«La main de Dieu​»: le goût de la liberté

Sorrentino, le réalisateur de «La grande bellezza», présente son film le plus personnel et le plus douloureux.
Photo: Gianni Fiorito Netflix Sorrentino, le réalisateur de «La grande bellezza», présente son film le plus personnel et le plus douloureux.

Après un Loro (2018) éreinté par la critique, Paolo Sorrentino, cinéaste de La grande bellezza (Oscar du meilleur film en langue étrangère, 2014), revient avec un film magistral et en bonne partie autobiographique. Exaltant, aussi drôle que tragique, La main de Dieu (È stata la mano di Dio) est une ode à la liberté, à la famille et à sa ville natale, Naples, à travers laquelle le réalisateur rend un hommage aux grands du cinéma italien.

L’évocation d’un casting pour le prochain film de Franco Zeffirelli permet à la mère de Fabio de jouer un mesquin tour à sa voisine ; dans une autre scène jubilatoire, Marchino (Marlon Joubert), le frère aîné de Fabio (touchant et nuancé Filippo Scotti, son premier grand rôle), va passer une audition pour le prochain film de Fellini, dont le style était déjà cité plus tôt dans le film, lors de ce théâtral dîner de famille où une tante présente son nouveau conjoint, source récurrente de gags.

Ce clan napolitain est constitué de personnages tous plus grands que nature. Pensons d’abord à la vieille tante bougonne qui porte une fourrure en plein été, ou encore à la voisine du haut, la vieille et mystérieuse baronne, qui aidera Fabietto « Fabio » Schisa, l’alter ego de Sorrentino, dans son passage, accéléré par la tragédie, à l’âge adulte. Au milieu de cet aréopage d’individus colorés, Fabio est le plus calme et le plus introverti.

La lentille à travers laquelle nous apprenons à découvrir les dynamiques qui animent chacun de ces humains, unis, au-delà des liens familiaux ou amicaux, par ce qui les retient d’exister pleinement — un mariage chaotique, une dette accumulée, des liens avec la pègre, etc. Au terme de ce récit (qui s’essouffle un brin dans le dernier acte, convenons-en), seul Fabio trouvera comment se libérer de ses propres chaînes.

Le cinéaste italien Paolo Sorrentino a dit de son dixième long métrage qu’il s’agissait de la plus personnelle de son œuvre, et pour cause : l’ado Fabio, c’est lui, au milieu des années 1980 à Naples, époque et ville magnifiées par l’œil du réalisateur et de sa directrice photo, Daria d’Antonio. Comme son personnage, le réalisateur fut frappé par une tragédie qui le rendit orphelin et à laquelle il a fortuitement échappé grâce à l’étoile du foot Diego Maradona, d’où le titre évoquant ce fameux but marqué avec le poing contre l’équipe anglaise lors de la Coupe du monde de cette même année.

Si la présence de Maradona se fait sentir tout au long du film (il n’apparaît que brièvement dans une petite scène), il servira en quelque sorte de fil d’Ariane au récit. De même, le personnage de la tante Patrizia (Luisa Ranieri, fameuse) est central, bien que la majorité de ses scènes ne nous soient présentées qu’au début du film. Elle résume par sa propre tragédie les thèmes principaux du récit de Sorrentino, à commencer par ce besoin de liberté que les conventions sociales nous empêchent d’atteindre. La main de Dieu représentera l’Italie dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

La main de Dieu (V.F. de È Stata la mano di Dio)

★★★★

Drame de Paolo Sorrentino. Avec Filippo Scotti, Toni Servillo, Teresa Saponangelo, Marlon Joubert et Luisa Ranieri. Italie, 2021, 130 minutes. En salle.

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