«The Last Thing Mary Saw»: l’oeil du Malin

Campée en 1843 dans le comté de Suffolk, dans l’État de New York, «The Last Thing Mary Saw», dévoilé l’été dernier à Fantasia, est le premier film plein de macabres promesses d’Edoardo Vitaletti.
Photo: Intrinsic Value Films Campée en 1843 dans le comté de Suffolk, dans l’État de New York, «The Last Thing Mary Saw», dévoilé l’été dernier à Fantasia, est le premier film plein de macabres promesses d’Edoardo Vitaletti.

Dans la pénombre d’une salle d’interrogatoire improvisée, une toute jeune femme aux orbites ensanglantées derrière le bandeau qui les cache fait face à quatre hommes manifestement terrifiés. Elle se prénomme Mary et, si l’on en croit le titre du film, The Last Thing Mary Saw, ce qu’elle a vu avant d’être aveuglée de la sorte doit être terrible. Soupçonnée, entre autres, de sorcellerie, Mary se remémore les événements l’ayant conduite devant ces bigots aussi curieux qu’apeurés par ce qu’elle leur avouera.

Campée en 1843 dans le comté de Suffolk, dans l’État de New York, The Last Thing Mary Saw, dévoilé l’été dernier à Fantasia, est le premier film plein de macabres promesses d’Edoardo Vitaletti. Sur fond de puritanisme, on découvre l’amour interdit entre Mary (Stefanie Scott), fille de bonne famille, et Eleanor (Isabelle Fuhrman), la servante de la maisonnée. Témoins des actes « abominables » qui ont cours dans leur pieux logis, les parents catastrophés de Mary (Carolyn McCormick et Michael Laurence) consultent la grand-mère (Judith Roberts), qui suggère (évidemment) un cruel châtiment corporel.

Armée d’un mystérieux carnet noir (qui restera hélas un peu trop mystérieux), Mary n’entend pas se laisser faire. Dès lors, les choses iront de mal en pis pour ses proches, y compris un décès qui mettra à mal l’équilibre psychologique ambiant, d’ores et déjà éprouvé. À cela s’ajoutera la visite d’un étranger énigmatique (qui restera hélas un peu trop énigmatique).

Oui, il arrive que l’on pense au supérieur The VVitch (La sorcière), de Robert Eggers, qui se déroule 200 ans plus tôt, mais The Last Thing Mary Saw affiche une identité distincte, notamment à travers son exploration de la sexualité décomplexée — et par conséquent perçue comme menaçante à une époque où prévalaient des diktats religieux et moraux étriqués — de Mary et Eleanor.

Atmosphère angoissante

À terme, Edoardo Vitaletti propose un récit plus sinistre qu’effrayant. Ce n’est en l’occurrence pas un défaut, pour peu que l’on sache à quoi s’attendre. Le fond s’avère, cela étant, moins achevé que la forme. Outre ce carnet et cet étranger mentionnés, dont l’incidence narrative demeure au mieux floue, la présence à la fois indéniable et indécise du surnaturel frustre davantage qu’elle n’intrigue.

En revanche, le film est doté d’une reconstitution historique dépouillée mais précise, et bénéficie d’une direction photo admirable. Le jour, la lumière hivernale blafarde confère une impression de froide inéluctabilité à l’action. La nuit, la lueur des bougies crée des ombres au riche potentiel horrifique et des clairs-obscurs qui révèlent autant qu’ils dissimulent.

Consciente de ses effets, qu’elle économise par ailleurs, la mise en scène d’Edoardo Vitaletti forge patiemment une atmosphère d’angoisse et de suspicion. Des interprètes au diapason, de Stefanie Scott, vue dans Insidious : Chapter 3 (Insidieux : chapitre 3), à Isabelle Fuhrman, vue dans Orphan (L’orpheline), en passant, surtout, par Judith Roberts, découverte dans Eraserhead puis redécouverte dans Dead Silence (Silence de mort), nourrissent ce climat anxiogène.

Entre épouvante suggérée, étude de mœurs et suspense à combustion lente, le film s’insinue ainsi sournoisement dans l’inconscient et s’y incruste un long moment. C’est en soi un bel et funeste accomplissement.

The Last Thing Mary Saw (V.O.)

★★★

Drame d’horreur d’Edoardo Vitaletti. Avec Stefanie Scott, Isabelle Fuhrman, Judith Roberts, Rory Culkin. États-Unis, 2021, 89 minutes. Sur Shudder dès maintenant et à une date ultérieure sur la plupart des plateformes de VSD.

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