selon les calculs du rassemblement — basés sur les rapports annuels de la SODEC —, le cinéma documentaire n’a reçu que 3,4 % (1,4 million) du budget alloué à la production cinématographique pour 2020-2021 (41 millions). La moyenne des 18 dernières années est de 8,7 %. La part du lion revient donc au cinéma de fiction. « Nous voulons que cette situation change de manière radicale et rapide. Nous demandons que l’enveloppe attribuée au cinéma documentaire représente dorénavant 15 % des fonds affectés à la production », écrivent-ils.


 

À une seule reprise, depuis 2003, la part du financement accordé par la SODEC au cinéma documentaire a franchi ce fameux seuil de 15 %, soit en 2004-2005. C’est d’ailleurs l’année où le plus grand nombre de documentaires ont vu le jour grâce au financement de la société d’État, soit 56 productions, en l’espace de 18 ans.

En 2020-2021, le nombre de documentaires financés a connu son plus bas niveau, soit seulement 17 films produits. Ce nombre a particulièrement diminué depuis 2015-2016, avec un maximum de 21 films sélectionnés par année, alors que la SODEC en finançait en moyenne 40 de 2003 à 2015.


 

Pour les signataires de la lettre, la SODEC ne remplit pas sa mission de « soutenir le développement des entreprises culturelles québécoises ». « À maintenir sa participation au documentaire à un niveau aussi négligeable, ce n’est ni à son développement ni à son rayonnement qu’[elle] contribue, mais à son étouffement à très court terme », déplore-t-on.

Rôle essentiel

 

De son côté, la présidente et chef de la direction de la société d’État, Louise Lantagne, assure que « jamais, en aucun temps, il n’a plané à la SODEC l’ombre d’un mépris sous quelque forme qu’il soit… au contraire, le noble métier de cinéaste documentaire a toujours suscité notre admiration et notre volonté de soutenir leur travail essentiel ».

Sans « vouloir se lancer dans un combat de chiffres », la SODEC a quand même voulu rectifier les calculs du mouvement Pour la suite du doc. Dans un courriel envoyé au Devoir, elle explique que les montants inscrits dans les rapports annuels représentent les projets qui se sont concrétisés, et non ceux qui ont été acceptés. Ainsi, pour l’année 2020-2021, la SODEC dit avoir initialement offert 2,19 millions au cinéma documentaire et non seulement 1,4 million.

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