Le lent et somptueux «Maria Chapdelaine»

Sara Montpetit incarne une Maria plus jeune que dans les adaptations précédentes du roman de Louis Hémon, où on trouve plutôt une femme qui se situe dans la trentaine.
Photo: TIFF Sara Montpetit incarne une Maria plus jeune que dans les adaptations précédentes du roman de Louis Hémon, où on trouve plutôt une femme qui se situe dans la trentaine.

Sébastien Pilote avait hâte de présenter Maria Chapdelaine au TIFF. Son adaptation du roman de Louis Hémon (1913) s’est vue lancée sur grand écran en fin de semaine devant des spectateurs de Toronto distanciés et masqués. Il est un des deux seuls Québécois présents là-bas avec des longs métrages de fiction. L’histoire de cette adolescente timide, qui doit choisir entre trois prétendants dans son coin perdu du Lac-Saint-Jean d’antan, atterrit au TIFF ironiquement dans la section Contemporary World.

Il s’agit d’une œuvre de beauté et de silences, aux images puissantes de Michel La Veaux et au rythme lent (trop au début, puis mieux nourri) épousant celui des saisons. Le défrichement, les paysages âpres, la forêt, les clairières créent l’hypnose. La musique de Philippe Brault, au déploiement tonique, lui ajoute une charge dramatique.

Le réalisateur Sébastien Pilote, fidèle au roman, voulait une Maria jeunette, là où les adaptations précédentes, de Julien Duvivier, de Marc Allégret, de Gilles Carle, offraient la vedette à des trentenaires. Sara Montpetit, nouvelle venue, possède beaucoup de charisme sur un registre de jeu tout en retrait. Sébastien Ricard en papa Chapdelaine, exceptionnel, domine la distribution. La scène de la veillée avec les chants folkloriques, l’agonie de la mère marquent les esprits. Le film possède du souffle, mais repose beaucoup sur certains segments plus chargés d’émotions que la trame d’ensemble. Pilote a évité le pathos, enlevé des couches de religiosité. Les adaptations précédentes se collaient davantage au mélodrame amoureux de la belle au foyer et de l’aventurier qui la fait rêver.

C’est Émile Schneider qui incarne le coureur des bois François Paradis et Antoine Olivier Pilon, le voisin moins flamboyant. Deux rôles qui auraient gagné à être inversés, en épousant mieux le profil des deux acteurs. Gilbert Sicotte apparaît particulièrement savoureux en Ephrem Surprenant, ami de la famille . « Il avait joué le petit frère de Maria dans la version de Gilles Carle », rappelle Sébastien Pilote, qui aimait le voir marcher sur ce pont.

Le cinéaste affirme avoir porté en lui cette œuvre depuis de nombreuses années. Tous ses films abordent d’ailleurs les rives et les affres de la transmission. Dans son film Le vendeur, le personnage principal portait le nom de François Paradis.

Maria Chapdelaine, roman posthume de l’auteur français Louis Hémon, qui vécut et travailla dans la région, a été longtemps défini comme un portrait pessimiste et résigné des Québécois chez qui rien ne change, ce qui irrite le cinéaste québécois, qui veut vider l’armoire à clichés. Ayant grandi au Saguenay, il reconnaît dans les personnages de Maria Chapdelaine des membres de sa famille, dont sa grand-mère, à qui il lève son chapeau en célébrant la résilience d’un peuple qui n’a pas à rougir de son passé.

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