«The Eyes of Tammy Faye»: géniale Jessica Chastain

«The Eyes of Tammy Faye» donne à voir une Jessica Chastain plus grande que nature, à l’image de la femme qu’elle incarne.
Photo: Searchlight Pictures 20th Century Studios «The Eyes of Tammy Faye» donne à voir une Jessica Chastain plus grande que nature, à l’image de la femme qu’elle incarne.

En 1981, la chanteuse Kim Carnes trônait en tête du palmarès Billboard avec sa reprise de la chanson Bette Davis Eyes. Or à l’époque, les yeux de la légendaire actrice n’étaient pas les seuls à accaparer l’imaginaire américain. Ceux de la télévangéliste Tammy Faye Bakker, prompts à libérer des torrents de larmes et de mascara, étaient très célèbres également. Conjointe du tout aussi populaire télévangéliste Jim Bakker, Tammy Faye Bakker ignorait alors qu’à la gloire, succéderait bientôt la disgrâce. Basé sur le documentaire du même nom, The Eyes of Tammy Faye (Dans les yeux de Tammy Faye) donne à voir une Jessica Chastain plus grande que nature, à l’image de la femme qu’elle incarne.

Élevée dans les années 1950 au sein d’un foyer conservateur par une mère expiant à jamais son divorce (Cherry Jones, fabuleuse), Tammy Faye LaValley (Jessica Chastain, arborant un maquillage prosthétique plus vrai que vrai) rencontre Jim Bakker (Andrew Garfield, investi) dans un collège catholique où leur charisme respectif les rapproche irrésistiblement. L’un et l’autre affichent déjà un sens inné du spectacle, aspect qu’ils imposeront au cours des années 1970-1980 dans leurs émissions religieuses télévisées. Le film revient sur toutes ces périodes, s’attardant surtout sur l’ascension puis la chute.

En toile de fond, on assiste à l’avènement de la religion comme divertissement, et surtout comme usine à dollars. Ce volet est fascinant, entre autres parce qu’à l’instar du reste du film, il est amené par l’entremise du seul point de vue de Tammy Faye. Oui, le titre est à prendre au propre et au figuré.

À sa tête

Exubérante et portée sur le clinquant, Tammy Faye est ravie d’être connue et de vivre dans le luxe. Toutefois, et c’est là un des nombreux paradoxes qui la caractérisent, plus il devient apparent que son mari est obsédé par la notoriété et l’argent, et plus elle déchante. Une prise de conscience graduelle déclenchée, entre autres, par la vue de Jim et son assistant échangeant une blague à ses dépens, puis quelque chose comme un étrange moment d’intimité.

À cet égard, et il s’agit là d’un second paradoxe, Tammy Faye n’était absolument pas homophobe, au contraire. En effet, en pleine pandémie du sida, elle se fit un point d’honneur de manifester sa solidarité envers la communauté LGBTQ, réalisant une entrevue avec un homme atteint du VIH et exhortant son public à se montrer ouvert et bienveillant.

Ceci, alors que la religion, et certainement ses collègues télévangélistes représentés dans le film par l’ultra-conservateur Jerry Falwell (Vincent D’Onofrio, unidimensionnel), poussaient dans l’autre direction. Falwell éructe dans une scène qu’il faut se battre « contre les ordres du jour libéraux, homosexuels, féministes… ». Ce qui n’empêche pas Tammy Faye de faire sa tête.

Portrait compatissant

Le film brosse ainsi un portrait flatteur et compatissant de la protagoniste. Lorsque les allégations de fraudes rattrapent Jim et que leur monde s’écroule, elle est dépeinte comme une sainte innocente. Un supplément d’ambiguïté aurait ajouté une couche de la complexité bienvenue. D’ailleurs, on regrette le traitement prosaïque réservé à l’obsession de Tammy Faye pour les marionnettes : que de considérations psychologiques laissées en suspens…

À la réalisation, Michael Showalter (Hello, My Name is Doris) se montre bizarrement sage, en porte-à-faux avec la direction artistique, les coiffures et les costumes, qui eux embrassent le kitsch, le quétaine flamboyant. Car voilà une vie qui appelait à davantage d’audace formelle, voire d’outrance, mais non : on demeure dans une approche sans risque (jusque dans les incontournables petits montages de style archives, vite redondants). Non qu’il eût fallu filmer cette existence comme un freakshow, même si on rêve secrètement de ce qu’un John Waters (Polyester, Hairspray) aurait pu en faire…

Il faut dire que le scénario d’Abe Sylvia (des épisodes des séries Nurse Jackie et Dead to Me) s’en tient à une construction classique, avec troisième acte faiblard. Sur ce point cependant, Jessica Chastain gardant le meilleur de sa sensationnelle performance pour la fin, on reste captivé.

 

Dans les yeux de Tammy Faye (V.F. de The Eyes of Tammy Faye)

★★★

Drame biographique. Avec Jessica Chastain, Andrew Garfield, Cherry Jones, Vincent D’Onofrio. États-Unis, 2021, 126 minutes. En salle.

À voir en vidéo