«Halloween Kills»: vedette absente et friandises sanguinolentes

La nouvelle suite d’«Halloween» fait encore l’erreur de sous-utiliser sa vedette emblématique.
Photo: Universal Pictures La nouvelle suite d’«Halloween» fait encore l’erreur de sous-utiliser sa vedette emblématique.

Haddonfield, Illinois, 1963. Lors de la fête d’Halloween, Michael Myers, 6 ans, assassine sa sœur aînée. En 1978, il s’échappe de l’hôpital psychiatrique où il était détenu et tue deux gardiennes d’enfants et leur amoureux respectif. Leur amie Laurie Strode est la seule survivante. En 2018, Myers s’évade encore. À l’issue du carnage, Laurie, sa fille Karen et sa petite-fille Allyson piègent et tuent Michael. Mais peut-on vraiment tuer le mal ? Troisième volet d’une tétralogie ne tenant compte que du film originel de la longue série, Halloween Kills (Halloween tue) reprend là où la production précédente a laissé.

Une note à ce sujet : il a été établi que Laurie a passé quarante ans à planifier la venue, la capture et l’immolation de Michael. Quarante années, donc, au cours desquelles elle n’a jamais pensé que d’incendier sa maison ferait accourir les pompiers, qui sortent sans le vouloir Michael du pétrin au début de ce film-ci.

David Gordon Green est de retour à la coscénarisation et à la réalisation. De nouveau, son film s’inscrit dans la pure tradition du slasher, sous-genre du film d’horreur où un maniaque trucide de jeunes gens, mais pas seulement.

Fort d’un succès phénoménal en 1978, l’original, de John Carpenter, connut une première suite en 1981, Halloween II. Laquelle suite reprenait également là où le volet précédent avait laissé. Or, bien que la vision de David Gordon Green ne tienne pas compte des événements et des révélations d’Halloween II, le spectre de ce film plane sur Halloween Kills. Occulter aussi ostensiblement un film tout en étant manifestement influencé par lui constitue en l’occurrence un curieux paradoxe (quoique les clins d’œil visuels aux différents volets, dont le mal-aimé Halloween III, abondent).

Récit éparpillé

De fait, comme dans Halloween II, une bonne partie de l’intrigue se déroule à l’hôpital d’Haddonfield, où est hospitalisée une Laurie blessée. En parallèle, on assiste au parcours meurtrier de Michael dans la ville, et sa façon de visiter des maisonnées reprend le modèle d’Halloween II (à l’instar du film de 2018). Halloween II qui, en outre, observait la règle d’or des suites de slashers, à savoir plus de meurtres et plus de gore (ironiquement, le film de Carpenter n’était pas sanguinolent).

Pour sa part, non seulement Halloween Kills respecte-t-il ce diktat, mais il y souscrit jusqu’à l’indigestion.

Hormis que le nombre de victimes est quasi incalculable, on est pour la première fois de la série, tous opus confondus, placés devant un réel sadisme de la part de Michael. Par exemple, après avoir fait durer le calvaire d’un couple âgé, Michael déplace le mari pour que la femme agonisante assiste à la mise à mort. Nauséeuse, cette approche inédite ne ressemble pas au personnage, qui est justement effrayant parce que derrière son masque blanchâtre inexpressif, il ne dit mot et tue sans états d’âme ni émotion. Le sadisme laisse au contraire voir du plaisir chez Michael, ce qui « humanise » sa monstruosité, à défaut d’une meilleure expression.

Pourtant, le film réitère que Michael n’est pas humain, qu’il est le mal, etc. Laurie, vers la fin, verbalise cette idée par l’entremise d’un monologue laborieux. Ce passage ne constitue hélas qu’un moment supplémentaire où on lève les yeux au ciel devant le trop peu de cas que le film fait de la vedette emblématique de la série, Jamie Lee Curtis.

Si on ne la voyait pas assez dans le film de 2018, on la voit encore moins ce coup-ci. Auparavant divisée entre Laurie, Karen et Allyson, la focalisation se morcelle davantage avec l’ajout de trop nombreux personnages secondaires. D’ailleurs, le récit éparpillé entre maintes perspectives, et qui souvent retourne en 1978 (lors de séquences convoquant habilement l’esthétique de l’époque), s’avère alambiqué.

Imagination macabre

Le film est toutefois extrêmement bien réalisé, mieux que le précédent. David Gordon Green s’en remet moins aux chocs et génère plus d’angoisse, s’amusant avec les surfaces réfléchissantes et s’ingéniant à insuffler une dimension épique à l’action. Cela autant dans les séquences de meurtres, qui se surpassent dans l’imagination macabre, que dans les scènes de foule.

Car foule, il y a. En effet, en apprenant que Michael est toujours vivant, Tommy Doyle, le petit garçon devenu grand que gardait Laurie lors de la nuit fatidique de 1978, prend sur lui de former une milice afin de traquer le tueur (on trouve l’ébauche de l’idée dans Halloween II). Lorsque la meute citoyenne écumante débarque à l’hôpital, on est en pleine insurrection du Capitole. En résulte la mort tragique d’un innocent, lors d’une séquence rendue haletante par un recours avisé au ralenti.

À cet égard, Halloween Kills a certes tendance à surligner ses velléités sociopolitiques, mais le film a le mérite d’assumer son message. La notion de vindicte populaire y est présentée comme dangereuse et contre-productive. De même, le choix de plusieurs victimes — un couple interculturel, un couple gai, un couple noir — transforme Michael en personnification d’une certaine mentalité blanche réactionnaire : on est à l’opposé des valeurs conservatrices mises en avant, consciemment ou non, dans les slashers de l’ère Reagan.

En revanche, ce que Halloween Kills a en commun avec les volets précédents, c’est une profusion jusqu’à l’absurde de policiers incompétents, de personnages qui tirent partout sauf sur le meurtrier, et qui surtout commettent l’erreur de croire ce dernier mort alors que l’histoire n’a cessé de prouver qu’il est impossible de tuer de tels personnages. Bref, la table est mise pour Halloween Ends, mais la lassitude pourrait s’avérer aussi fatale que Michael.

 

Halloween tue (V.F. de Halloween Kills)

★★ 1/2

Horreur de David Gordon Green. Avec Andi Matichak, Judy Greer, Jamie Lee Curtis, Will Patton, Anthony Michael Hall. États-Unis, 2021, 105 minutes. En salle.

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