«Mass»: les vertus du moins

Reed Birney et Ann Dowd, Jason Isaacs et Martha Plimpton restituent les montagnes russes émotionnelles de leur personnage avec sobriété et subtilité, éloignant d’un revers de jeu le risque de sombrer dans un pathos mal venu.
Photo: MK2 Mile-End Reed Birney et Ann Dowd, Jason Isaacs et Martha Plimpton restituent les montagnes russes émotionnelles de leur personnage avec sobriété et subtilité, éloignant d’un revers de jeu le risque de sombrer dans un pathos mal venu.

Pour son premier passage derrière la caméra, l’acteur Fran Kranz (Dollhouse) choisit d’appliquer la philosophie du Bauhaus : « less is more ». La ligne directrice de ce courant artistique qui prône la simplicité pour se concentrer sur l’efficacité résume assez bien le parti pris du réalisateur. Le dispositif est simple, un lieu : une église. Une pièce presque unique puisque la quasi-totalité du film se passe dans une salle du sous-sol de cette même église. Et très peu d’accessoires dans cette pièce, une table évoquant un tableau fictif Rond blanc sur fond blanc, quatre chaises et tout juste quelques meubles, qui n’apparaissent qu’occasionnellement à l’image. Le décor minimaliste est planté. L’action peut prendre toute la place restante.

De quoi s’agit-il ? Il faut justement laisser le film suivre son cours pour le savoir. Deux paroissiens d’une église épiscopale préparent une salle de réunion. Leur stress se fait sentir progressivement dans la scène. Entre ensuite en jeu une avocate qui retouche les préparatifs et s’attarde sur tous les détails de la mise en scène prévue par les personnages. Les premiers indices tombent. Cette réunion ne concerne que quatre personnes et la rencontre, pour laquelle des mouchoirs sont prévus, s’annonce tendue.

Les quatre personnes en question, ce sont deux couples de parents : Jay (Jason Isaac) et Gail (Martha Plimpton), ainsi que Richard (Reed Birney) et Linda (Ann Dowd). Les protagonistes prennent place et l’éléphant dans la pièce commence doucement à se dessiner. Les deux couples sont là dans un processus de guérison. Ils sont liés par un drame, mais on ignore encore lequel. Le pire, ça, ça ne fait aucun doute.

Kranz prend un pari avec ce film. Une discussion en temps réel entre deux couples meurtris qui s’opposent peut-elle captiver le spectateur ? Mis à part quelques légers bémols dans la mise en scène — notamment, à la toute fin du film, une couche de religieux parfaitement superflue —, la réponse est oui.

Également scénariste du film, Kranz égraine avec justesse et régularité des bribes d’indices sur la tragédie qui est à l’origine de tout. Bien sûr, on veut savoir de quoi il retourne, mais la raison pour laquelle on ne quitte pas l’écran des yeux, c’est parce que l’on découvre, à travers la perception que les protagonistes en ont, leur vécu. L’intégralité du film repose sur la justesse de l’écriture — les innombrables recherches de Kranz sur le sujet donnent la crédibilité nécessaire aux dialogues — et la prestation de son quatuor d’acteurs. 

Reed Birney et Ann Dowd, Jason Isaacs et Martha Plimpton restituent les montagnes russes émotionnelles de leur personnage avec sobriété et subtilité, éloignant d’un revers de jeu le risque de sombrer dans un pathos mal venu. Mention spéciale à Jason Isaac, qui donne sûrement sa meilleure performance. Tous aussi touchants les uns que les autres, ils font se dérouler le fil des événements pour essayer de trouver une réponse à la complexe question du : « comment en est-on arrivé là ? » Une matière à réflexion à déguster sans modération.

 

Mass

★★★ 1/2

Drame de Fran Kranz. Avec Reed Birney, Ann Dowd, Jason Isaacs, Martha Plimpton. États-Unis, 2021, 111 minutes. En salle.

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