Entre éclairs et ratés au TIFF

«Inexorable», thriller érotique et horrifique de Belge Fabrice Du Welz, prétendait secouer la baraque du festival.
Photo: Frakas Productions «Inexorable», thriller érotique et horrifique de Belge Fabrice Du Welz, prétendait secouer la baraque du festival.

Habituellement, on rattrape au TIFF le film couronné du Lion d’Or de Venise — et c’est la cohue dans ses salles ou en ligne (depuis la pandémie) —, célébré dans sa foulée comme en 2020 l’avait été Nomadland de Chloé Zhao. Hélas ! Le grand lauréat du cru, qui aborde l’avortement, L’événement de la cinéaste française Audrey Diwan, ne fait pas partie de cette programmation torontoise entre éclairs et ratés.

Pour célébrer le septième art et générer une ambiance un peu festive en fin de semaine, les hommages à des grands du cinéma, parmi lesquels Alanis Obomsawin, Denis Villeneuve et Jessica Chastain, ont permis à chaque lauréat de rappeler leur joie des rencontres non virtuelles. Et Denis Villeneuve a pu déclarer à nouveau son amour inconditionnel du grand écran, lui dont le spectaculaire Dune sortira conjointement, à sa déception profonde, sur la plateforme HBO Max, où il perdra de son lustre et de sa texture.

L’éventail des films du TIFF est tellement vaste. Certains sont puissants, comme Night Raiders de la cinéaste canadienne d’origine crie Danis Goulet. Sa dystopie, sur fond de luttes autochtones mariées au spectre des pensionnats et à un traditionalisme renouvelé, éclaire les voies nouvelles du cinéma des Premières Nations, malgré des interprétations inégales. Le manque d’acteurs autochtones expliquant ces lacunes.

Des œuvres significatives se démarquent, issues souvent de propositions féminines, très inspirantes cette année. Ainsi Silent Land d’Aga Woszczyńska, regard acéré sur un couple de chics et blonds touristes polonais en Italie profonde, indifférents au sort d’un ouvrier noyé sous ses yeux, dont le cadavre viendra peu à peu les hanter. C’est toute la déconnexion contemporaine aux malheurs du monde, celle de tant de touristes sur cette planète blessée, qui se déploie en belles images ironiquement solaires, puis en doutes intérieurs dans ce film patient, économe et percutant à glacer le sang.

Photo: TIFF Une scène du film «Silent Land» d’Aga Woszczyńska

Écho raté au 11 Septembre

En ces temps de terrible anniversaire, j’ai pu enfin voir The Guilty de l’Américain Antoine Fuqua, rejeton Netflix, remake du film du Danois Gustav Muller en 2018. L’action se concentre sur le jour noir d’un policier (Jake Gyllenhaal) répartiteur d’appels de détresse à New York, 11 septembre 2001, quand tout s’écroule dans la grosse pomme. Mais le film s’enlise dans le manque de vigueur, d’émotion et de style. Même le doué interprète y perd son tonus. Cette adaptation parvient à égarer la charge d’un sujet aussi explosif. Les reportages à la télé depuis une semaine sur ces attentats et leurs conséquences apparaissent en général bien plus forts que ce film de Fuqua mal abouti.

Décevant également par son scénario alambiqué, mais avec un Benoît Poelvoorde toujours formidable dans le registre dramatique, Inexorable, thriller érotique et horrifique du Belge Fabrice Du Welz, prétendait secouer la baraque du festival. Ici, après qu’un écrivain célèbre en panne a emménagé avec sa femme éditrice et leur fille dans le fastueux manoir parental, tout se dézingue lorsqu’une jeune femme troublée (Alba Gaïa Bellugi) ouvre les plaies du passé de cet homme hanté. L’épouvante se met de la partie, des secrets sortent des placards, le film fonce vers sa fin sanglante. L’acteur belge trône au sommet du film, mais s’y sent visiblement bien seul…

Un peu chaotique, mais coloré, The Electrical Life of Louis Wain du Britannique Will Sharpe. Le film donne la vedette à Benedict Cumberbatch (acteur principal de The Power of the Dog de Jane Campion) en artiste psychotique campé sur une note tantôt ahurie, tantôt agitée. Entre gloire et démence, jusqu’à l’hôpital psychiatrique puis une maison de retraite, ce biopic du peintre et illustrateur anglais chevauchant les XIXe et XXe siècles Louis Wain est pétri d’humour anglais. Will Sharpe surfe sur son sujet par-delà sa mise en scène colorée et imaginative. Rappelons que Wain est demeuré célèbre pour son bestiaire anthropomorphe dessiné, peuplé surtout des félins aux grands yeux, qu’on aurait aimé retrouver en exergue ailleurs qu’au générique.

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