«The Tender Bar»: plus mou que tendre

Daniel Ranieri et Ben Affleck dans «Tender Bar»
Photo: Claire Folger Prime Video Daniel Ranieri et Ben Affleck dans «Tender Bar»

Le film The Tender Bar possède, en théorie, tous les éléments requis pour un film réussi. À la base, il y a ces mémoires de J.R. Moehringer, journaliste et auteur lauréat du Pulitzer. Au menu : famille excentrique, père manquant, découverte de l’amour, bref, de quoi faire. À la réalisation, il y a George Clooney, capable de belles choses. Enfin, à l’interprétation, il y a notamment Tye Sheridan et Ben Affleck, dont on peut en dire autant. En pratique, hélas, The Tender Bar, une nouveauté Prime Video, s’avère à la limite de l’insipide.

Le titre fait référence à l’établissement de Long Island, dans l’État de New York, qui devient un peu la résidence secondaire du jeune J. R. Moehringer : le Dickens, un bar de quartier aux murs garnis de livres tenu par son oncle Charlie. Charlie dont J. R., qui ne voit que très rarement son père, a fait sa vraie figure paternelle. La situation s’y prête, la précarité financière de Dorothy, la mère de J.R., ayant forcé un retour dans la maison des grands-parents où réside toujours Charlie.

Dans ladite maisonnée, on croise les visages familiers et appréciés de Christopher Lloyd, de Back to the Future (Retour vers le futur), dans le rôle du grand-père, et de Lily Rabe, d’American Horror Story, dans celui de la mère… Ce sont toutefois Tye Sheridan, vu dans Ready Player One (Player One) et The Card Counter (Face à l’ennemi), et Ben Affleck, qui se passe de présentation, qui sont les vedettes, quoique la présence de ce dernier soit moins importante que ce à quoi on pourrait s’attendre.

Mémoires obligent, on est dans le souvenir. Or Clooney opte pour une littéralité peu inspirée. Ainsi revient-on au passé, décliné du début des années 1970 au milieu des années 1980 environ, à la faveur du présent, campé à la toute fin des années 1980. Au hasard d’une rencontre dans un autobus, voici que l’aspirant journaliste et écrivain J. R. se remémore tel ou tel événement. D’un intérêt variable, ces réminiscences constituent la trame décousue du film.

Une vision désincarnée

 

Le film souffre par ailleurs d’une reconstitution historique où l’on sent poindre l’artificialité, avec des perruques qui trahissent çà et là leur présence et des vêtements qui ont parfois l’air de costumes.

L’aspect le plus problématique réside, cela étant, dans l’incapacité de Clooney à insuffler quelque vie que ce soit à la mosaïque d’épisodes qu’on lui a confiée. Tout cela demeure tristement désincarné.

Un constat d’autant plus frustrant que cette maison multigénérationnelle peu argentée mais valorisant l’instruction, ce bar peuplé d’habitués sympathiques ainsi que l’Université de Yale où sera admis J. R. offraient des toiles de fond propices à de riches peintures de milieux. Par méconnaissance, désintérêt ou manque de vision, Clooney n’en tire rien de significatif, se bornant à effleurer la surface des lieux et des gens — pour un contre-exemple partageant maints thèmes, figures et lieux, on pourra revisiter le merveilleux Nobody’s Fool (Un homme presque parfait), de Robert Benton.

La superficialité prévaut également dans les développements, de la relation entre J. R. et Charlie, qui ne s’élève finalement jamais au-dessus du cliché, à l’intrigue amoureuse redondante. La réalisation proprement dite revêt une dimension quasi aléatoire, une impression renforcée par un montage aux coupes souvent inharmonieuses. En somme, quelles qu’eussent été leurs qualités, ces mémoires se seront soldés par un fort peu mémorable film.

The Tender Bar (V.O. et V.O., s.-t.f.)

★★

 

Drame de George Clooney. Avec Tye Sheridan, Daniel Ranieri, Ben Affleck, Lily Rabe, Christopher Lloyd. États-Unis, 2021, 104 minutes. Sur Prime Video.

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