«Spencer», portrait de la princesse en jeune femme

Kristen Stewart livre sans doute la performance de sa carrière. L’actrice irradie comme jamais, alors que, paradoxalement, elle disparaît derrière le personnage.
Pablo Larraín Entract Films Kristen Stewart livre sans doute la performance de sa carrière. L’actrice irradie comme jamais, alors que, paradoxalement, elle disparaît derrière le personnage.

La mort tragique de Lady Di en 1997 à l’âge de 36 ans marqua les esprits. Pourchassée par la presse à potins sa vie durant, la princesse de Galles périssait finalement dans un accident de la route en voulant échapper à un paparazzi. La nouvelle bouleversa d’autant plus le public qu’un an à peine auparavant, elle avait finalement divorcé du prince Charles, mettant ainsi fin à un mariage aussi malheureux que médiatisé. C’est sur la période clé ayant précédé la révolte de Diana, vers le début des années 1990, que revient Spencer (V. F.), de Pablo Larraín.

« C’est une fiction », précise d’emblée le cinéaste chilien lors d’une entrevue en visioconférence.

Cette fiction, ou ce « conte inspiré de faits réels » comme l’indique un intertitre, s’inscrit dans la continuité des précédents films de Pablo Larraín : Jackie, sur la célèbre première dame après l’assassinat de JFK, et Ema, sur une danseuse qui fuit une union toxique. À l’instar de ces deux films, Spencer offre un portrait de femme approchant le point de rupture, mais qui puise en elle-même la force de se reconstruire.

Si le thème de la maternité est commun aux trois, il est central dans Spencer. Et pour cause : « En grandissant, j’ai vu combien ma mère s’intéressait à Diana. À sa mort en 1997, j’ai vu ma mère bouleversée, brisée. Je me demandais pourquoi le sort de quelqu’un qu’elle ne connaissait pas et qui vivait si loin de nous lui importait comme ça. Puis, j’ai compris que ma mère était une parmi des millions qui ressentaient la même chose. Je me suis donc intéressé à Diana, car il y avait un aspect très mystérieux, et très humain, à son histoire. »

Alors âgé de 21 ans, Pablo Larraín n’avait pas commencé sa carrière en cinéma, mais croyait déjà qu’il y avait là « matière à film ».

Une structure idéale

Il fallut du temps, mais après maints succès critiques et festivaliers, le projet put enfin décoller. C’est à l’ami Steven Knight, scénariste d’Eastern Promises (Promesses de l’ombre, de David Cronenberg) et créateur de la série Peaky Blinders, que Pablo Larraín et son frère producteur, Juan de Dios Larraín, confièrent la tâche d’écrire le scénario.

« On devait faire un film ensemble, mais ça n’a pas fonctionné. J’ai beaucoup d’admiration pour Steven, alors c’était naturel de me tourner vers lui. »

Le récit proposé se déroule sur trois jours, pour autant d’actes : « Veille de Noël », « Noël », et « Lendemain de Noël » (ou Boxing Day). À partir de cette structure classique, Pablo Larraín a imaginé une mise en scène bourrée d’invention, de poésie, de fantaisie même. Le cinéaste montre par exemple certaines pensées de l’héroïne, ces pensées devenant rêves et cauchemars, lesquels se meuvent ensuite en hallucinations alors qu’on pénètre plus avant dans la psyché de Diana. Cette modulation en trois étapes est en phase avec la construction narrative.

« La structure en trois temps me plaisait : dès la fin du premier jour, le public peut percevoir la réalité à travers les yeux de Diana. Et on reste dans sa tête. Après, plusieurs événements surviennent et l’ébranlent avant que, vers la fin, on entre avec elle dans un processus de guérison, lorsqu’elle parvient à définir et à affirmer son identité. Trois jours, trois cycles, trois manières de l’approcher qui, à terme, peut-être, nous permettent de comprendre comment elle a décidé de quitter la famille royale ; comment elle s’est retrouvée elle-même en se concentrant sur ce qui était le plus important pour elle : ses enfants. »

Brio de Kristen Stewart

Exquise, la facture du film fait à son tour écho à la structure, mais également à l’évolution intérieure de la protagoniste.

« C’est un film qui commandait un style particulier, parce que la ligne demeure floue entre la réalité telle qu’elle est et la réalité telle que la perçoit Diana. Je voulais faire ressentir la pression qu’elle a dû ressentir. Ce manoir où Diana séjourne [avec la famille royale] est comme une boîte où la pression exercée sur elle est de plus en plus forte, menaçant de l’écraser, jusqu’à ce qu’elle s’échappe et laisse libre cours à ses désirs. »

Elle aboutit ainsi dans la maison de son enfance, une vieille demeure condamnée pleine d’ombres et de souvenirs tout droit sortie d’un film gothique. Ne renouant pas tant avec les fantômes du passé qu’avec l’enfant et la jeune fille qu’elle fut jadis, Diana se met à danser, danser…

« Ç’a été un beau tournage…, confie Pablo Larraín, songeur. Il y a eu des trouvailles imprévues, mais l’essentiel était planifié. J’avais la chance de travailler avec des personnes extrêmement talentueuses. »

C’est un film qui commandait un style particulier, parce que la ligne demeure floue entre la réalité telle qu’elle est et la réalité telle que la perçoit Diana. Je voulais faire ressentir la pression qu’elle a dû ressentir.

 

L’une de ces personnes est Kristen Stewart, qui livre sans doute la performance de sa carrière. L’actrice irradie comme jamais, alors que, paradoxalement, elle disparaît derrière le personnage.

« Je n’avais aucun doute que Kristen y arriverait. Ce qui m’a surpris, c’est la rapidité avec laquelle elle y est arrivée. Elle a un processus intense, bien sûr, mais elle a maîtrisé les premières couches du personnage très vite. J’entends par là toute la dimension physique […] Le coach William Conacher a travaillé l’accent avec elle et, là encore, ça lui est venu très vite. Après, elle était devant la caméra et… »

Pablo Larraín ne termine pas sa phrase, toujours sous le coup de l’émotion provoquée par la performance de Kristen Stewart. Lorsqu’on lui demandece que sa mère a pensé du film, le cinéaste sourit.

« En fait, elle ne l’a pas vu. Mais elle le verra bientôt. J’ai hâte. J’espère que ça lui plaira. Je crois que ça lui plaira. »

On le croit aussi.

Le film Spencer prendra l’affichele 5 novembre.

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