«Massacre à la tronçonneuse»: en dents de scie

Elsie Fisher (Lila), Sarah Yarkin (Melody), Nell Hudson (Ruth) et Jacob Latimore (Dante) dans «Massacre à la tronçonneuse»
Photo: Yana Blajeva Netflix Elsie Fisher (Lila), Sarah Yarkin (Melody), Nell Hudson (Ruth) et Jacob Latimore (Dante) dans «Massacre à la tronçonneuse»

Bonne ou pas, c’est une nouvelle : 50 ans après le massacre original, Leatherfacen’a pas remisé sa tronçonneuse ni calmé ses pulsions meurtrières. Sa platée de vengeance, il la mange froide, limite avariée. Ne le cherchez pas, ou vous le trouverez. Il croupit toujours dans son trou texan. Et il sait toujours manier ses outils. Il faut admettre qu’il n’a jamais fait dans la dentelle… et ce n’est pas dans Massacre à la tronçonneuse (V.F. de Texas Chainsaw Massacre) de David Blue Garcia (Blood Fest) qu’il va s’y mettre.

Petit rappel : à l’origine (c’est-à-dire en 1974), il s’agissait d’un film d’horreur à petit budget très vaguement inspiré d’un fait réel. Réalisé par Tobe Hooper, ce premier Massacre à la tronçonneuse a connu un énorme succès public et posé certains jalons qui ont depuis été moult fois repris dans d’autres franchises. Ainsi, pourquoi tuer au moyen d’une arme à feu quand on peut faire durer le plaisir avec des marteaux, des couteaux et autres scies rondes ? On voit le genre de ce genre.

Ce neuvième titre de la franchise commence par le rappel des « faits », le massacre d’un groupe de jeunes gens par un tueur armé d’une tronçonneuse qui, après les faits, est parvenu à échapper à la justice. Une seule survivante, Sally Hardesty (Olwen Fouéré reprend le rôle de feu Marilyn Burns), qui a juré de venger son frère et ses amis. L’occasion lui en est donnée ici.

Bienvenue (vraiment ?) à Harlow, village fantôme du Texas où débarque un autobus plein de jeunes gens « vites sur le piton » de leur cellulaire et allumés quand il s’agit de leur existence publique sur les médias sociaux… mais pas mal plus lents à dégainer quand leur survie est véritablement en jeu. À leur tête, quatre mousquetaires : Melody (Sarah Yarkin), sa sœur Lila (Elsie Fisher), son partenaire d’affaires Dante (Jacob Latimore) et la fiancée de ce dernier (Nell Hudson). Ils sont cool, bien nantis (leur monture est une Tesla), ont l’intention de faire renaître la ville de ses cendres (si seulement elle avait brûlé…) et de la peupler d’autres jeunes gens à leur image — comprendre beaux, branchés, idéalistes, fiers représentants de toutes les diversités.

Rural c. citadin

 

De bonnes intentions (de celles qui pavent l’enfer), une naïveté à l’avenant. Et, face à la faune locale, des préjugés gros comme des gratte-ciel (les montagnes, ils n’en ont pas souvent vu). Ce qui n’est pas vraiment un problème puisque Harlow ne compte plus aucun habitant, n’est-ce pas ? La place est à eux, non ? Jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus : la directrice de l’orphelinat local, handicapée mais entêtée (Alice Krige), n’a pas quitté les lieux. Pas plus que celui qu’elle appelle affectueusement son « last boy » (Mark Burnham). Faire entendre ici un bruit de moteur deux-temps et apparaître une silhouette massive et difforme. Ça commence mal et ça va mal finir — on sait déjà pour qui. Et pour qui se poserait la question, oui, il y a une blonde dans la bagnole.

Sans aller jusqu’à parler de « récit édifiant » (cautionary tale), on sent très vite la morale (aussi raffinée qu’un démembreur de cadavres) qui force sa place dans l’histoire. Le citadin et le rural se toisent avant de se sauter à la gorge (avantage à qui l’on devine). L’esprit moderne qui croit tout savoir et comprendre affiche son mépris face à une époque aussitôt jugée, aussitôt condamnée… à mort ? Elle ne se laissera pas faire.

On est donc dans l’exutoire. Le cathartique. Les amateurs de slashers (ces films d’horreur mettant en scène des tueurs psychopathes de préférence défigurés ou masqués qui œuvrent à grands coups d’armes blanches qu’ils se délectent à rougir) le savent. Mais ils savent aussi que, pour être réussis, ces films font plus qu’enligner les giclées de sang et provoquer des sursauts. L’horreur y est prétexte à dénoncer. Les commentaires sociaux et politiques y grouillent.

En ce sens, ce nouveau Massacre à la tronçonneuse, réalisé sans grande imagination, est ronronnant, familier. Et il reste en surface de thèmes qui auraient élevé le divertissement. Le syndrome du survivant, par exemple, aurait pu être décliné entre une Sally usée par un demi-siècle d’aigreur ; et Lila, dont la vie et le corps ont récemment été marqués au fer rouge à cause d’un drame posé là parce que… quoi, l’air du temps ? Bref, une occasion ratée de rendre à l’horreur ce qui peut lui revenir.

Massacre à la tronçonneuse (V.F. de Texas Chainsaw Massacre)

★★

Drame d’horreur de David Blue Garcia. Avec Elsie Fisher, Sarah Yarkin, Mark Burnham, Olwen Fouéré, Moe Dunford, Jacob Latimore. États-Unis. 81 minutes. Sur Netflix dès le 18 février.

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