«The Guilty»: le one-man-show de Jake Gyllenhaal

L’acteur et producteur Jake Gyllenhaal propose un «remake» d’un huis clos à succès danois.
Photo: Netflix L’acteur et producteur Jake Gyllenhaal propose un «remake» d’un huis clos à succès danois.

Joe occupe un poste névralgique s’il en est : il est répartiteur au service d’urgence 911. Il n’a cependant pas la tête au travail. En fait, ce n’est là qu’une assignation temporaire : à la base, Joe est policier. Accusé du meurtre d’un jeune homme de 19 ans dans l’exercice de ses fonctions, Joe doit témoigner le lendemain. Or, voici qu’il reçoit l’appel d’une femme s’adressant à lui comme à un enfant. Rapidement, Joe comprend que son interlocutrice tente ainsi de berner son kidnappeur. Remake d’un film danois, The Guilty (Sans appel) est pratiquement un one-man-show, celui de Jake Gyllenhaal.

L’acteur, et ici producteur, a lui-même acquis les droits d’adaptation du film de Gustav Möller. Cette nouvelle version est fidèle à l’originale. Un ajout ingénieux est en revanche apporté par l’entremise de feux de forêt qui ravagent les environs de Los Angeles, théâtre désormais de l’action.

Une action, une fois passée la séquence d’ouverture présentant justement la Cité des Anges comme un brasier infernal, confinée aux locaux du service d’urgence. Dans cet environnement impersonnel et quasi monochrome, on se déplace avec Joe et l’on reste en tout temps arrimé à son point de vue. Des autres personnages avec qui il interagit, on ne perçoit que les voix, exception faite de deux collègues immédiats.

La tension naît, puis croît, à partir de deux sources, soit le stress que vit Joe par rapport à son procès imminent, puis son incapacité initiale à venir en aide à la femme dont le ravisseur se déplace en camionnette.

Volet superflu

À cela s’ajoutent des facteurs aggravants, tels les incendies déjà mentionnés qui monopolisent les autorités, de même que la situation matrimoniale et parentale de Joe, qui ne peut contacter son ex, mais ne s’en prive pas.

Sans doute destiné à donner plus de complexité au protagoniste, tout ce volet apparaît plaqué. Pire, le contexte dramatique est déjà tellement chargé que non seulement ces passages s’avèrent superflus, mais ils amenuisent le suspense au profit de ce qui se résume à des apartés sentimentaux faciles.

Adapté par Nic Pizzolatto (créateur de la série True Detective), le scénario conserve les principaux retournements du récit, à un détail tragique près dont on taira la teneur. C’est dire que les mêmes invraisemblances sont observables, dont la manière intime avec laquelle Joe en vient à interagir avec la femme kidnappée.

Loin d’endormir cette incrédulité qui s’insinue çà et là, l’interprétation hypersentie de Jake Gyllenhaal la renforce, au contraire. C’est qu’ici, la talentueuse vedette de Brokeback Mountain (Souvenirs de Brokeback Mountain, d’Ang Lee, 2005), de Zodiac (Le Zodiaque, de David Fincher, 2007) et de Prisoners (Prisonniers, de Denis Villeneuve, 2013) atteint parfois le niveau d’intensité maximal trop tôt et s’y maintient trop longtemps. « Oscar du meilleur acteur, me v’là ! » semble alors crier sa performance.

Bref, jumelés à la teneur de certaines situations, ces moments de jeu paroxystiques sortent les cinéphiles du film au lieu de les y garder plongés.

En mal d’expressivité

La réalisation n’aide pas. Habitué de mettre en scène de grosses productions fertiles en explosions, en fusillades et en cascades, comme Training Day (Jour de formation, 2001), Shooter (Tireur d’élite, 2007), The Equalizer (Le justicier, 2014) et sa suite, Antoine Fuqua peine à trouver ses marques dans ce qui est essentiellement un huis clos.

Tout ce qu’il a l’habitude de montrer n’est ici que suggéré : un beau défi auquel Fuqua se colle sans grande imagination. Par exemple, jamais le vétéran réalisateur n’essaie-t-il de conférer quelque expressivité aux angles, aux éclairages, aux décors gris bleuté (oui, avec d’occasionnelles taches de rouge qui pointent : symbole, symbole).

C’est comme si tout n’était qu’un canevas neutre sur lequel filmer une surabondance de gros plans de la star. La comparaison est extrême, mais utile : même lorsqu’il construisit sa mise en scène autour de gros plans de Renée Falconetti pour sa Passion de Jeanne d’Arc, Dreyer prit soin de styliser la direction artistique, la rendant du coup expressive.

En l’espèce, The Guilty ne se révèle pas spécialement stimulant pour l’œil, en plus de ne tenir en haleine que par intermittence.

 

Sans appel (V.F. de The Guilty)

★★ 1/2

Thriller d’Antoine Fuqua. Avec Jake Gyllenhaal, Adrian Martinez, Christina Vidal. États-Unis, 2021, 90 minutes. Sur Netflix.

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