Le Québec sur la route des Oscar

Lilou Roy-Lanouette dans «Les grandes claques» d’Annie St-Pierre, retenu dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction
Photo: Étienne Roussy Lilou Roy-Lanouette dans «Les grandes claques» d’Annie St-Pierre, retenu dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction

Le 27 janvier, les membres de l’Académie des arts et des sciences du cinéma commenceront à voter afin de déterminer quelles œuvres concourront dans les différentes catégories. Dans celle du meilleur court métrage de fiction, rappelons que deux productions québécoises ont été retenues sur la liste courte : Frimas, de Marianne Farley, et Les grandes claques, d’Annie St-Pierre. À cela s’ajoutent, volet meilleur court métrage d’animation, trois titres soutenus par l’ONF : Mauvaises herbes, de Claude Cloutier, Affairs of the Art, de Joanna Quinn et Les Mills, et Comme un fleuve, de Sandra Desmazières. Or, entre ladite liste et une éventuelle nomination, il y a beaucoup de travail à abattre.

« J’accorde beaucoup d’entrevues : c’est pas mal ça que je fais de mes journées », confie Annie St-Pierre, dont le film Les grandes claques conte le réveillon humiliant, mais à terme lumineux d’un père divorcé qui va chercher sa progéniture récalcitrante chez son ex.

« Ça va du petit blogue obscur à de plus gros médias ainsi qu’à des médias spécialisés, comme Award Daily ou Gold Dirby, qui sont presque comme des sites de pools de hockey, mais pour les prix en télé et en cinéma ; à des articles de fond en télé, en radio… Il n’y a pas vraiment eu de journée où je n’ai pas eu d’entrevues depuis l’annonce [le 21 décembre] », précise-t-elle.

À noter qu’Annie St-Pierre vit une telle aventure pour la première fois. À l’inverse, Marianne Farley, dont le très beau Marguerite avait été en lice pour l’Oscar du meilleur court métrage en 2019, fait figure d’habituée.

« L’idée, c’est que plus on parle de ton film, plus les gens de l’Académie risquent d’en entendre parler et d’avoir envie de le voir. Donc oui, il y a un côté marathon […] », confirme-t-elle.

Film d’anticipation d’une brûlante actualité, hélas, son Frimas relate le parcours de combattante d’une femme qui cherche à avorter, dans un futur proche où cette intervention médicale est désormais illégale.

Avec justement à son actif une nomination passée, et sans vouloir être présomptueuse, Marianne Farley estime-t-elle avoir une longueur d’avance sur les autres courts retenus sur la liste courte ? « On me dit que oui, mais personnellement, je ne le pense pas. C’est tellement imprévisible. À titre d’exemple, le sujet de l’avortement pourra toucher des membres, mais en rebuter d’autres. C’est indépendant de ma volonté », croit la réalisatrice, qui travaille en ce moment sur son premier long métrage.

Un contexte inédit

Pour sa part, l’Office national du film est rompu à l’exercice de la campagne promotionnelle précédant les Oscar, l’organisme ayant remporté 12 statuettes et reçu 75 nominations au cours de sa vénérable histoire.

« La stratégie de mise en marché d’un court métrage d’animation commence bien à l’avance : dès l’été, nous planifions concrètement les actions de communication, de marketing et de distribution pour les films qualifiés (ou que nous souhaitons qualifier) […] Pour les phases antérieure(qualification) et postérieure (présélection) à la liste courte, nos stratégies ont pour but d’atteindre et de convaincre les membres votants, issus de la Short Films and Feature Animation Branch. Ce sont les seuls à pouvoir voter lors de ces phases », explique-t-on du côté de l’équipe consacrée à la course aux Oscar de l’ONF.

C’est donc vers ces membres précis que s’oriente cette « stratégie », qui comprend également des relations de presse principalement aux États-Unis, mais aussi au Canada, des publireportages, des courriels promotionnels envoyés aux membres votants, de la création de contenus, etc.

Évidemment, la pandémie change la donne dans ces démarches de représentation, comme le rappelle l’équipe de l’ONF. « Une grande partie du travail d’influence auprès des membres s’est toujours faite en personne : une tournée des plus grands studios aux États-Unis(Disney, Pixar, DreamWorks, etc.) était organisée chaque année par l’ONF. Deux cinéastes allaient présenter leur processus créatif aux employés des grands studios, dont la plupart sont des membres votants de l’Académie […] Cette tournée n’a pas été possible depuis deux ans. »

Là comme dans plusieurs secteurs, la visioconférence règne désormais.

Privilège et paradoxe

Qu’à cela ne tienne, le moral est bon et les raisons de se réjouir, nombreuses. Comme le signale Marianne Farley : « Encore une fois, on se retrouve deux cinéastes québécois, québécoises parce que [nous sommes] deux femmes, en l’occurrence, dans ce processus-là… Je trouve ça extraordinaire. Je me suis trouvée extrêmement privilégiée de vivre ça avec l’équipe de Fauve la dernière fois. En plus, on a le même distributeur, h264, cette fois-ci que cette fois-là. Bon, on n’a pas encore de nomination, mais d’être là avec Annie St-Pierre, c’est vraiment trippant. »

Une grande partie du travail d’influence auprès des membres s’est toujours faite en personne. […] Cette tournée n’a pas été possible depuis deux ans.

 

Même son de cloche chez sa consœur, qui se montre assez philosophe quant à la suite. « Je n’ai pas d’autre attente que le plaisir que j’éprouve en ce moment à être surprise d’être rendue là. Mais c’est certain qu’une fois que tu embarques dans cette course, il faut que tu acceptes de tasser pas mal toutes tes autres occupations — on est sur trois fuseaux horaires : celui de Los Angeles, celui de l’Europe et le nôtre. »

De poursuivre Annie St-Pierre : « En même temps, je trouve la situation paradoxale, parce que fondamentalement, je ne suis pas pour la compétition artistique. Je trouve que chaque œuvre est un univers en soi, incomparable, singulier. Mais en même temps, je suis tellement admirative et reconnaissante à l’égard de tous ces festivals et galas qui célèbrent le cinéma. En ce moment, le cinéma vit grâce à eux », conclut-elle.

Les nominations pour les Oscar seront connues le 8 février, et la cérémonie se tiendra le 27 mars.

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