«The Box» au TIFF: à hauteur d’enfants

«The Box» du cinéaste vénézuélien Lorenzo Vigas est un modèle du genre, sans compromis et lumineux, filmé avec ampleur pour les paysages arides du nord du Mexique.
Photo: Courtoisie du TIFF «The Box» du cinéaste vénézuélien Lorenzo Vigas est un modèle du genre, sans compromis et lumineux, filmé avec ampleur pour les paysages arides du nord du Mexique.

Il y a panne d’ambiance au Festival international du film de Toronto (TIFF), décrivent les festivaliers présents à cette édition en partie numérique — et moins regorgeante de vedettes en ces temps pandémiques. Les autres — j’en suis — , qui sont desservis par plateforme spécialisée, ont eu droit vendredi à des problèmes informatiques carabinés sur un site en détresse, qui a repris de la vigueur par la suite.

Haut les cœurs ! Ainsi va le monde dans nos univers virtuels, menacés par les virus comme le réel.

Le chic Toronto festivalier est bien différent de celui des quartiers chauds où violence et misère sont les terrains du crime. Scarborough, des Canadiens Shasha Nakhai et Rich Williamson, tiré du livre de Catherine Hernandez, possédait le mérite de montrer l’envers de la médaille d’une ville abîmée, souvent dangereuse, et moins photogénique que les abords du Bell Lightbox.

Et c’est à travers ses enfants malmenés et les intervenants sociaux à leur rescousse que le film aborde ces réalités troublantes. Scarborough aurait pu se montrer plus noir et décapant, remarquez : les cinéastes ont retenu leurs mains, laissant deviner des zones d’horreur sans les éclairer pleins feux. L’espoir qu’ils cherchent à susciter en aidant des enfants à découvrir d’autres valeurs et d’autres jeux, en les alimentant, est beau à voir, du moins, en début du début d’une lumière voilée.

L’enfance douloureuse et résiliente constitue un des thèmes phares de cette édition du ​TIFF. De beaux films en témoignent avec grande sensibilité.

The Box (La Caja), du cinéaste vénézuélien Lorenzo Vigas (qui nous offrit en 2015 l’excellent From Afar), est un modèle du genre, sans compromis et lumineux, filmé avec ampleur pour les paysages arides du nord du Mexique et à travers maints gros plans sur les visages.

Hatzin (Hatzín Navarrete) a 15 ans à peine. Même s’il vient de recueillir les cendres d’un père qu’il a trop peu connu, il croit le reconnaître dans un homme qu’il traque dans l’État de Chihuahua. Mario (formidable Hernán Mendoza) le recueille et l’embauche à ses côtés. Est-il son père ou pas ? L’ambiguïté règne. The Box nous entraîne dans une banlieue industrielle sinistre, à l’ombre des mesas et des règlements de compte. Le papa, si charismatique, trempe dans de sinistres embrouilles sous couvert d’embauche de travailleurs farouchement exploités.

C’est ce bal des sentiments d’un adolescent en quête de figure paternelle qui déchire. Sa découverte d’un monde de meurtres et de corruption se fait par petites touches, alors que des cadavres de femmes sont retrouvés près de Ciudad Juárez et que Mario dévoile son jeu. Ce périple initiatique, avec ses images fortes et sa mise en scène impeccable, est un de ces bijoux enfantés par l’Amérique latine, dont le grand cinéma mérite d’être mieux diffusé.

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J’ai vu aussi un touchant film danois, As in Heaven, premier long métrage réalisé durant le confinement par la cinéaste Tea Lindeburg. Elle a recréé l’univers clos d’une ferme danoise reculée dans un XIXe siècle de superstitions dont Lise, l’aînée de cette famille nombreuse, prévoit s’évader pour étudier en ville. Mais l’éveil de sentiments amoureux et la santé fragile de sa mère l’entraînent ailleurs. Et à ces images d’abord trop esthétiques de beautés champêtres dansantes sur une merveilleuse musique succèdent bientôt les scènes atroces de l’accouchement sanglant de la mère, la découverte de lâchetés masculines et un destin qui bascule froidement au bout du compte.

As in Heaven est une œuvre totalement féminine, par son regard, par les enjeux des vies étriquées dont les femmes des régions éloignées ne s’évadaient pas au XIXe siècle, par cette caméra lumineuse puis réaliste, collée à la perte des illusions d’une adolescente, orpheline de rêves et de mère.

Est-ce le reflet de la jeunesse contemporaine à l’avenir bloqué par l’horizon environnemental, entre autres ? Les portraits de jeunes en d’autres mondes que le nôtre ont au cinéma une résonance éperdue.

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