«Silent Night»: comédie ratée sur fond de fin du monde

Keira Knightley en hôtesse d’un dîner pré apocalyptique.
Photo: Courtoisie du TIFF Keira Knightley en hôtesse d’un dîner pré apocalyptique.

Parfois, des bonnes idées de cinéma se perdent dans ce Festival international du film de Toronto à moitié dématérialisé filant vers sa clôture. Car présenter une comédie sur la veille de la fin du monde à Noël, avec pour trame de fond un chic dîner de couples trentenaires en retrouvaille à cette dernière cène, c’est mélanger les genres avec entrain. Voici la ratatouille servie avec plus ou moins de sel par la Britannique Camille Griffin dans Silent Night, un premier long métrage qui constitue du moins un ambitieux pari.

Il est vrai que la pandémie et les catastrophes engendrées par les changements climatiques constituent aujourd’hui de grandes sources d’inspiration, mais le talent, la profondeur de champ doivent pousser les propositions scénaristiques en des zones de terreur et de réflexion fécondes. Sinon, ça part en tous sens.

Comme têtes d’affiche : Keira Knightley en hôtesse de joli manoir ; Roman Griffin, le petit acteur de Jojo Rabbit, dans la peau de son fils Art, garçon allumé et révolté ; Annabelle Wallis, exaspérante en épouse hystérique. Ajoutez Lily-Rose Depp, sous-utilisée en étrangère hébétée, rejetée par les autres, nouvelle compagne du médecin du groupe. Les adultes masculins et leurs interprètes distillent le profond ennui. Ces anciens potes de collège ont eu des liaisons les uns avec les autres, ressurgies au cours du dîner en créant le malaise. Mais doit-on vraiment s’y intéresser ? Une petite fille déguisée en poupée irrite les autres enfants. Bof !

Au départ, le ton du film est très conventionnel. Les couples se retrouvent, boivent, rigolent, certains tiennent des propos réactionnaires qui font tiquer leurs amis plus à gauche. Les enfants se flairent. Une menace rôde, d’abord diffuse puis abordée de front. Un gaz toxique exterminant des populations entières du globe se prépare à souffler sur leur paisible coin de campagne anglaise. Que faire en attendant ? Boire ? Danser ? Se dire ou pas ses quatre vérités ? Orchestrer la fin de son existence ? Dire adieu à sa mère par Skype ? Préparer ses enfants à l’inéluctable ? Fumer entre hommes dans la serre ? Poignarder sa conjointe en ultime acte d’amour ? C’est à quoi s’attelle ce beau monde en vaine agitation. La caméra manque d’imagination ; le montage, de rythme ; le récit, de souffle.

Aux infos, les politiciens invitent chacun à avaler une pilule indolore afin d’éviter des affres de douleur plus grandes encore quand l’heure sera venue. On se croirait de retour en 1978 à Jonestown chez les adeptes du gourou Jim Jones forcés d’avaler leur boisson au cyanure pour devancer l’Apocalypse. Dans ce film, seul le petit Art refuse mordicus de se suicider le 26 décembre, et par lui, quelques revirements scénaristiques trouvent leur sens.

Ni Keira Knightley ni les autres (un peu Roman Griffin) ne peuvent se raccrocher à des rôles texturés. Les « Fuck ! Fuck ! Fuck ! » jusque dans la bouche des enfants, occupent l’espace de répliques susceptibles d’éclairer les contours des personnages. La progression dramatique de la fête jusqu’à l’enfer est échevelée. Impossible de se laisser convaincre par cette trame pleine de trous, tantôt insignifiante, tantôt larmoyante, rarement en phase avec les menaces réelles planant sur notre époque. Non, n’est pas Lars von Trier dans Melancholia qui veut !

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