«Délicieux»: film gourmand

Isabelle Carré et Grégory Gadebois dans «Délicieux»
Photo: Jérôme Prébois Métropole Films Isabelle Carré et Grégory Gadebois dans «Délicieux»

Au mitan du film Délicieux, une apprentie suggère au cuisinier de laisser pâtés et fromages à la vue des clients, que cela les mettra en appétit. Le cinéphile ne peut qu’opiner, puisqu’il aura lui-même salivé dès la séquence d’ouverture montrant, par le menu détail, la fabrication d’un chausson farci à la pomme de terre et à la truffe. De fait, Délicieux, d’Éric Besnard, ne se borne pas à parler de fine cuisine : il en montre les affriolants dessous. C’est un film dans la lignée du Festin de Babette, avec un souci toutefois plus marqué de franc divertissement.

Il y a en l’occurrence une raison fort valable à cela, puisque l’un des grands thèmes abordés est la démocratisation de la gastronomie. On assiste, ni plus ni moins, à la création du premier restaurant en France, vers la fin du VIIIe siècle. Les cuisiniers travaillent alors pour les nobles, et leurs prouesses culinaires servent à faire valoir leurs maîtres. Dans les auberges et les relais de poste, la bouffe offerte sert à nourrir, point.

C’est dans ce second lieu qu’aboutit Pierre Manceron (Grégory Gadebois, idéal) après qu’une de ses créations eut embarrassé son employeur. Ce prologue, où l’on assiste à la portée aux nues puis à la descente en flammes du brillant cuisinier, a valu àDélicieux d’être comparé défavorablement à Ridicule dans certaines critiques hexagonales. Or, là où le film de Patrice Leconte met dans la bouche de ses nobles de réels traits d’esprit, celui d’Éric Besnard leur fait dire des bons mots ratés ou banalement grivois afin d’exacerber la bêtise de cette classe dominante. Bref, dessein similaire, mais approche différente.

Cela étant, Délicieux se transporte vite dans ce qui deviendra l’établissement de Pierre. L’y rejoint bientôt Louise (Isabelle Carré, merveilleuse comme toujours), une femme qui désire apprendre l’art culinaire en dépit de ce que la chose est réservée aux hommes. Et il y a le vieux Jacob, qui fournit le gibier, et Benjamin, le fils de Pierre, qui tente d’intéresser son père aux idées modernes, voire révolutionnaires, en provenance de Paris…

Classique mais efficace

On l’aura compris, Délicieux se déroule à l’aube de la Révolution française, le commerce jusque-là sans équivalent de Pierre, ainsi que tous ceux qui y vivent et y passent, devenant un microcosme des événements de l’époque. Ce n’est pas subtil, mais c’est efficace.

La mise en scène de Besnard est de la même école, avec sa suite de tableaux à la lumière « rembranesque » très construits, mais indéniablement plaisants à l’œil.

Idem pour l’intrigue proprement dite, qui aligne les développements attendus, mais qui est rondement menée et qui ménage par surcroît deux révélations. Ayant l’avantage d’être à la fois étonnantes et plausibles, ces dernières renouvellent l’intérêt à la fin du premier acte, puis au début du troisième, respectivement.

À terme, Délicieux fait l’effet d’un plat classique qu’on aime comme tel, mais qu’on prend d’autant plus plaisir à déguster que le chef a su y mettre juste ce qu’il faut d’assaisonnements pour surprendre agréablement.

 

Délicieux

★★★ 1/2

Drame historique d’Éric Besnard. Avec Grégory Gadebois, Isabelle Carré, Christian Bouillette, Lorenzo Lefebvre, Guillaume de Tonquédec, Benjamin Lavernhe. France, 2021, 110 minutes. En salle.



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