«Bergman Island»: à l’ombre ou à la lumière de Bergman

Une scène du film «Bergman Island»
Photo: Kinosmith Une scène du film «Bergman Island»

En compétition au dernier Festival de Cannes, Bergman Island, avec sa mise en abyme scénaristique, a tout pour inspirer au départ : une réalisatrice française à la sensibilité frémissante (Un amour de jeunesse, Eden), son cadre sur l’île suédoise de Farö, où vécut longtemps le réalisateur suédois Ingmar Bergman.

Magnifique caméra, musique inspirée, décalage entre un couple de cinéastes : lui (Tim Roth) établi, sûr de lui, elle (Vicky Krieps), jeunette, pleine de quêtes et de doutes ; dès le départ, l’intimité du ton est donnée.

Ce pèlerinage vers le maître de Fanny et Alexandre, dont l’ombre tutélaire est appelée à nourrir leur inspiration, mais que le soleil entraîne sur les routes de l’été, ouvre sur un film dans le film : le scénario de la jeune femme qui veut s’émanciper du lourd mari, ici mis en scène.

Amour perdu et retrouvé

Mais là où les fragilités du couple se voient captées avec finesse en leur déséquilibre, le film enfanté en contrepoint n’a rien pour soulever les passions avec son histoire banale d’amour perdu et retrouvé.

Si bien qu’au lieu de multiplier en douceur les références à Bergman, ce récit parallèle plombe le jeu.

Restent les décors et les paysages éblouissants, un doigté de réalisation, la grâce de l’héroïne, les grognements habités de Tim Roth.

La cinéaste Mia Hansen-Løve joue sur le clavier de la réalité et de la fiction avec la nostalgie des sentiments laissés en route, sans vraiment trouver où les déposer. On en sort en quête d’un miracle qui n’a pas eu lieu.

 

Bergman Island

★★★

Drame de Mia Hansen-Løve. Avec Mia Wasikowska, Tim Roth, Vicky Krieps. France-Belgique-Allemagne-Suède-Mexique, 2021, 112 minutes.

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