Plus de diversité à l’écran, mais moins de budget pour les femmes

Une scène du film «Kuessipan», de Myriam Verreault
Photo: Max Films Média Une scène du film «Kuessipan», de Myriam Verreault

Au Québec, les femmes à la réalisation demeurent minoritaires, même si elles ont fait des avancées considérables depuis quelques années. Elles travaillent principalement avec des femmes scénaristes, mettent aussi davantage de personnages féminins en premier rôle, et présentent davantage à l’écran des personnages issus de la diversité. Mais elles disposent de budgets inférieurs d’en moyenne 1,7 million de dollars, ce qui correspond à seulement 63 % des enveloppes moyennes accordées à leurs collègues masculins.

Ce sont les constats qui se dégagent de l’étude Qui filme qui ?, produite par Anna Lupien, Anouk Bélanger et Francine Descarries en collaboration avec Réalisatrices équitables, rendue publique mardi.

« Il y a plusieurs raisons qui font que les films réalisés par des femmes ont tendance à avoir des budgets plus petits, a dit Katherine Jerkovic, vice-présidente de Réalisatrices équitables, dans la discussion qui a suivi la présentation de l’étude. Je pense que les producteurs et les productrices ont tendance à demander des budgets plus serrés. Déjà, à la base, il y a peut-être un peu moins d’ambition. »

« Pour les producteurs, cela représente un plus grand risque de choisir un projet de femme avec un très gros budget. Parce que le producteur aura peur de ne pas être capable d’avoir son argent en distribution ou que le film fasse un flop. Ils sont dans une logique industrielle », ajoutait la cinéaste Isabelle Hayeur.

D’emblée, les chercheuses ont eu du mal à trouver un nombre égal de films faits par des hommes et par des femmes pour les comparer.

Au départ, elles souhaitaient évaluer tous les films sortis en salle en 2019. Sur les 39 films de cette liste, 15 avaient été réalisés par des femmes, et 24 par des hommes. Pour poursuivre leurs comparaisons, elles ont donc ajouté 10 films réalisés par des femmes en 2018.

En 2011, lors de la réalisation d’une étude semblable, seulement 7 films sur 35 avaient été réalisés par des femmes.

Fait marquant, tous les tandems de réalisation et de scénarisation des 49 films étudiés sont non mixtes.

« Tous les films réalisés par des femmes sont scénarisés ou coscénarisés par des femmes, et tous les films réalisés par des hommes sont scénarisés ou coscénarisés par des hommes. »

Profondeur

Les données recueillies illustrent par ailleurs la correspondance entre ce qui se passe derrière et devant la caméra. Ainsi, les réalisatrices ont confié 84 % de leurs premiers rôles à des femmes, et les réalisateurs, 72 % de leurs premiers rôles à des hommes.

L’analyse des œuvres démontre que les personnages féminins mis en scène par des femmes ont plus de profondeur que ceux mis en scène par des hommes.

Fait à noter, il semble que les réalisatrices donnent également de la profondeur à leurs personnages masculins.

En outre, les hommes sont plus nombreux à mettre en scène des femmes maigres ou minces, et jeunes.

Les personnages féminins répondent à ces critères dans 84 % des cas, contre 67 % des personnages féminins mis en scène par des femmes réalisatrices.

La violence apparaît aussi deux fois plus souvent dans les films réalisés par des hommes que dans les films réalisés par les femmes.

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