En VSD cette semaine: cauchemars et merveilles

Le scénariste et réalisateur Joel Coen et l’actrice Frances McDormand sur le plateau du film «La tragédie de Macbeth».
Photo: AppleTV+ Le scénariste et réalisateur Joel Coen et l’actrice Frances McDormand sur le plateau du film «La tragédie de Macbeth».

La pandémie perdure. Aussi, notre sélection de films à visionner gratuitement ou contre paiement pour s’en distraire se poursuit-elle également.

Coen chez Shakespeare

C’est un récit « plein de bruit et de fureur », celui d’un couple ambitieux qui ourdit un complot sanglant afin d’usurper le trône d’Écosse. Écrit et réalisé par Joel Coen, The Tragedy of Macbeth (La tragédie de Macbeth), adaptation de la célèbre pièce de Shakespeare, renoue avec la direction photo noir et blanc de The Man Who Wasn’t There (L’homme qui n’était pas là, 2001), superbe hommage au film noir des années 1940-1950. Or, c’est cette fois davantage des productions d’horreur des années 1930 à la Dracula (Tod Browning, 1931) et Frankenstein (James Whale, 1931) que s’inspire The Tragedy of Macbeth.

Avec son artificialité mâtinée d’expressionnisme et ses scènes extérieures conçues pour avoir l’air tournées en studio, le film évoque le souvenir de ces précurseurs hollywoodiens en matière d’épouvante et de gothique. Des images belles et terribles se succèdent, chacune plus envoûtante que la précédente. Empreinte d’un modernisme discret par l’entremise des costumes, la reconstitution du Moyen Âge renforce la dimension factice du film tout en lui conférant grâce et intemporalité. Immenses, Denzel Washinton et Frances McDormand sont de mémorables époux maudits. Nouveau sur Apple TV+.

Jamais trois sans quatre

En 1999, The Matrix (La matrice) prit les cinémas — et le cinéma — d’assaut. Avec du style à revendre, des scènes d’action époustouflantes et, surtout, des effets spéciaux novateurs, le film s’inscrivit d’entrée de jeu dans l’imaginaire collectif. L’idée de départ, à savoir que les machines maintiennent l’humanité, cette dernière réduite à l’état de « piles » neurovégétatives, dans un simulacre de réalité, était aussi ingénieuse qu’irrésistible.

Deux suites tentèrent de « bonifier » une mythologie simple mais parfaite comme elle était, avec des résultats désastreux. Presque 20 ans après le troisième volet, en voici un quatrième, The Matrix Resurrections (La matrice. Résurrections), que le studio Warner Bros rend disponible en VSD au Canada plus tôt qu’ailleurs étant donné que les cinémas étaient fermés dans plusieurs provinces, dont le Québec, lors de la sortie.

Surexplicatif et dénué de la signature visuelle rétrofuturiste emblématique de la série, le film est certes décevant, mais demeure un « événement » à voir ne serait-ce qu’une fois pour quiconque fut galvanisé par le volet originel. Et puis, Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss font encore des étincelles ensemble, ce qui sauve un peu la mise. Sur la plupart des plateformes de VSD, dont iTunes et YouTube.

Sur les ailes d’un ange

C’est une histoire conjuguant le profane et le sacré, celle d’un amour improbable mais irrépressible qui naît entre un ange et une mortelle. Dans Les ailes du désir, deux anges, Damiel (Bruno Ganz) et Cassiel (Otto Sander), observent le genre humain tel que représenté par un assortiment hétéroclite d’individus errant dans un Berlin encore divisé par un mur. Visibles uniquement des enfants, les anges ne peuvent interagir avec les vivants. Ce qui n’empêche pas Damiel de s’éprendre de Marion (Solveig Dommartin), une trapéziste pour qui il se prend de fascination.

Lorsque Les ailes du désir prit l’affiche en 1987, Le Monde écrivit « […] selon Wenders, rien n’est jamais vraiment fixé ni perdu, c’est une des leçons optimistes de ce film amoureux, sûrement un tournant dans la vie de son auteur, et dans son œuvre ». Cela s’est avéré. Peut-être le plus poétique des films de Wim Wenders, Les ailes du désir possède un pouvoir d’envoûtement qui opère encore 35 ans après sa sortie. Gratuit sur tfo.org.

Se remémorer Vallée

Le 25 décembre dernier mourait subitement, à 58 ans seulement, le réalisateur Jean-Marc Vallée. Cette perte laisse un trou béant dans le cœur des cinéphiles, le cinéaste ayant su développer un style, une signature bien à lui. Fort du succès retentissant de C.R.A.Z.Y. et du bel accueil réservé à l’opulente commande The Young Victoria (Victoria. Les jeunes années d’une reine), Jean-Marc Vallée avait pu s’atteler à un projet aussi cher qu’ambitieux : Café de Flore, dans lequel deux trames en apparence distinctes se font écho. Dans l’une, campée en 2010, une femme (Hélène Florent) peine à se remettre de la rupture avec son ex (Kevin Parent), un DJ (ah, la musique et Vallée !) qui vient de se remettre en couple avec une femme plus jeune (Évelyne Brochu).

Dans l’autre, une mère (Vanessa Paradis) est guettée par l’épuisement à force de veiller seule sur son fils atteint de trisomie (Marin Gerrier), qui lui est amoureux d’une camarade de classe. Intrigant et gagnant à être revisité, ce film est une œuvre charnière dans le parcours de Vallée, puisque de son propre aveu, c’est en cette occasion qu’il mit au point sa technique de tournage allégée se traduisant, à l’image, par une fluidité remarquable et un côté aérien unique. Sur Netflix, Crave et Club illico, et payant sur toutes les plateformes à la carte, dont Cineplex Store, iTunes et YouTube.

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