Notre cinéma carburera aux héroïnes et aux hommes tourmentés

On retrouve Céline Bonnier dans «L’arracheuse de temps», de Francis Leclerc, d’après une histoire de Fred Pellerin.
Photo: Laurence Grandbois Bernard On retrouve Céline Bonnier dans «L’arracheuse de temps», de Francis Leclerc, d’après une histoire de Fred Pellerin.

Au cours des prochains mois, le cinéma québécois se refera une beauté et, espérons-le, une santé, dans les salles de cinéma. En effectuant un survol, on s’aperçoit vite combien les œuvres s’annoncent variées côté styles et récits. Il n’empêche, on peut d’ores et déjà observer des lignes de force. Ainsi, le cru 2021 mettra en valeur maintes héroïnes et visitera tout un lot d’hommes diversement tourmentés.

Adaptation à la fois fidèle et personnelle du roman de Louis Hémon par Sébastien Pilote, Maria Chapdelaine lancera le bal automnal sur fond d’images magnifiques signées Michel La Veaux. Sara Montpetit incarne la célèbre héroïne du terroir, cette jeune fille de Péribonka qui, au gré de quelques saisons riches d’apprentissages, devient jeune femme. Dans la vision du cinéaste, c’est une poésie rugueuse qui l’emporte sur le sentimentalisme. Avec également Hélène Florent, Sébastien Ricard, Émile Schneider, Antoine Olivier Pilon et Robert Naylor. Le 24 septembre.

Photo: MK2 | Mile-End Adaptation à la fois fidèle et personnelle du roman de Louis Hémon par Sébastien Pilote, «Maria Chapdelaine» lancera le bal automnal sur fond d’images magnifiques signées Michel La Veaux. Sara Montpetit incarne la célèbre héroïne du terroir.

Loin de ce Québec de naguère, Bootlegger, de Caroline Monnet, se déroule de nos jours dans une communauté du nord de la province. Le film s’intéresse à Mani (Devery Jacobs), une étudiante montréalaise qui rentre au bercail afin de s’impliquer dans un référendum sur la vente libre d’alcool sur le territoire qui divise les siens. Cela, au grand dam d’une trafiquante locale. Avec Pascale Bussières, Brigitte Poupart, Samian et Joséphine Bacon. Le 15 octobre.

Dans L’arracheuse de temps, de Francis Leclerc, d’après une histoire de Fred Pellerin, c’est à un autrefois empreint de fantaisie que l’on aura droit. Narré par Pellerin lui-même, le film est construit autour d’une grand-mère qui se remémore, et ce faisant se raconte à son petit-fils, un épisode de sa prime jeunesse où elle avait pris sur elle de vaincre la Mort. Grosse distribution : Marc Messier, Michèle Deslauriers, Jade Charbonneau, Pier-Luc Funk, Geneviève Schmidt, Céline Bonnier, Émile Proulx-Cloutier… Le 19 novembre.

Hommes en crise et en quête

Sur le versant masculin, on s’attend à quelque chose non pas de magique, mais d’insolite tout plein avec La contemplation du mystère, d’Albéric Aurtenèche, titre intrigant s’il en est. On y suit un jeune homme un peu perdu (Emmanuel Schwartz), qui, après avoir pris possession des terres de feu son père, va de surprise en surprise auprès des habitants du coin. Le 22 octobre.

Photo: Films Séville

Nour Belkhiria dans «Une révision», de Catherine Therrien

Le registre sera en revanche beaucoup plus sobre et plus grave dans Soumissions, d’Emmanuel Tardif, dans lequel un père (Martin Dubreuil), désireux de se venger de son ex-conjointe (Charlotte Aubin), séquestre leur fils à la campagne (Félix Grenier). Tristement d’actualité. En octobre.

Le drame Les oiseaux ivres, d’Ivan Grbovic, a pour toile de fond un autre sujet qui a fait les manchettes, soit celui des travailleurs étrangers saisonniers. Ici, le protagoniste ne cherche pas à se venger, mais à retrouver son amour perdu, qui le hante. C’est là une quête qui le mènera du Mexique au Québec, où il s’engagera dans une ferme. À noter qu’Ivan Grbovic effectue avec ce film un retour très attendu, dix ans après le très beau Roméo onze. Avec Jorge Antonio Guerrero, Hélène Florent et Claude Legault. Le 15 octobre.

Problèmes quadruplés dans la comédie Au revoir le bonheur, de Ken Scott, où quatre frères (François Arnaud, Antoine Bertrand, Louis Morissette, Patrice Robitaille) se déchirent et se raccommodent après les funérailles de leur père. La fratrie, l’ombre paternelle qui plane : ce sont là des thèmes chers au cinéma québécois. Avec aussi Julie Le Breton et Charlotte Aubin. Le 17 décembre.

Photo: Eric Myre «Au revoir le bonheur», de Ken Scott, réunit Louis Morissette, Antoine Bertrand, François Arnaud et Patrice Robitaille, une fratrie qui se déchire après la mort du père. 

Enfin, deux films conjugueront les perspectives masculine et féminine. Il s’agit de Babysitter, de Monia Chokri, et d’Une révision, de Catherine Therrien. Dans le premier, un homme, renvoyé après qu’une blague sexiste eut fait de lui un paria sur les réseaux sociaux (Patrick Hivon), et sa conjointe, désabusée à raison (Monia Chokri), voient leur existence bouleversée par le personnage du titre (Nadia Tereszkiewicz). Date de sortie à déterminer.

Dans le second, qui aborde divers thèmes brûlants tels la liberté d’enseignement et la cancel culture, une histoire de révision de note se meut en véritable odyssée intérieure pour un professeur de philosophie (Patrice Robitaille) et une étudiante (Nour Belkhiria). Le 5 novembre.

Autant d’invitations à se divertir ou à réfléchir, voire les deux, qu’on ne demande pas mieux que d’accepter.

Les inclassables

De la pléthore de productions ou de coproductions québécoises attendues, il en est une poignée qui défie les descriptions classiques.

Saint-Narcisse, de Bruce Labruce, relate les escapades incestueuses de jumeaux identiques (Félix-Antoine Duval) qui, séparés à la naissance, se sont retrouvés. Le 24 septembre.

 

Brain Freeze, de Julien Knafo, raconte l’invasion zombie aussi humoristique qu’horrifiante qui décime une communauté insulaire. Le 22 octobre.

Aline, de Valérie Lemercier, a déjà fait beaucoup jaser puisqu’on est en présence d’une biographie officieuse de Céline Dion au ton, dit-on, drôle, mais révérencieux. Le 26 novembre.


Documentaires pas banals

Il ne faudrait par ailleurs pas oublier les documentaires, qui seront nombreux à prendre l’affiche. Trois productions intriguent tout spécialement.

Rumba Rules, nouvelles généalogies, de David N. Bernatchez et Sammy Baloji, s’arrime au quotidien d’un orchestre de rumba de Kinshasa. Le 17 septembre.

Archipel, de Félix Dufour-Laperrière, allie animation et expérimentation dans son exploration d’un pays « réel ou rêvé ». Le 29 octobre.

Prière pour une mitaine perdue, de Jean-François Lesage, recourt au bureau des objets perdus de la STM pour mieux réfléchir au drame de la perte, et à la joie du retour ; en noir et blanc et accompagné de notes jazz. Le 10 décembre.



La date pour la sortie d'Oiseaux ivres a été devancée au 15 octobre. Elle était précédemment indiquée dans ce texte au 5 novembre. Celle de Brain Freeze a été repoussée au 29 octobre.



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