«Boîte noire»: complot et grésillement

André Dussollier et Pierre Niney dans «Boîte noire». Il arrive que le film se perde dans les sinuosités parfois artificielles du récit, mais dans l’ensemble, il captive.
Photo: Wy Productions André Dussollier et Pierre Niney dans «Boîte noire». Il arrive que le film se perde dans les sinuosités parfois artificielles du récit, mais dans l’ensemble, il captive.

Que s’est-il passé sur le vol Paris-Dubaï dans les minutes ayant précédé son écrasement en Haute-Savoie ? C’est la question à laquelle entend répondre Mathieu Vasseur, un jeune et brillant agent du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile. Cela, au grand dam de son patron, qui a affecté un autre collègue à ce dossier très médiatisé. Malgré la nature parcellaire de l’enregistrement extrait de la boîte noire, Mathieu parvient à prouver qu’il s’agit d’un acte terroriste. Or, plutôt que d’être résolu, le mystère s’épaissit et vire à l’obsession.

Réalisé par Yann Gozlan, Boîte noire est un thriller paranoïaque efficace s’inscrivant ouvertement dans la continuité de deux chefs-d’œuvre du genre : The Conversation (Conversation secrète), de Francis Ford Coppola, sur un spécialiste en écoute électronique convaincu d’avoir enregistré la preuve qu’un meurtre sera commis, et Blow Out (Éclatement), de Brian De Palma, sur un preneur de son qui capte par hasard un coup de feu prouvant qu’un assassinat politique a eu lieu.

Ces films s’inspirent en retour de Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, où un photographe repère la trace diffuse d’un meurtre sur l’un de ses tirages. Dans Boîte noire comme dans les deux premières productions mentionnées, c’est la composante sonore, et non l’image, qui est la clé de tout. Sans oublier ce discret hommage à Silkwood, de Mike Nichols, lors du dénouement, qui vient confirmer la filière « cinéma parano américain ».

Chacun de ces titres passés porte la marque stylistique de son génial auteur, et s’il n’égale pas ces derniers, Yann Gozlan n’en confère pas moins une facture distincte à son film. Une facture lisse comme le fuselage des avions filmés à foison.

Climat de suspicion

Concertée, la direction photo privilégie les gris, blancs et bleus pâles : une palette glacée qui donne au film un aspect aseptisé en phase avec l’approche clinique que Mathieu a de son métier.

Boîte noire est porté par une interprétation typiquement investie de Pierre Niney, déjà dirigé par Gozlan dans le noir Un homme idéal. Il est vrai que le protagoniste est à la base bien dessiné. Aspirant pilote, Mathieu dut renoncer à son rêve à cause de sa piètre vision. Supérieure, son ouïe lui permit toutefois de demeurer dans le domaine, et le film présente d’emblée Mathieu comme un as de l’analyse sonore.

À tel point que son supérieur immédiat semble en prendre ombrage. Mais Mathieu se fait peut-être des idées… ? C’est là l’un des partis pris les plus heureux du scénario, à savoir laisser planer le doute quant à la fiabilité des perceptions du personnage.

En effet, à mesure qu’il enquête en douce, puis de manière officielle à l’issue d’un développement qu’on taira, Mathieu en vient à soupçonner tout le monde ou presque, y compris sa conjointe, Noémie, qui travaille elle aussi en aéronautique, mais pour le transporteur touché par l’écrasement — autant dire pour la partie adverse. Tandis que le climat de suspicion s’alourdit, Gozlan s’avère habile à générer malaise et ambiguïté alors que Mathieu s’interroge. Ce regard dirigé sur lui est-il fourbe ou non ? Et cette conversation à voix basse…

Parle-t-on de lui ? Là encore, le jeu de Pierre Niney, dont l’apparence se dégrade au même rythme que son état psychologique, contribue à l’atmosphère anxiogène qui enveloppe insidieusement le public.

Certes, il arrive que le film se perde dans les sinuosités parfois artificielles du récit, mais dans l’ensemble, Boîte noire captive.

 

Boîte noire

★★★ 1/2

Suspense de Yann Gozlan. Avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier, Sébastien Pouderoux. France, 2021, 129 minutes. En salle.

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