«Venom: Let There Be Carnage»: ceci n’est pas un carnage

«Venom: Let There Be Carnage» partage avec son prédécesseur une qualité qui se perd parfois dans les «films de superhéros»: il ne se prend pas au sérieux. Et à ça, on applaudit.
Photo: Columbia Pictures «Venom: Let There Be Carnage» partage avec son prédécesseur une qualité qui se perd parfois dans les «films de superhéros»: il ne se prend pas au sérieux. Et à ça, on applaudit.

Rarement un film a-t-il reflété de façon aussi tranchée la différence d’opinions entre la critique et le public. Sur le site d’agrégation Rotten Tomatoes, Venom de Ruben Fleischer a reçu la note de 30 % des premiers et de 81 % des seconds. Lesquels, à travers le monde, ont permis au long métrage de rapporter plus de 856 millions de dollars américains au box-office.

Ce chiffre étant celui qui parle le plus fort, les cyniques diront qu’une suite était plus que probable. Mais il existe une chose plus sonore encore que l’argent, et c’est l’amour que Tom Hardy (Mad Max : Fury Road) porte à ce super-méchant Marvel — l’un des pires ennemis de Spider-Man. Venom, pour l’acteur britannique, c’est comme Deadpool pour Ryan Reynolds. L’un comme l’autre se donne avec passion à ces antihéros et a porté à bout de bras leur apparition à l’écran.

C’est ce qui a sauvé du naufrage Venom, amusant mais handicapé par un montage raté et une chimie absente entre Tom Hardy en Eddie Brock/Venom et Michelle Williams (Blue Valentine), qui joue son amoureuse bientôt-ex. Pas de feu d’artifice entre eux dans Venom : Let There Be Carnage (Venom. Ça va être un carnage en V.F.), mais au moins, ils semblent jouer dans le même film.

Aussi, le long métrage réalisé de façon très compétente par Andy Serkis (Gollum dans The Lord of the Rings, Caesar dans Planet of the Apes) flirte avec les 90 minutes et non pas avec les deux heures. Enfin, Tom Hardy s’est encore plus investi dans l’aventure en mitonnant l’histoire avec la scénariste Kelly Marcel (Saving Mr. Banks).

L’histoire reprend deux ans après que le journaliste Eddie Brock eut perdu copine et emploi à la suite d’une invasion d’un genre particulier : son corps est maintenant l’hôte d’un symbiote extraterrestre à la personnalité bien affirmée et à l’appétit insatiable qui, de préférence, se nourrit d’humains. Appelée Venom, l’entité prend parfois le contrôle d’Eddie et peut apparaître en tout ou en partie. Mais ils ont toujours conscience l’un de l’autre.

Là où, dans Venom, leur relation en était une de trouble dissociatif de l’identité façon Dr Jekyll et M. Hyde, elle se fait, dans sa suite, « bromance » entre deux personnalités complètement différentes, à la manière de tous ces films mettant en scène des tandems dépareillés. Tom Hardy, qui prête sa voix à la créature en 3D qui squatte en lui, excelle dans ces échanges et livre une performance flirtant avec le slapstick entre les scènes d’action.

Parce que, bien sûr, action il y a : cette fois, Brock/Venom fait face à un ennemi de même catégorie que lui… et, non, ce n’est pas (encore) Spider-Man, mais on sent que ça s’en vient (joie !).

Cet ennemi, donc, est au départ le tueur en série Cletus Kasady interprété par Woody Harrelson, toujours formidable dans la peau de personnages mentalement instables. À la veille d’être exécuté, il demande une ultime rencontre avec le journaliste. Il ne ressort pas indemne de leur échange… et c’est à son avantage : il est maintenant, lui aussi, hôte d’un symbiote. L’« imprégnation » s’est faite de façon anodine (il y va sensiblement de même dans les comicbooks, mais ça passe mieux sur papier qu’à l’écran) et voilà, Venom a maintenant un « fils » : Carnage. Beaucoup plus agressif que son géniteur, d’autant qu’il évolue par l’intermédiaire d’un porteur lui-même violent.

Woody Harrelson insuffle dans cette masse haineuse une fibre d’humanité aussi portée par les magnifiques scènes d’animation 2D qui retracent l’enfance de Kasady et son amour pour Frances Barrison, alias Shriek, mutante jouée par une Naomie Harris déchaînée (un contraste pour qui vient de voir No Time to Die, où elle incarne la très posée Miss Moneypenny).

Drôle, rythmé, offrant des scènes d’action « différentes », car elles mettent en scène des personnages en perpétuelles (et fluides) métamorphoses, Let There Be Carnage est plus réussi que Venom. Mais il partage avec son prédécesseur une qualité qui se perd parfois dans les « films de superhéros » : il ne se prend pas au sérieux. Et à ça, on applaudit.

Venom. Ça va être un carnage (V.F. de Venom : Let There Be Carnage)

★★★

Aventures d’Andy Serkis. Avec Tom Hardy, Woody Harrelson, Michelle Williams, Naomie Harris. États-Unis. 97 minutes. En salle.

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