À voir à la télévision le mardi 9 novembre - Les malheurs de Lenny

À l'époque du tournage de Maudite Aphrodite (1995), la vie de Woody Allen ressemblait à s'y méprendre à une tragédie grecque. Le cinéaste défrayait alors la chronique en affichant sa liaison «incestueuse» avec sa fille adoptive, Soon-Yi Previn, tandis que Mia Farrow hésitait peut-être entre se faire justice, telle une Médée de Manhattan, ou se mettre la corde au cou, comme une Jocaste des temps modernes.

Entre New York et la Grèce antique, il n'y a qu'un saut de puce dans Maudite Aphrodite. Au centre d'un majestueux amphithéâtre — pour une rare fois dans sa carrière, Allen tournait à l'étranger, cette fois en Italie —, un choeur va commenter, d'abord avec sérieux et plus tard dans le délire, les déboires d'un journaliste sportif. Devant l'intelligence exceptionnelle de son fils adoptif, Lenny (Woody Allen) s'est mis en tête de retrouver sa mère naturelle, tandis que son épouse Amanda (Helena Bonham Carter) ne vit que pour sa carrière et son amant. Croyant débarquer chez la lauréate d'un prix Nobel, Lenny a plutôt la surprise de découvrir que, si son fils Max n'est pas né de la cuisse de Jupiter, sa maman règne sans partage dans le monde de la prostitution et du cinéma porno.

Le plaisir qui se dégage de Maudite Aphrodite provient de ce choc de la rencontre entre un petit-bourgeois new-yorkais et la plantureuse Linda Ash (Mira Sorvino, oscarisée pour ce rôle absolument craquant). Lenny, par grandeur d'âme mais aussi par puritanisme, voudrait bien voir «l'autre» mère de son fils exercer un métier plus respectable. Ce n'est que le début d'une relation qui, comme toujours chez Allen, prend des détours surprenants, égratignant la morale des bien-pensants, surtout avec de bonnes blagues salaces dont il a le secret.

Maudite Aphrodite

Artv, 20h