«Antlers», pas de quoi avoir peur

Keri Russell dans «Antlers», l’un des nombreux films d’horreur à prendre l’affiche en octobre, Halloween oblige
Photo: Kimberley French 20th Century Studios Keri Russell dans «Antlers», l’un des nombreux films d’horreur à prendre l’affiche en octobre, Halloween oblige

Le film Antlers est l’un des nombreux films d’horreur à prendre l’affiche en octobre, Halloween oblige. Un certain prestige le fait toutefois sortir du lot, puisqu’il a été produit par Guillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan)  et réalisé par Scott Cooper, dont le Crazy Heart valut à Jeff Bridges un Oscar. Belle parentelle. À cela s’ajoute une ribambelle d’interprètes chevronnés. Bref, on ne demandait qu’à aimer, et à être effrayé.

Malheureusement, Antlers échoue sur les deux fronts en dépit des vaillants efforts de ladite distribution.

Campée dans une ville minière de l’Oregon en proie au chômage, l’intrigue se partage entre deux protagonistes aux destins liés. Il y a d’abord le petit Lucas, dont le père, fabricant de méthamphétamines, a été attaqué par une mystérieuse créature dans un tunnel de mine condamné, et qui depuis vit captif dans la maison familiale.

Laissé à lui-même, Lucas nourrit sans faillir son père de carcasses tout en assistant, impuissant, à la lente métamorphose de ce dernier. Tragiquement, son petit frère Aiden est affligé du même mal étrange.

En parallèle, on suit Julia, enseignante à l’école primaire locale. Lucas est l’un de ses élèves. Agressée par son père jadis, Julia croit reconnaître chez Lucas des signes de sévices. Plus elle enquête et plus elle est convaincue que quelque chose cloche au domicile de l’enfant. En vain, elle tente de persuader sa directrice et son frère shérif d’investiguer.

Bonne atmosphère

Antlers reprend à son compte la figure du windigo, monstre ou esprit de la forêt malveillant développé dans la mythologie des Premières Nations. La variation comme telle est intéressante et donne lieu à de bons effets horrifiques, avec hommage à un plan célèbre du film The Company of Wolves (La compagnie des loups, 1984).

Le film n’est, pour le compte, pas dénué de qualités. L’atmosphère de petite communauté semi-industrielle, semi-rurale, est admirablement évoquée. Cela, en bonne partie grâce à la capacité du directeur photo Florian Hoffmeister (A Quiet Passion) à forger des ambiances inquiétantes sur le plan de la lumière.

Keri Russell (Julia) et le jeune Jeremy T. Thomas (Lucas) sont par ailleurs excellents : investis, habités… De talentueux partenaires comme Jesse Plemons, Amy Madigan, et surtout Graham Greene, qu’on réduit peu ou prou au cliché d’Autochtone de service le temps d’expliquer aux Blancs ce qu’est le windigo, sont cependant sous-utilisés.

Le problème principal réside dans le scénario, qui s’avère à la fois trop ambitieux côté signification, et trop paresseux côté construction. C’est-à-dire qu’on essaie de faire du windigo une sorte de symbole de la crise économique, la famille décimée de Lucas devenant un microcosme de l’Amérique. C’était en soi une bonne idée. Et c’était suffisant.

Mais voici qu’on en rajoute une couche, le windigo s’imposant également comme une représentation des démons intérieurs qui rongent Julia. Rapidement, le film ne sait plus où donner de la tête et « s’enfarge » dans ses métaphores.

Stupidité endémique

Quant au récit qui se déploie sur cette toile de fond brouillonne, et on touche ici à la paresse narrative mentionnée, il repose presque exclusivement sur des développements effarants. De fait, Antlers souffre de ce qu’on pourrait appeler le « syndrome du comportement stupide ». Lequel syndrome afflige moult personnages de films d’horreur (la critique est formulée par quelqu’un qui adore l’épouvante).

Ainsi a-t-on droit à répétition à des personnages qui non seulement prennent des risques inutiles, mais agissent à l’opposé du bon sens le plus élémentaire. Prenez cette future victime qui se rend, seule évidemment, chez Lucas en sachant qu’un adulte violent s’y trouve peut-être. Le personnage arrive devant la propriété délabrée, frappe à la porte, n’obtient pas de réponse, mais entre néanmoins. Il grimace devant l’odeur pestilentielle, mais ne tourne pas les talons et n’appelle pas davantage les autorités. En entendant des bruits suspects, il ne rebrousse toujours pas chemin… Jusqu’à l’inévitable face-à-face.

Les séquences d’horreur reposent toutes sur cette espèce de diligence butée avec laquelle les personnages se jettent dans la gueule du loup les uns après les autres. Cela en devient ridicule, et c’est le suspense qui trinque. Tension et bêtise s’accordent mal.

 

Antlers (V.O.)

★★

Horreur de Scott Cooper. Avec Keri Russell, Jeremy T. Thomas, Jesse Plemons, Scott Haze, Amy Madigan, Graham Greene. États-Unis–Mexique–Canada, 2020, 99 minutes. En salle.

À voir en vidéo