«Benedetta»: un «nonnesploitation» endimanché

Le film de Verhoeven s’attarde beaucoup à l’ascension de la protagoniste (Virginie Efira, fiévreuse), qui gravit les échelons de l’abbaye jusqu’à en chasser la mère supérieure en poste. En parallèle, Benedetta lutte contre ses pulsions sexuelles et surtout son attirance envers les femmes.
Photo: Maison 4:3 Le film de Verhoeven s’attarde beaucoup à l’ascension de la protagoniste (Virginie Efira, fiévreuse), qui gravit les échelons de l’abbaye jusqu’à en chasser la mère supérieure en poste. En parallèle, Benedetta lutte contre ses pulsions sexuelles et surtout son attirance envers les femmes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la vie de Benedetta Carlini ne fut pas banale. Car voilà une femme qui, au XVIIe siècle, entra toute jeune au couvent, eut des visions mystiques, puis devint mère supérieure après l’apparition de stigmates. Cela, tout en entretenant une liaison passionnée avec une autre nonne : un amour interdit qui conduisit à un procès pour saphisme. Or, et c’est la thèse du film de Paul Verhoeven Benedetta, la sainte Église ne chercha pas tant par là à sanctionner les amours hérétiques de la principale intéressée qu’à lui retirer son pouvoir grandissant.

Le destin de Benedetta Carlini avait en l’occurrence tout pour attirer le cinéaste néerlandais, qui a fréquemment mis en scène des personnages gais et bisexuels en butte à, ou ourdissant eux-mêmes, des jeux de pouvoir et de manipulation psychologique. On pense au romancier tourmenté dans Le quatrième homme, où un Christ en croix se fait masser l’entrejambe, à l’écrivaine meurtrière (ou pas ?) dans Basic Instinct, ou à la jeune danseuse dans l’atroce mais culte Showgirls.

Deux des éléments évoqués à l’instant occupent une place importante dans la trame de Benedetta : la religion, évidemment, qui intéresse de longue date le cinéaste, coauteur en 2007 d’un livre intitulé Jésus de Nazareth, et l’ambition.

Inspiré (librement) de l’ouvrage Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne, de l’historienne Judith C. Brown, le film de Verhoeven s’attarde de fait beaucoup à l’ascension de la protagoniste (Virginie Efira, fiévreuse), qui gravit les échelons de l’abbaye jusqu’à en chasser la mère supérieure en poste (Charlotte Rampling, redoutable). En parallèle, Benedetta lutte contre ses pulsions sexuelles et surtout son attirance envers les femmes.

Elle y cède, ou plutôt les assume, au contact d’une novice (Daphné Patakia, intense) qui s’est réfugiée au couvent pour fuir un père et des frères violeurs.

Approche frontale

 

Évidemment, puisque l’histoire est racontée par Paul Verhoeven, grand provocateur devant l’éternel, le film est tout, sauf subtil. Que l’on ne se méprenne pas, l’approche frontale (littéralement) privilégiée par le cinéaste, jumelée à une indéniable maîtrise formelle, donne souvent d’excellentes propositions : les déjà mentionnés Quatrième homme, Basic Instinct, ou encore Black Book (Le carnet noir) et Elle, sans oublier sa trilogie de science-fiction hollywoodienne à forte teneur satirique composée de Robocop, Total Recall et Starship Troopers.

Bref, lorsqu’il est inspiré, Verhoeven sait y faire, ses films devenant alors de véritables assauts cinématographiques dont on sort secoué, mais satisfait. Hélas, dans Benedetta, on a trop l’impression que le cinéaste essaie de choquer pour choquer, quitte à sombrer dans le ridicule : la scène des toilettes au montage sonore « évocateur », l’attaque des serpents numériques lors d’une vision, la finale grand guignol avec bûcher et populace déchaînée soudainement solidaire de l’accusée…

D’ailleurs, les effets visuels sont très inégaux (ces cieux rouges au-dessus de l’abbaye : ouf !), mais la direction photo de Jeanne Lapoirie (Sous le sable, Huit femmes, 120 battements par minute) demeure en revanche d’excellente tenue.

Notoire depuis la présentation du film à Cannes, la scène de la statuette de Sainte Vierge devenue godemiché suscite plus d’exaspération que d’outrage. Sous ses dehors soignés, Benedetta est la version endimanchée d’un « nonnesploitation », production érotico-horrifico-machin des années 1970 telles Flavia la défroquée (Gianfranco Mingozzi, 1974) ou La petite sœur du diable (Giulio Berruti, 1979).

Repousser les limites

 

À ce propos, l’érotisme est sans surprise copieux dans Benedetta. Il faut savoir que depuis ses débuts, Verhoeven a toujours aimé repousser les limites en matière de sexe à l’écran avec, sauf exception, des résultats concluants.

Là encore malheureusement, Benedetta s’avère plus complaisant qu’audacieux. Et s’il arrive qu’une référence à l’antisémitisme ambiant ou qu’une réplique comme « Ton corps est ton pire ennemi : il vaut mieux ne pas te sentir trop bien dedans » paraisse vouloir annoncer un début de réflexion, le film s’empresse de passer à autre chose ; quelque chose de préférence plus sensationnaliste ou affriolant.

Le parcours hors norme de Benedetta Carlini méritait moins de titillation et davantage de profondeur.

 

Benedetta

★★ 1/2

Drame biographique de Paul Verhoeven. Avec Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Louise Chevillotte, Lambert Wilson. France, Belgique, Pays-Bas, 2021, 127 minutes. En salle.



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