«Rumba Rules, nouvelles généalogies»: la loi de la rumba

Une scène du film «Rumba Rules, nouvelles généalogies»
Photo: Spira Films Une scène du film «Rumba Rules, nouvelles généalogies»

Rumba Rules, nouvelles généalogies, des réalisateurs David N. Bernatchez et Sammy Baloji, propose une immersion dans la bouillonnante scène musicale de Kinshasa, en République démocratique du Congo, où la rumba est pratiquement érigée au rang de culte. Suivant au quotidien les membres de l’orchestre de Brigade Sarbati, les réalisateurs révèlent un univers où la danse et la fête deviennent pour ces artistes le salaire de longues heures de labeur.

Une mise en contexte, absente du récit présenté par Bernatchez et Baloji, aurait cependant été de mise, d’une part pour mieux situer le cinéphile peu rompu aux charmes de la rumba congolaise, d’autre part pour rendre le récit plus limpide. Musicalement, cette rumba d’Afrique a somme toute peu à voir avec celle de son pays d’origine, dans la mesure où tous ces rythmes importés d’Amérique latine dans les années 1930 et 1940 — par disques, d’abord, puis par le signal de Radio Congo belge, basé à Kinshasa, alors appelée Léopoldville — étaient simplement appelés « rumba » sur le continent africain.

Très appréciée des Congolais, la rumba devient le genre populaire national lorsque, dans les années 1950, le mythique François Luambo Lua Ndjo Makiadi, dit Franco, fondateur de l’orchestre Tout puissant OK Jazz, en modifie la forme (par son jeu de guitare, notamment) pour en faire le reflet de la culture congolaise. Soixante-dix ans plus tard, la rumba demeure une force musicale dans la région, une nouvelle tradition musicale perpétuée par de grandes vedettes du genre : Papa Wemba, Fally Ipupa, Fabregas, Werrason ou encore Koffi Olomidé.

Ce contexte ici n’est pas futile puisque les protagonistes du film honorent constamment la mémoire de ces bâtisseurs de la scène musicale congolaise, des musiciens vénérés par leurs contemporains, Franco ayant sa propre statue au cœur de la capitale. Les premières scènes de ce film sans narration nous montrent le chanteur Brigade Sarbati en entrevue à la télé. Étoile de la rumba, il est aussi à la tête d’un orchestre qui se gère comme une petite PME, avec ses musiciens, sa douzaine de danseurs et danseuses, et l’entourage qui veille à ce que les rouages ne grincent pas.

Le premier tiers du film nous explique l’ascendance du chef sur les membres de son orchestre. Le respect total lui est dû, et les artistes doivent répéter, souvent et longtemps, les nouvelles chansons et les danses qui les accompagnent, pour donner le meilleur spectacle en ville — et affirmer sa supériorité sur les autres orchestres. Autant M. Sarbati est-il l’objet du plus grand respect, autant il pousse les artistes à se dépasser.

Le récit du documentaire gagne en force passé ce premier tiers, lorsque la lentille de la caméra s’attarde à certains membres de l’orchestre, qui parlent de leurs aspirations, de leurs rêves de carrière musicale et des obstacles qu’ils rencontrent. Deux témoignages sont particulièrement captivants : celui d’un chanteur de l’orchestre qui, s’étant brouillé avec un membre de la garde rapprochée du « Brigadier », se voit exclure du groupe, puis celui de son amie danseuse (se faisant appeler « Xéna la guerrière »), une artiste au professionnalisme rigoureux, totalement dévouée au collectif. Leur conversation au restaurant est l’un des moments forts du film.

Présenté dans le cadre de la 17e édition du Festival international du film black de Montréal, mais aussi distribué en salles, Rumba Rules, nouvelles généalogies captivera avant tout les amoureux de musiques d’Afrique. En choisissant d’éviter de faire l’historique de l’émergence de la rumba en République démocratique du Congo, les réalisateurs se penchent plutôt sur la vie des artistes qui gardent cette scène musicale sous les projecteurs, racontant la société congolaise à travers leurs expériences.

Rumba Rules, nouvelles généalogies

★★★ 1/2

Documentaire de David N. Bernatchez et Sammy Baloji. Avec Brigade Sarbati et les membres de son orchestre. Québec, 2020, 107 minutes. En salle. Deux ciné-rencontres auront lieu : le 18 septembre à 19 h à la Cinémathèque québécoise, et le 19 septembre à 13 h 30 au Cinéma du Musée. L’installation Rumba Spaces pourra être vue à l’Afromusée du 20 septembre au 3 octobre.



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