Pluie d’hommages pour un cinéaste passionné et acclamé

Généreux, sensible, talentueux : les hommages se sont multipliés lundi à la suite de l’annonce du décès du cinéaste Jean-Marc Vallée, tant ici au Québec, où C.R.A.Z.Y. a été érigé au rang de classique du cinéma, qu’à Hollywood, où il avait réussi à faire ses marques ces dernières années.

Pierre Even, qui a coproduit C.R.A.Z.Y., croit que l’on se souviendra de lui comme l’un de ceux, avec Denis Villeneuve, qui auront ouvert la voie à d’autres réalisateurs québécois aux États-Unis.

« Les agents américains, les grands studios, les producteurs nous appelaient après C.R.A.Z.Y. pour savoir qui allait être le prochain Jean-Marc Vallée. Ils savaient que ça allait venir du Québec. Il y a vraiment eu une émulation. Et Jean-Marc a beaucoup contribué à ça, car il était très généreux de son temps envers les jeunes réalisateurs », se remémore Pierre Even, sous le choc après avoir appris le décès subit de son complice.

Ensemble, ils auront accouché de C.R.A.Z.Y. en 2005, mais également de Café de Flore en 2011. Deux longs métrages dans lesquels la musique occupait un rôle de premier plan. Grand mélomane, Jean-Marc Vallée écrivait même ses scénarios en pensant à la chanson qui allait accompagner dans le film. Un style reconnaissable entre tous, qui continuera d’inspirer des créateurs d’ici comme d’ailleurs, prédit Pierre Even.

« Jean-Marc, c’est un essaim de créateurs, qui ont travaillé avec lui et qui ont beaucoup appris auprès de lui, souligne-t-il. Dans 10-15 ans, il y a encore des gens qui vont dire qu’ils ont travaillé avec Jean-Marc Vallée. C’était quelqu’un de très généreux, d’une très grande humilité. Il s’intéressait vraiment aux autres, et ça se sentait dans ses films. Ça, ça va rester et ça va me manquer. »

« Grande sensibilité »

La créatrice de costumes Ginette Magny fait partie de ces gens qui ont grandi aux côtés de Jean-Marc Vallée, d’abord dans le milieu de la publicité, puis sur les tournages de C.R.A.Z.Y. et de Café de Flore. Atterrée par ce départ aussi soudain que tragique, elle restera éternellement admirative du talent du cinéaste, lui qui dégageait une sorte d’autorité naturelle et de respect sur les plateaux.

« On sait que, souvent, sur les plateaux, le réalisateur a besoin de hausser la voix pour avoir le silence. Mais pas Jean-Marc. Il commandait sans le vouloir. C’était un tel plaisir de travailler avec lui ! C’est quelqu’un qui a apporté beaucoup au cinéma en raison de sa grande sensibilité », renchérit Ginette Magny, la gorge nouée.

Le comédien Pierre-Luc Brillant n’a lui aussi que de bons mots à l’endroit de Jean-Marc Vallée, qui l’a dirigé dans C.R.A.Z.Y. Encore en début de carrière à l’époque, Pierre-Luc Brillant y interprétait Raymond, le bum de la famille, le bourreau de Zachary (Marc-André Grondin). Un rôle exigeant pour le jeune comédien qu’il était, mais dont il parle aujourd’hui comme de « l’expérience d’une vie ».

« C’est le meilleur directeur d’acteurs que j’ai pu connaître. Et quand on dit bon directeur d’acteurs, ça ne veut pas dire quelqu’un qui parle tout le temps. Au contraire. Avec un seul mot, une seule image, il était capable de nous faire comprendre exactement ce qu’il voulait », s’étonne encore Pierre-Luc Brillant, qui était toujours en contact avec Jean-Marc Vallée.

Car malgré son succès international, le réalisateur était resté attaché au Québec et organisait tous les cinq ans une réunion de l’équipe de tournage de C.R.A.Z.Y. Une modestie que loue aujourd’hui Pierre-Luc Brillant, même si ce n’est pas le premier qualificatif qui lui est passé par la tête lorsqu’il a rencontré le réalisateur pour la première fois il y a près de vingt ans.

« Quand il m’a “briefé” pour le personnage, il m’avait dit que ce serait un film qui allait passer à l’histoire. Je n’avais pas trouvé que c’était un réalisateur très modeste. Mais avec le recul, je sais que ce n’était pas de la vanité. Il croyait seulement à son projet, il était passionné. Dès qu’on a commencé à tourner, on savait tout de suite que l’on jouait dans un grand film », se rappelle le comédien, la voix traversée par l’émotion.

« Il avait même dépensé son argent personnel pour avoir la bande sonore qu’il voulait pour C.R.A.Z.Y. C’était un passionné, et il était entêté », poursuit la scénariste Chantal Cadieux, ex-conjointe de Jean-Marc Vallée et mère de ses deux enfants, pour qui la nouvelle a eu l’effet d’une bombe.

Des quatre coins du monde

 

Exigeant et perfectionniste, le cinéaste était en effet déterminé à faire un chef-d’œuvre qui allait toucher un grand public et marquer les esprits. Pari réussi au bout du compte.

« Jean-Marc se mettait une pression immense sur C.R.A.Z.Y. Il disait que ça allait être son dernier film. Et moi, je lui répondais qu’il était beaucoup trop talentueux que ce soit son dernier film », raconte avec nostalgie Pierre Even.

À la fin, c’est le producteur qui a eu raison. Jean-Marc Vallée a continué de tourner aux États-Unis. Avec Dallas Buyers Club en 2013, il est devenu le premier réalisateur québécois à se trouver en nomination pour l’Oscar du meilleur film. S’ensuivront Wild, qui sera également salué par la critique, et la série maintes fois primée Big Little Lies.

« Mon cœur est brisé. Mon ami. Je t’aime », a d’ailleurs écrit sur Twitter Reese Witherspoon, l’une de ses actrices fétiches à Hollywood, après avoir appris le décès du réalisateur de 58 ans.

« Une force cinématographique et un véritable artiste qui a changé ma vie avec un beau film intitulé Dallas Buyers Club », a pour sa part réagi l’acteur Jared Leto.

Sur les réseaux sociaux comme dans les médias du monde entier, une vague d’hommages a déferlé au cours de la journée. Celui de Denis Villeneuve fut certainement l’un des plus sentis, lui qui perd non seulement l’un de ses rares compatriotes à Hollywood, mais également un ami.

En entrevue à Radio-Canada, Michel Côté y est allé d’un touchant hommage envers celui qui lui a offert probablement l’un des plus grands rôles de sa carrière dans C.R.A.Z.Y.

« C’est un grand réalisateur. C’est une énorme perte, non seulement pour le cinéma québécois, mais pour le cinéma international », a-t-il affirmé, en réprimant ses sanglots.

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