«Encanto»: quand la magie risque de s’effriter

Lorsque Casita, la maison familiale, menace de s’effondrer, Mirabel semble être la seule à pouvoir sauver les siens.
Photo: Disney Lorsque Casita, la maison familiale, menace de s’effondrer, Mirabel semble être la seule à pouvoir sauver les siens.

Pourquoi changer une recette quand celle-ci a fait ses preuves ? Parfois, il suffit de modifier subtilement quelques ingrédients afin de pimenter la sauce et ne pas risquer ainsi de l’affadir. Dans le genre, Disney est passé maître. C’est le cas d’Encanto, long métrage d’animation de Jared Bush, Byron Howard et Charise Castro Smith mettant en scène la première héroïne disneyenne à lunettes — qui sait, la prochaine portera peut-être des broches —, où les créateurs de Zootopia et la scénariste de The Death of Eva Sofia Valdez mélangent allègrement des restants de Frozen, de Moana et de Coco.

Pour faire lever le tout, on a fait appel à Lin-Manuel Miranda, qui signe huit entraînantes nouvelles chansons inspirées de la musique colombienne et du reggaeton.

Née au sein d’une famille aux multiples pouvoirs magiques, Mirabel (voix de Stephanie Beatriz dans la version originale anglaise) n’a aucun don, à l’instar de son père, Agustin (Wilmer Valderrama), et de son oncle Felix (Mauro Castillo). En effet, la magie provient du côté de la grand-mère maternelle, la sévère Abuela Alma Madrigal (Maria Cecilia Botero), qui l’a transmise à ses triplés, Bruno (John Leguizamo), qui prédit l’avenir, Pepa (Carolina Gaitan), dont les humeurs influent sur le temps, et Julieta (Angie Cepeda), mère de Mirabel, dont les bons petits plats soignent tous les maux.

Pourtant, lorsque Casita, la maison familiale dont les escaliers se meuvent au gré des ordres du clan Madrigal, menace de s’effondrer, Mirabel semble être la seule à pouvoir sauver les siens. Même ses sœurs aînées, Luisa (Jessica Darrow), à la force herculéenne, et Isabela (Diane Guerrero), la perfection incarnée, ne peuvent lui venir en aide. Comme tous les autres Madrigal, ces dernières risquent de voir leurs pouvoirs magiques disparaître. Tout comme Anna (Frozen), Moana et Miguel (Coco) avant elle, Mirabel devra déterrer le sombre passé familial afin de découvrir sa vraie nature.

Alors, on danse

À défaut d’offrir un récit d’apprentissage haletant truffé de rebondissements inattendus et nourri d’intrigues secondaires solides, Encanto comporte des tableaux musicaux qui réchauffent le cœur et font taper du pied. Sur les rythmes endiablés des chansons, en anglais et en espagnol, du génie pour Hamilton, les Madrigal et les villageois exécutent le merengue, la salsa et autres danses colombiennes.

À ces irrésistibles scènes aux mouvements fluides s’ajoutent des décors à la fois enchanteurs et pittoresques ainsi qu’une végétation luxuriante, dont les roses vibrants et les orangés chatoyants donnent à l’ensemble une allure festive et chaleureuse. Sans oublier ces centaines de papillons jaunes, joli clin d’œil au chef-d’œuvre de Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude.

Rien n’a été négligé dans les détails de ce film d’animation d’une esthétique stupéfiante. Tout est si finement illustré que le désordre des boucles de Mirabel, la texture du coton de ses vêtements, les fibres de laine et les points de broderie ornant son chemisier semblent tangibles.

Musicalement et visuellement parlant, la magie opère. Cependant, lorsque le générique de fin défile, force est d’admettre qu’en dehors de son charme exotique, Encanto fait peu de place à la nouveauté ou à l’originalité. De plus, les auteurs y négligent un public plus âgé en ayant omis le second degré. Pis encore, ils n’ont pas su tirer profit de chaque personnage, dont les pouvoirs servent davantage à ponctuer le tout de moments cocasses qu’à servir le récit principal. Félicitons-les toutefois d’avoir fait d’une adolescente ordinaire et complexée une héroïne attachante et exceptionnelle.

 

Encanto : La fantastique famille Madrigal (V.F. Encanto)

★★★ 1/2

Film d’animation de Jared Bush, Byron Howard et Charise Castro Smith. Avec les voix dans la version originale anglaise de Stephanie Beatriz, Maria Cecilia Botero, John Leguizamo, Jessica Darrow, Diana Guerrero, Angie Cepeda, Carolina Gaitan, Mauro Castillo et Wilmer Valderrama. États-Unis, 2021, 99 minutes. En salle le 24 novembre.

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