«Wolf»: la vraie nature de Jacob

George MacKay épate dans le rôle de Jacob: son investissement est total et la performance qui en résulte, viscérale. Impartie d’une partition moins étoffée, Lily-Rose Depp convainc également par un jeu aussi physique que charismatique.
Photo: Focus Features Universal Pictures George MacKay épate dans le rôle de Jacob: son investissement est total et la performance qui en résulte, viscérale. Impartie d’une partition moins étoffée, Lily-Rose Depp convainc également par un jeu aussi physique que charismatique.

Jacob vient d’être confié par ses parents à un centre spécialisé. Sur place, on promet de le ramener dans le droit chemin de la normalité. C’est qu’à l’intérieur, Jacob n’est pas comme la plupart des gens. Il est convaincu d’habiter le mauvais corps : sa vraie nature est celle d’un loup. Allégorie de la transidentité, mais de l’homosexualité également par l’entremise d’un décor distinctement inspiré des camps de conversion, Wolf ne manque pas d’ambition, en plus de partir d’une noble intention.

Deuxième long métrage de Nathalie Biancheri, remarquée avec son premier film Nocturnal (inédit au Québec), Wolf séduit par sa facture et ses choix de mise en scène. La cinéaste compose par exemple des plans larges à la géométrie étudiée où elle place à dessein les jeunes « patients » dans des positions excentrées (ils ont carrément la tête coupée par le cadre dans une scène) de manière à exacerber leur sentiment de marginalité, voire d’aliénation.

À cet égard, Nathalie Biancheri a eu la bonne idée d’ouvrir par un prologue campé en forêt montrant un Jacob seul et nu en pleine communion animale. La poésie bucolique du moment, jumelée aux gros plans des muscles tendus du protagoniste, rend d’emblée patent le concept de dysphorie d’espèce sur lequel repose l’intrigue.

La réalisatrice et scénariste situe toutefois le film dans une réalité où ladite dysphorie est suffisamment courante pour qu’aient étémis sur pied des centres tels que celui où Jacob a abouti. L’endroit tient à la fois du zoo de pacotille et de la clinique aseptisée, un mélange visuellement saisissant (excellente direction artistique de Joe Fallover).

Le maître de céans est d’ailleurs surnommé « the Zookeeper » (le gardien de zoo), et ses « traitements » sont aussi extrêmes que répréhensibles. Le personnage se révèle hélas unidimensionnel et caricatural, impression renforcée par le jeu forcé de Paddy Considine. Un antagoniste plus « humain » aurait terrifié davantage. Qu’y a-t-il de plus effrayant que la cruauté sévissant sous couvert de bonté, l’une des composantes de ces lieux implicitement dénoncés ? Or, le film rate le coche sur ce plan. Sur d’autres également.

Étrange dichotomie

On pense surtout à cette (inévitable ?) histoire d’amour qui se dessine entre Jacob et la (inévitablement ?) mystérieuse Wildcat, une patiente de longue date qui a ses entrées dans le centre. Wildcat ne s’avère pas tant un personnage qu’une présence narrative, en cela qu’elle demeure à maints égards une énigme — on pourra y voir un parti pris valable ou une paresse d’écriture, selon le cas.

Quoi qu’il en soit, cette romance, censée être d’autant plus romantique qu’elle est interdite, ne fonctionne pas en dépit de l’excellent travail des interprètes. En effet, George MacKay, déjà formidable dans Marrowbone(Sergio G. Sanchez, 2017) et 1917(Sam Mendes, 2019), épate dans le rôle de Jacob : son investissement est total et la performance qui en résulte, viscérale. À noter que l’acteur a collaboré avec le réputé coach de mouvement Terry Notary (Avatar).

Impartie d’une partition, on l’évoquait, moins étoffée, Lily-Rose Depp (Les fauves, 2018), fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp, convainc également par un jeu aussi physique que charismatique.

Pourquoi alors l’idylle détonne-t-elle ? Simplement parce que, d’un côté, Nathalie Biancheri s’ingénie à construire cette allégorie LGBTQIA+ évocatrice, tandis que de l’autre, elle se borne à faire reposer le tout sur un couple formé d’un magnifique jeune homme et d’une magnifique jeune femme : difficile d’être plus hétéronormatif. En dépit de belles qualités, cette dichotomie entre l’intention et l’exécution rend caduque la démonstration.

Wolf (V.O.)

★★★

Drame psychologique de Nathalie Biancheri. Avec George MacKay, Lily-Rose Depp, Paddy Considine, Eileen Walsh. Irlande, Grande-Bretagne–Pologne, 2021, 98 minutes. En salle.

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