«C’mon C’mon»: un regard sur la famille moderne

Les acteurs Gaby Hoffmann, Jaboukie Young-White, Woody Norman et Joaquin Phoenix dans une scène tirée du long métrage «C’mon C’mon»
Photo: A24 Les acteurs Gaby Hoffmann, Jaboukie Young-White, Woody Norman et Joaquin Phoenix dans une scène tirée du long métrage «C’mon C’mon»

Cinq ans après le remarqué 20th Century Women, comédie dramatique mettant en vedette Annette Bening, Greta Gerwig et Billy Crudup, le réalisateur américain Mike Mills revient avec C’mon C’mon (L’instant même), une attendrissante fable familiale filmée en noir et blanc qu’on a envie de présenter comme une version moins tumultueuse du Mommy de Xavier Dolan, aussi en raison de la réflexion que le long métrage propose sur le rôle de la mère. Un rôle multiplié par celui de sœur, d’épouse et de fille, ici interprété par Gaby Hoffmann. À ses côtés, Joaquin Phoenix, son premier grand rôle depuis Joker (Todd Philips, 2019), et le jeune Woody Norman, la révélation du film.

On voit beaucoup moins Viv (Hoffmann) à l’écran que son fils Jesse (Norman) et son frère Johnny (Phoenix), mais sa présence se fait sentir du début à la fin de ce film, joli et langoureux, mais sans longueurs. Même s’il ne s’y passe finalement pas grand-chose. C’est un film qui montre, qui explique, sans appuyer sur les drames de la vie quotidienne qui jalonnent le scénario écrit par Mike Mills.

Ainsi, Joaquin Phoenix joue avec tendresse et sobriété (tout le contrairede son dernier grand rôle !) un personnage de documentariste ou de journaliste à la radio faisant vibrer sa corde sociologique à travers le reportage qui l’occupe dès le début du récit, sorte de portrait de la jeunesse américaine, de ses rêves et de ses aspirations. Son sujet n’est pas vraiment clair, et ça importe peu : Mills ne s’embarrasse pas des détails dans la composition de ses personnages, comme si les raisons qui avaient éloigné Johnny et sa sœur Viv (on apprendra que ce fut la maladie, puis le décès de leur mère) importaient moins que ce qui permet leurs retrouvailles un an plus tard.

Viv doit venir en aide à son ex, éloigné du foyer en raison de sa santé mentale déclinante. Johnny, célibataire et sans enfant, offre d’aller veiller sur Jesse quelques jours à Los Angeles, jours qui se transforment finalement en quelques semaines et en road trip, de la côte ouest à son domicile new-yorkais, puis pour la suite de son reportage en Louisiane.

On remerciera Mills de nous avoir épargné les clichés de l’homme célibataire devant apprendre sur le tas le rôle de père substitut pour un jeune enfant perturbé par les événements. On suit plutôt deux humains qui se découvrent, qui cherchent à se comprendre mutuellement en partageant un petit bout d’existence.

Woody Norman campe avec brio le personnage d’un enfant de neuf ans, curieux, parfois inquisiteur, à l’imagination débridée, qui développe un intérêt pour le microphone et le casque d’écoute de son oncle reporter, l’équipement audio devenant pour lui une nouvelle fenêtre par laquelle il observe le monde qui l’entoure et qui lui permettra de s’ouvrir davantage à sa famille.

Jesse est drôle, intelligent, occasionnellement capricieux, à juste titre colérique face à la situation qui l’éloigne de ses parents. La chimie entre Phoenix et Norman (qui vole ici la vedette à son aîné) perce l’écran et porte avec beaucoup de légèreté ce récit presque banal, mais si attachant.

L’instant même (V.F. de C’mon C’mon)

★★★ 1/2

 

Drame de Mike Mills. Avec Joaquin Phoenix, Gaby Hoffmann, Woody Norman et Scoot McNairy. États-Unis, 2021, 108 minutes. En salle.

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