«The King's Man»: sérieusement pas drôle

Outre qu’il n’amuse pas, le film divertit assez peu.
Photo: PHOTOS 20TH CENTURY Outre qu’il n’amuse pas, le film divertit assez peu.

En 2014, le réalisateur britannique Matthew Vaughn séduisit les amateurs d’action et d’humour avec le film Kingsman : The Secret Service (Kingsman : services secrets).

Gros succès surprise, le film contait les tribulations d’un jeune homme issu d’un milieu pauvre après son recrutement par une organisation secrète guindée vouée à la défense du monde.

Un second volet, en 2017, vint ajouter une cousine américaine à ladite organisation. En attendant un troisième opus d’ores et déjà annoncé, voici que prend l’affiche The King’s Man (Kingsman : première mission), un antépisode relatant la fondation de l’agence Kingsman.

Campé, hormis le prologue, à l’aube de la Première Guerre mondiale puis pendant celle-ci, le film met en scène Orlando Oxford (Ralph Fiennes), un duc au passé héroïque devenu pacifiste, qui couve plus que de raison son fils Conrad (Harris Dickinson), qui lui ne pense qu’à s’enrôler.

Dans cette page d’histoire alternative, le conflit de 1914-1918 est ourdi en coulisses par un mystérieux mégalomane (dont on a tôt fait de deviner l’identité) qui, depuis son repaire en montagne, envoie ses agents en Russie, en Allemagne, en Angleterre ainsi qu’aux États-Unis, afin de semer la discorde. L’un de ces sbires n’est autre que le mystique Raspoutine (Rhys Ifans).

Personnages « jetables »

On le dit tout net, The King’s Man déçoit. L’une des caractéristiques les plus agaçantes du film est sa façon pour le moins cavalière de disposer de ses personnages, dont plusieurs s’avèrent « jetables ».

Le film repose pour le compte sur une intrigue surpeuplée (d’excellents interprètes comme Gemma Arterton, Djimon Hounsou et Charles Dance sont sous-utilisés).

Ceci expliquant en partie cela, le récit est éparpillé au possible.

Drame de pacotille

Tout aussi problématique : The King’s Man, qui rappelons-le s’inscrit dans un univers de comédies d’action, néglige complètement, et inexplicablement, sa composante humoristique. Autrement dit, le film se prend très, très au sérieux. Tout le volet dans les tranchées, au plus fort de la Grande Guerre, ressemble à un ersatz de 1917 (Sam Mendes, 2019).

Or, ni Vaughn ni son coscénariste Karl Gajdusek (qui succède à Jane Goldman, coautrice avec le cinéaste des deux précédents films ainsi que des savoureux Kick-Ass et Stardust) ne se révèlent particulièrement doués pour le drame.

Il en résulte un ton incertain, souvent solennel, puis, soudainement, brièvement, quasi burlesque.

On pense, par exemple, à ce passage entre Orlando et Raspoutine, alors que ce dernier se propose de guérir la jambe scarifiée du premier en la léchant goulûment : s’ensuit une séquence homoérotique détonnante où Fiennes joue l’extase avec sérieux face à un Ifans caricatural. Et ça s’étire…

D’ailleurs, même les scènes de combats auraient gagné à être resserrées. Bref, outre qu’il n’amuse pas, le film divertit assez peu.

 

Kingsman : première mission (V.F. de The King’s Man)

★★

 

Film d’action de Matthew Vaughn. Avec Ralph Fiennes, Harris Dickinson, Gemma Arterton, Djimon Hounsou, Rhys Ifans, Charles Dance, Matthew Goode. Grande-Bretagne, États-Unis, 131 minutes. Au Québec, il prendra l’affiche à la réouverture des salles et paraîtra en VSD à une date ultérieure.

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