«The Unforgivable»: un ratage à oublier

Dans le rôle principal, Sandra Bullock s’avère typiquement attachante sous des dehors savamment «déglamourisés».
Photo: Kimberley French Netflix Dans le rôle principal, Sandra Bullock s’avère typiquement attachante sous des dehors savamment «déglamourisés».

En 2018, la production Netflix Bird Box (Froid aux yeux) devint un véritable phénomène. Le film demeure l’un des plus gros succès en carrière de Sandra Bullock. Pas étonnant, donc, que cette dernière ait voulu rempiler avec le géant du visionnement en continu. Avec The Unforgivable (Impardonnable), la vedette américaine change toutefois de registre. Après les frissons postapocalyptiques, on a ainsi droit à un drame social. Si la curiosité initiale est certaine d’assurer une popularité enviable au film, il serait toutefois étonnant que celle-ci perdure et atteigne les mêmes sommets.

Car autant le dire d’entrée de jeu, The Unforgivable est un ratage. Un ratage plein de bonnes intentions et de beaux messages, mais un ratage néanmoins.

On y suit Ruth, qui sort de prison, où elle a purgé une peine de 20 ans pour le meurtre d’un policier. Lors de flashs répétitifs, on revient à ces événements traumatiques mettant en scène Ruth, sa sœur beaucoup plus jeune qu’elle, Katherine, et les autorités venues les expulser de la maison familiale à la suite du suicide de leur père.

Deux décennies plus tard, Katherine vit avec une famille adoptive et ne garde aucun souvenir de Ruth. Pianiste douée, la jeune fille est cependant hantée (plus de flashs) par ce passé que lui cachent ses parents. Et il y a les deux fils adultes de la victime, qui ourdissent une vengeance contre Ruth.

Ah et il ne faudrait pas oublier la famille Ingram, qui habite à présent la maison qui fut jadis le théâtre du drame. John et Liz, les nouveaux propriétaires, se retrouveront mêlés aux destins des deux sœurs par l’entremise de diverses coïncidences et invraisemblances dont l’intrigue abuse (la conversation dans la voiture entre Ruth et John est à hurler).

Le scénario ne saurait être plus éparpillé. On a souvent l’impression de regarder la version condensée d’un mauvais téléroman. Justement, The Unforgivable est basé sur une minisérie britannique de 2009 qui, à n’en pas douter, bénéficiait de davantage de temps pour développer des sous-intrigues ici gauchement esquissées et intégrées.

Une star attachante

Il en résulte une espèce de film choral, mais pas vraiment… La focalisation reste surtout sur Ruth, se détachant d’elle le temps de séquences chez les personnages secondaires dénuées de toute organicité dramatique. La manière dont Liz devient l’alliée de Ruth lors du dénouement, avec engueulade, révélation et solidarité soudaine, constitue un bon exemple de ce grand n’importe quoi narratif qui se transforme, à la fin, en thriller de série B.

La réalisation n’arrange rien. Pourtant, Nora Fingscheidt avait démontré un réel potentiel avec son précédent System Crasher, aussi sur Netflix. Dans cet amas d’images grisâtres, impossible, en outre, de discerner la patte de Guillermo Navarro (L’échine du diable, Le labyrinthe de Pan).

Dans le rôle principal, Sandra Bullock s’avère typiquement attachante sous des dehors savamment « déglamourisés ». Pas de maquillage, hormis celui sur les lèvres visant à avoir l’air encore moins maquillé, des vêtements informes et un manteau aux allures de poche de patates en guise de seconde peau : la star met le paquet pour faire sérieux et, en toute justice, cela fonctionne.

L’excellente Viola Davis, qui parvient à embraser deux ou trois scènes banales, est par contre honteusement sous-utilisée. Tout du long, The Unforgivable pose la question de la seconde chance : tout le monde y a-t-il droit ? Le film n’offre rien de bien significatif en guise de réponse. Bref, au-delà de ses vaines interrogations sur ce qui est pardonnable ou non, The Unforgivable se révèle éminemment oubliable.

 

Impardonnable (V.F. de The Unforgivable)

★★

Drame social de Nora Fingscheidt. Avec Sandra Bullock, Richard Thomas, Linda Emond, Aisling Franciosi, Emma Nelson, Vincent D’Onofrio, Viola Davis, Jon Bernthal, Rob Morgan, W. Earl Brown. États-Unis, 2021, 114 minutes. En salle maintenant et sur Netflix le 10 décembre.

À voir en vidéo