​RIDM: pour Serge, avec amour

Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe ne s’en cachent pas: c’est la curiosité qui les a poussés en 2017 à réaliser un film sur Serge Thériault. En vrais fans, ils se demandaient ce qu’il était advenu de lui. «On voulait rencontrer Serge pour lui dire qu’il nous manquait et voir si on pouvait faire quelque chose avec lui», relate le duo en entrevue.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe ne s’en cachent pas: c’est la curiosité qui les a poussés en 2017 à réaliser un film sur Serge Thériault. En vrais fans, ils se demandaient ce qu’il était advenu de lui. «On voulait rencontrer Serge pour lui dire qu’il nous manquait et voir si on pouvait faire quelque chose avec lui», relate le duo en entrevue.

Le documentaire Dehors Serge dehors est porté par une aura de mystère. L’aura SergeThériault. L’acteur et humoriste, qui s’est retiré de la sphère publique depuis des années, flotte au-dessus du long métrage. Qu’est-il donc devenu ?

Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe ne s’en cachent pas : c’est la curiosité qui les a poussés en 2017 à réaliser un film sur Serge Thériault. En vrais fans, ils se demandaient ce qu’il était advenu de lui. « On voulait rencontrer Serge pour lui dire qu’il nous manquait et voir si on pouvait faire quelque chose avec lui », relate le duo en entrevue.

La rencontre avec l’ex-Ding n’a pas eu lieu. Avec Anna, sa conjointe, si. Et elle s’est montrée dissuasive. Mais ce faisant, elle a ouvert, sans le vouloir, la voie vers un autre projet. Dehors Serge dehors, présenté en première samedi aux Rencontres internationales du documentaire (RIDM), en est le résultat.

C’est sous la chaleur d’un soleil matinal que s’est déroulé l’entretien. Sur le trottoir, debout, café en main, loin d’oreilles potentiellement indiscrètes. Les documentaristes ne cherchaient pas nécessairement un coin d’intimité, juste de la clarté et un peu d’air. Comme dans leur film, tourné dans la pénombre d’un sous-sol. « On fait le choix de garder le lieu dans l’ombre, pour pointer la lumière extérieure. L’idée d’aller vers la lumière, vers dehors, c’est la thématique du film », résume Pier-Luc Latulippe.

« Anna nous a appris que [Serge] ne voulait rien savoir, que notre demande était vaine, confie Martin Fournier. Elle nous a aussi appris que depuis plusieurs années, il vivait confiné [chez lui]. Il ne sortait pas. »

Avec pudeur, Dehors Serge dehors se déroule en dépit du laisser-aller dans lequel l’ancien complice de Claude Meunier est plongé. La grande qualité du film, c’est qu’il parle de santé mentale par les répercussions que la personne malade a sur son entourage, et non par les détails de son cas.

Martin Fournier et Pier-Luc Latulippe ne s’en cachent pas : pour leur second documentaire — après Manoir (2016), beau succès critique primé d’un Iris lors du gala Québec Cinéma 2017 —, l’intention n’était pas d’esquisser le portrait de Serge Thériault. La quête des fans a fait place à la chronique sociale.

L’homme cité dans le titre brille par son absence. Les véritables protagonistes se nomment Anna, Melina, Robert, Jolande. C’est à eux, compagne, fille et voisins de l’ancienne vedette des écrans, que se sont intéressés les documentaristes. Le quotidien de proches aidants est leur véritable sujet. « Ben oui, c’est un film sur la proche aidance, sur Robert, sur Jolande, sur Anna, sur Melina, insiste Martin Fournier. C’est un film sur des gens qui veulent aider quelqu’un qui est malade. »

« C’est une réalité qu’on ne voit pas habituellement. On voulait la mettre en lumière, ouvrir un dialogue », estime pour sa part Pier-Luc Latulippe.

Chercher une issue

Ancien participant à la Course destination monde, édition 1998-1999, membre de l’éphémère collectif Amerika Orkestra (Daytona, 2003), Martin Fournier gagne sa vie dans le milieu de la construction. Réalisateur à la télévision d’État, Pier-Luc Latulippe a quelques courts métrages de fiction à son actif. C’est une sensibilité commune pour l’humain qui les a réunis une nouvelle fois derrière la caméra. Dans Manoir, déjà, ils s’intéressaient à la santé mentale en documentant la vie d’anciens patients d’un hôpital psychiatrique.

Une fois qu’ils ont pris connaissance de l’état de Serge Thériault, ils ont fréquenté Anna et les autres sans aucun autre but que de les accompagner, de chercher une issue, assurent-ils. Sans caméra. C’est en 2019 que le projet de film est réapparu. Le tournage s’est étalé sur plus d’une année. Les réalisateurs et leur directeur photo (Ariel Méthot) se rendaient chez Robert et Jolande dès qu’une occasion se présentait.

« La clé en documentaire, c’est le temps. On a passé beaucoup detemps avec eux avant de tourner », confie Pier-Luc Fournier, en signalant que c’est d’une décision commune qu’est né le documentaire. L’idée de témoigner à l’écran aura été le déclic.

L’impression de tourner dans le vide était palpable. « Comment fait-on pour aider une personne qui ne veut pas se faire aider ? Anna nous répétait qu’elle attendait un miracle, se souvient Martin Fournier. On [lui a suggéré] de documenter ce [qu’elle] vivait à tous les jours. Peut-être qu’une solution apparaîtrait au bout de ça, que quelqu’un trouverait le miracle. »

Un petit miracle s’est pointé pendant le tournage, mais les auteurs de Dehors Serge dehors préfèrent l’éviter en entrevue. Pas question de révéler un élément du récit. Mais ils reconnaissent qu’une note d’espoir, « sorte de happy end », teinte leur œuvre.

À leurs yeux, le vrai enjeu, celui de la santé mentale — « un des derniers tabous de la société », disent-ils —, reste non résolu. Leur film pointe en particulier la situation des proches aidants, souffrant dans le silence et sans ressources.

« C’est leur réalité qu’on a voulu documenter, admet Martin Fournier. Carey Price, c’est extraordinaire que ça se manifeste, que 48 journalistes parlent de lui. Y en a-t-il un qui a pensé à sa femme, à ses enfants ? Comment font ces gens au quotidien ? Le film est là. On peut être curieux de savoir [comment se porte] Serge. C’est correct, on l’aime. Mais nous, dans ce qu’on a vécu, c’est que sa femme souffre, sa fille souffre, ses voisins aussi. »

Serge dehors Serge sera présenté aux RIDM le 13 novembre au cinéma du Musée, puis en ligne jusqu’au 17 novembre. Il prendra l’affiche en salle le 19 novembre.

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