«Night Raiders»: poignante métaphore du passé autochtone

L’histoire de «Night Raiders» est forte en réalisme, puissante par son symbolisme, et offerte avec sensibilité à la caméra de Danis Goulet par des acteurs pour la plupart peu ou pas connus. Leur naturel est tel qu’on en oublie qu’ils jouent.
Photo: Entract Films L’histoire de «Night Raiders» est forte en réalisme, puissante par son symbolisme, et offerte avec sensibilité à la caméra de Danis Goulet par des acteurs pour la plupart peu ou pas connus. Leur naturel est tel qu’on en oublie qu’ils jouent.

Il est possible de dire beaucoup avec peu de moyens quand le cœur et la sincérité sont mis à contribution. Le talent ne nuit pas non plus. Et la cinéaste crie-métisse Danis Goulet, si elle n’a bénéficié que d’un budget modeste pour mettre au monde son premier long métrage, Night Raiders (Les voleurs de la nuit en V.F.), possède tout cela en quantité.

Utilisant la science-fiction pour tendre un miroir vers le passé colonialiste du Canada afin de le projeter vers le futur, elle a écrit et réalisé un drame dystopique qui fait écho à la découverte récente de centaines de tombes près de pensionnats où sont allés « étudier » des milliers d’enfants autochtones arrachés à leur famille.

Tourné autour de Toronto, Night Raiders — une coproduction avec la Nouvelle-Zélande dont le réalisateur et acteur d’origine maorie Taika Waititi (Thor : Ragnarok, Jojo Rabbit) est producteur exécutif — s’ouvre avec Niska (Elle-Máijá Tailfeathers, vue dans Blood Quantum) et sa fille Waseese (Brooklyn Letexier-Hart). Elles se déplacent avec aisance dans la forêt, quand un drone apparaît à distance. Pour lui échapper, la femme et l’adolescente courent. La seconde pose le pied sur un piège à ours. La blessure est grave. Et le danger, partout.

Nous sommes en 2043. Dans cette Amérique du Nord de l’après-guerre civile où les populations ont été décimées par les conflits et les pandémies, où les droits n’existent plus, où le seul pouvoir est celui du gouvernement militaire en place, les enfants sont propriété de l’État. Ils sont traqués, enlevés et placés dans des académies où ils seront éduqués et formés. Leur avenir est là. Pas dans l’indigence et l’ignorance où végètent leurs parents. De dire les autorités.

Contrainte d’abandonner sa fille afin qu’elle reçoive les soins nécessaires, Niska se joint bientôt à des rebelles cris qui, la nuit venue, se faufilent dans l’établissement afin d’en faire évader les jeunes avant qu’ils ne soient « réformés », leur cerveau lavé de ce qui faisait d’eux qui ils étaient. Encore une fois, l’image des pensionnats se superpose sur celle de ce monde en perdition qui, avec ses adultes figés dans la pauvreté et la saleté, avec ses villes blessées et ses immeubles éventrés, rappelle celui qu’Alfonzo Cuarón a raconté dans Children of Men.

Le résultat est fort en réalisme, puissant par son symbolisme, et offert avec sensibilité à la caméra de Danis Goulet par des acteurs pour la plupart peu ou pas connus. Leur naturel est tel qu’on en oublie qu’ils jouent.

On regrette toutefois que le scénario ne développe pas davantage le monde dystopique ici posé et, surtout, qu’il prenne un virage dans une direction souvent vue : on passe de Children of Men à Hunger Games et ses ersatz quand, dans les rangs des insurgés, les Sages commencent à parler d’un Élu. Tous les doigts pointent dans la même direction. On devine laquelle. Parce qu’on connaît la chanson.

Mais malgré ce cahot, Night Raiders tient la route et ne déraille pas. Outre la relation étoffée entre une mère et sa fille, il y a la résilience de ces rebelles, leur courage, leur façon de poser le pied dans le présent imparfait en misant sur leur passé et leurs racines, qui servent de garde-fou au récit. Et puis, il y a l’histoire derrière l’histoire, présente et prégnante.

 

Les voleurs de la nuit (V.F. de Night Raiders)

★★★

Science-fiction de Danis Goulet. Avec Elle-Máijá Tailfeathers, Brooklyn Letexier-Hart, Alex Tarrant, Amanda Plummer. Canada–Nouvelle-Zélande, 2021, 97 minutes. En salle.

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