«Une révision»: la quête de la vérité

Rose-Marie Perreault et Nour Belkhiria dans le premier long métrage de Catherine Therrien, un film au propos nécessaire à notre société clivée
Ève B Lavoie Rose-Marie Perreault et Nour Belkhiria dans le premier long métrage de Catherine Therrien, un film au propos nécessaire à notre société clivée

Comme les élèves pendus au bout des lèvres de leur enseignant, on reste pendus au bout de la caméra de Catherine Therrien qui, pour son premier long métrage, Une révision, propose un film courageux au propos fondamentalement nécessaire à notre société clivée.

Étienne (Patrice Robitaille) fait partie de ces professeurs qui vous marquent. Des pédagogues passionnés et passionnants dont l’enseignement vous inspire, renouvelle, agrandit votre vision du monde. Lui, c’est en enseignant la philosophie en cégep. À l’étude en ce moment : Spinoza et son Éthique. Mais la très banale remise de copies sème la graine du drame. Et une fois plantée, celle-ci va croître au-delà des attentes.

L’une des étudiantes d’Étienne, Nacira (Nour Belkhiria), conteste sa note. Celle-ci a cité dans sa dissertation le Coran, alors que la consigne était de ne faire appel à aucun texte religieux. Le professeur estime, outre le non-respect de la consigne, qu’il ne s’agit pas là d’un argument, mais uniquement d’une croyance et ne peut donc être considéré comme recevable dans ce travail. Car selon lui, la religion est basée sur la foi, et non sur la raison. Et d’une simple croix rouge tracée sur une feuille, les deux personnages vont s’engouffrer dans une spirale qui va les dépasser.

Le personnage d’Étienne nous est présenté dans un premier temps, de façon fugace, comme un anonyme qui court jusqu’à être à bout de souffle. Cet inconnu lambda fait son jogging et semble en même temps fuir quelque chose. Ce sentiment est aussitôt chassé par la figure du professeur, qui nous est présentée d’abord à travers le regard de ses élèves, admiratifs. Mais le piédestal va très vite se fissurer.

Du professeur à la correction contestée, Étienne va progressivement passer à l’état d’homme critiqué dans ses principes et ses (non-)croyances. Au même titre que lui, la jeune Nacira se voit de plus en plus ébranlée dans ses convictions. « Si le Coran est la parole de Dieu, pourquoi pas tout le monde le reconnaît ? » demande-t-elle, confuse, à son père.

À la manière d’un miroir qui renvoie un reflet inversé, Étienne et elle s’interrogent, questionnent leurs mentors respectifs — son père dans le cas de Nacira, son ancien professeur de philosophie dans le cas d’Étienne —, doutent et finissent par perdre le sommeil. Mais surtout, ils nous font douter nous aussi. De tout.

Plonger dans le débat

Les scénaristes Louis Godbout et Normand Corbeil réalisent la maestria d’aller au bout de leur raisonnement philosophique sur des questions millénairement clivantes et nous invitent à plonger, avec raison, dans le débat. Notre religion est-elle un héritage culturel ou une conviction personnelle ? La parole religieuse est-elle fondée ? Peut-on se créer sa propre éthique sans prendre en compte celle de la société ? Les questions sont légion et légitimes. Toutes.

Le cheminement logique que nous font suivre les deux scénaristes gratte là où ça démange et fait mal, sans peur mais surtout sans a priori. Ils nous rappellent ce que doit être le sacro-saint débat démocratique : un échange raisonné et respectueux.

La dénonciation est faite dans la même intelligence. Incarnée par cette administration implacable qui préfère dire des « tu sais bien » plutôt que de nommer les choses, notre société se fait épingler avec perspicacité pour son incommensurable capacité à juger avant de savoir et son politiquement correct hypocrite. Un cocktail molotov idéologique dont les réseaux sociaux accélèrent l’explosion à la vitesse de la 5G.

Confusion entre les combats, entre les sujets, amalgames, la société que nous montre cette Révision ne voit que ce qu’elle veut voir et le voit où elle veut le voir. Ce scénario brillant, soutenu par une mise en scène maîtrisée bien que chiche en originalité, ne vous laissera pas sortir indemne.

 

Une révision

★★★ 1/2

Drame de Catherine Therrien. Avec Patrice Robitaille et Nour Belkhiria. Québec, 96 minutes. En salle.

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