L’éblouissement visuel du «Dune» de Denis Villeneuve

«Dune» est un tel événement planétaire qu’à Paris, un mini-festival lui sera consacré les 18 et 19 septembre, avec conférences, projections, et débats. Le cinéaste québécois n’a pas fini d’en parler jusqu’à sa sortie chez nous, le 22 octobre.
Photo: Courtoisie du TIFF «Dune» est un tel événement planétaire qu’à Paris, un mini-festival lui sera consacré les 18 et 19 septembre, avec conférences, projections, et débats. Le cinéaste québécois n’a pas fini d’en parler jusqu’à sa sortie chez nous, le 22 octobre.

Il a fondu sur le TIFF comme un vaisseau spatial. Dune de Denis Villeneuve, présent à Toronto avec son équipe, est ce samedi le grand héros de la fête, après son atterrissage fracassant à la Mostra de Venise. Que les critiques là-bas aient contenu ou pas de bémols, la grande majorité éclairait les enjeux extrêmes auxquels le cinéaste se confrontait avec succès. Dune est un tel événement planétaire qu’à Paris, un mini-festival lui sera consacré les 18 et 19 septembre, avec conférences, projections, et débats. Le cinéaste québécois n’a pas fini d’en parler jusqu’à sa sortie chez nous, le 22 octobre.

Dans cette œuvre somme, Villeneuve multiplie les clins d’œil à ses films précédents : on y retrouve les soucoupes ovoïdes d’Arrival, l’aventure dystopique grandiose de Blade Runner 2049 en perpétuelle tension. Jusqu’au gouffre aspirant le ver géant de Dune rappelant le titre de son premier long métrage Maelström sorti en l’an 2000. Le cinéaste se nourrit sans cesse de ses expériences et enfourche son troisième film de science-fiction en cavalier émérite.

Le roman-fleuve de Frank Herbert (1965), jugé inadaptable, dont le cinéaste livre la première partie en espérant filmer la seconde, est tombé entre bonnes mains après échecs d’illustres prédécesseurs. Le film est un éblouissement visuel, sous caméra de Greig Fraser, avec de magnifiques cadrages, une lumière baignée souvent de clair-obscur, d’impressionnants décors et d’effets spéciaux dont Villeneuve n’abuse pas. Dune demeure de facture assez classique dans son registre de démesure, attentif aux personnages en quête initiatique.

Car le destin de Paul Atréides (Timothée Chalamet), chargé de diriger la planète Dune aux ressources précieuses, mais inhospitalière, embrasse bien des mondes et bien des défis d’une humanité orpheline de ses terres. La portée sociale d’un roman écologiste, anti capitaliste et féministe à sa manière, habite le film autant que la fureur des combats et les vaisseaux futuristes. Un climat de menace permanent pèse sur Dune. Car l’humanité ayant quitté sa terre inhabitable en un avenir lointain, étend son empire sur d’autres planètes, exportant ses croyances et sa vanité, tirées d’un monde ancien aux symboles increvables.

Les fans éperdus de la saga de Herbert y retrouveront leurs marques, même si le film demeure le condensé d’un matériau de base fort dense. Des pans se trouvent forcément mis de côté, dont le fascinant glossaire du roman. Les références sont allégées, les dialogues abrégés. Sans sacrifier aucune scène clé pour autant, dont l’initiation douloureuse du jeune homme, son duel crucial et les vers gigantesques en terrifiants jaillissements.

Les néophytes mettront un certain temps à décrypter ses arcanes, mais sous vigilance du spectateur, le scénario livre ses repères. Par-delà la splendeur des images comme de la direction artistique de Patrice Vermette, la mise en scène fluide évite le piège de l’artillerie lourde pour laisser monter l’émotion des scènes intimes, équilibrant les forces du film. De mystérieux bruitages ajoutent au suspense intergalactique, mais la musique de Hans Zimmer souvent sublime, enterre parfois l’action.

Timothée Chalamet, avec son intériorité troublante, ses traits juvéniles, sa fragilité et sa force semblait conçu pour incarner Paul Atréides, jeune aristocrate sensible mais élevé comme un guerrier, appelé à assumer un destin de Messie qu’il n’avait pas choisi. Les femmes sont des figures à la fois fortes et aliénées, comme à l’écrit. Reste que Rebecca Ferguson, en Jessica, mère surdouée du jeune prodige, semble un peu engoncée dans son rôle mais la jeune Zendaya en Chani apparaît farouche et souple comme une antilope du désert.

Bonne idée d’avoir fait incarner l’écologiste Kynes par une femme : Sharon Duncan-Brewster qui livre les contours troubles de son profil avec beaucoup de fougue. Oscar Isaac dans la peau du duc, père de Leo, dégage la majesté requise, mais Javier Bardem paraît plus caricatural en figure d’autorité chez les libres Fremen de Dune, rôle qui se déploiera en seconde partie.

La Jordanie fut un lieu de tournage idéal pour les longs segments sur la planète Dune avec ses sables et ses grottes à flancs de montagnes desséchées, là où les habitants de cette fiction doivent recycler l’eau de leur corps pour s’abreuver. Un vertige du désert parcourt l’action.

Dune se révèle dans l’ensemble un film exceptionnel, magique dans sa facture et dans son rythme. Malgré l’épuration de l’univers de Frank Herbert, la performance de Chalamet entre autres et l’ambiance instaurée avec une finesse étonnante pour une production si gigantesque, lui confèrent une élégance supérieure. Nul doute, que Warner bros laissera poursuivre Villeneuve sur sa lancée en lui laissant tourner le second volet de la saga, bientôt attendu autant que le premier.

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